Duos et couples dans l'art du XXe siècle
DUOS ET COUPLES DANS L’ART DU XXe SIECLE
Réunion passionnante d’une bonne quinzaine de Lycéennes pour une conférence au titre original, illustrée par Muriel JEAN, femme dynamique au parcours de vie très diversifié.
Ainsi nous avons retrouvé ou découvert sous un éclairage particulier, la vie et l’œuvre d’une quinzaine de couples d’artistes : ces couples fusionnels ou complémentaires, fragiles ou stables, constituent un cheminement intéressant dans les différents courants artistiques du siècle dernier.
S’ils partagent la même passion pour l’art, leur influence mutuelle varient d’un couple à l’autre. La nature ou au contraire la ville , réunit des artistes comme François-Xavier et Claude LALANE, Arpad SZENES et Maria-Helena VIEIRA da SILVA ou les CHRISTO .
Les couleurs des DELAUNAY ou de Jean TINGUELY et Nikki St PHALLE se répondent dans les rondeurs ou dans les
Certains couples se créent au sein de la relation « maître-élève », comme Camille CLAUDEL et Auguste RODIN , ou par l’appartenance aux groupes comme « les 6 » ou les « Dadaistes ».
La passion amoureuse, ses joies et ses tourments, inspirent PICASSO et deux de ses égéries Dora MAAR et Françoise Gillot
Ou encore Jean COCTEAU et Jean MARAIS , et Frida KAHLO et Diego RIVERaA
Les plus récents sont deux couples de garçons : Pierre et Gilles, dont les photographies de l’un sont retouchées par l’autre, alors que Gilbert et George cultivent la subversion en jouant sur les critères du goût
Cette causerie fait émerger plusieurs caractéristiques de ces couples d’artistes. Muriel JEAN nous fait remarquer que seuls deux ou trois ont eu des enfants, les origines slaves sont très présentes, et l’on voit bien comment Paris les a attirés, réunis et stimulés.
M.B – L.B. 02 03 2022
"L'homme qui plantait des arbres" de Jean Giono
Le titre lui-même de la nouvelle choisie par la compagnie Croq Sésame : The man who planted hope and grew happiness reflète bien l’esprit de la soirée organisée pour le Lyceum !
On pourrait presque dire : The woman… puisque c’est Catherine qui nous accueille dans sa jolie maison du Fontanil, en cette soirée hivernale de février ; agréable prétexte pour un échange de vœux, quelque peu différé pour cause de pandémie. Mais il n’est jamais trop tard pour se souhaiter de bonnes choses et envisager ensemble un avenir plus riant…
Quel est l’homme le plus extraordinaire du monde ? C’est à cette question que tente de répondre Giono à l’occasion d’un concours lancé par le Reader’s Digest. La nouvelle proposée par ce méridional amoureux de sa région sera finalement publiée par Vogue aux Etats-Unis en 1953. L’histoire se situe en Haute-Provence, au début du siècle, dans une région aride, désertée par les hommes. Le froid, le vent, la déforestation ont transformé les villages abandonnés en squelettes fantomatiques.
Le narrateur, Giono en l’occurrence, nous conte la rencontre fortuite, en juin 1913, d’un berger de 55 ans : Elzéard Bouffier qui vit seul avec son chien et ses 30 moutons. Son fils unique et sa femme sont décédés. Taiseux de nature, il n’en accueille pas moins cet inconnu, comme le fait le chien, avec une bienveillance sans bassesse. Le maître des lieux se livre à une curieuse occupation : il trie et sélectionne avec grand soin cent glands qu’il range méticuleusement dans un petit sac. Depuis 3 ans, à l’aide d’une tringle de fer d’1,5 m environ, il a planté 100 000 glands. 20 000 sont sortis de terre dont 10 000 prospéreront dans un lieu qui ne lui appartient même pas.
Même pendant les guerres, il poursuit imperturbablement et inlassablement son œuvre avec un soin extrême. Son combat, à lui, durera plus da 30 ans. Il veut redonner vie à la terre, tandis que les hommes la couvrent de cadavres.
Son champ d’intervention s’étend sur une surface de 11 kilomètres de long sur 3 de large, qu’il parcourt évidemment à pied. Aux chênes ont succédé les hêtres, les bouleaux et les saules. Cette forêt s’installe et se développe tellement progressivement qu’on croit qu’elle est naturelle et qu’elle a poussé toute seule ! L’écosystème se modifie peu à peu. L’eau (comme l’espoir) sourd à nouveau parmi les arbres et court dans les ruisseaux.
Les cultures d’orge et de seigle réapparaissent avec les hommes et la vie reprend. La région renaît.
Cet athlète de Dieu, à la santé presque solennelle, devient, sans le savoir, le chantre d’une écologie humaniste où chacun est acteur de la survie et de la prospérité de son environnement.
Giono semble vouloir prouver que les hommes peuvent être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction. Plus de 10 000 personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.
Cette fable moralisatrice, écologique avant l’heure, est magnifiquement portée par la voix de Guy Dieppedalle, architecte de mots éphémères. Elle tient un public attentif sous son charme. L’accordéon et le talent d’Elisabeth Faverjon contribuent à ponctuer et rythmer le récit avec douceur légèreté et entrain !
S’il est vrai que la société d’Elzéard Bouffier donnait la paix, la compagnie Croq Sésame apporte, elle aussi, en ces temps troublés, une bouffée d’optimisme et de gaieté.
07-02-2022 D.VDB
Cousu main , la chirurgie à l'hôpital de Grenoble : du scalpel au robot
Dédié à la conservation et la valorisation du patrimoine hospitalier, le Musée grenoblois des sciences médicales à l'hôpital, créé en 1992, s'est installé dans l'ancienne chapelle des Tuberculeux, appelée aussi chapelle de l'Asile des Vieillards, du nom de l'ensemble pavillonnaire dans lequel elle se situe.
Cette exposition relate l'évolution de la chirurgie à l'hôpital de Grenoble.
Avec enthousiasme et passion, Sylvie Bretagnon, responsable du musée en charge des affaires culturelles du CHU Grenoble Alpes et François Moutet, chirurgien de la main, nous ont guidées dans cette formidable aventure humaine, nous permettant de mesurer le chemin parcouru et d'apprécier l'amélioration des conditions de prise en charge du patient.
Au début du XXème siècle, la main reste l'outil prépondérant de l'acte opératoire. L'organisation d'espaces dédiés et le perfectionnement d'instruments adaptés aux techniques contribuent au développement de la chirurgie hospitalière.
A Grenoble, au XVe siècle, les pèlerins reçoivent l'hospitalité dans les maisons de bienfaisance. En 1627, les maisons hospitalières sont réunies en un seul établissement charitable : l'Hôpital Notre Dame. En 1680 les religieux de l'ordre de St Jean de Dieu fondent l'hôpital St Etienne, futur hôpital militaire. Les femmes gravement malades sont envoyées à l'hôpital Sainte-Marthe.
Afin de faire régner l'ordre, mendiants et prostituées sont regroupés et enfermés dans les bâtiments de l'hôpital Notre-Dame établi comme Hôpital Général. En 1793, les trois hôpitaux sont réunis et on voit enfin l'émergence d'espaces dédiés à la chirurgie.
La chirurgie est une histoire ancienne : des pièces archéologiques attestent que l'amputation et la trépanation sont déjà pratiquées au Néolithique.
Dès l'antiquité, des instruments retrouvés dans les ruines de Pompéi témoignent de connaissances en chirurgie.
En occident, les dissections cadavériques sont rares et vont laisser les médecins dans l'ignorance anatomique jusqu'au XIIIe siècle.
Au XVIe et XVIIe siècles, les médecins, des clercs lettrés préconisent des indications thérapeutiques reléguant la chirurgie à un rang inférieur. La pratique de la chirurgie est confiée à des laïcs plus manuels : les inciseurs, les opérateurs ambulants et les chirurgiens barbiers.
En 1539, le barbier Hugues Reynier est engagé comme chirurgien des pauvres pour :
"Raser, panser les plaies et les blessures et pratiquer les saignées".
Deux ans plus tard Claude Port, opérateur ambulant est appelé pour :
"Coupper ung petit enfant et luy oster une grosse pierre de gravelle "
En 1543, André Vésale fait entrer l'anatomie dans la modernité.
Grace à ses travaux, Ambroise Paré fait progresser le geste chirurgical. C'est un homme de terrain, chirurgien des rois et des champs de batailles.
Il est désigné comme : " Roi des chirurgiens et chirurgien des rois"
La chirurgie progresse mais deux obstacles persistent : l'infection des plaies et la douleur.
Au cours du XVIIIe siècle, Louis XIII autorise les religieux de la charité à exercer la médecine et la chirurgie dans une quarantaine des hôpitaux du royaume.
Un chirurgien et un professeur d'anatomie de l'ordre de St Jean de Dieu viennent à Grenoble pour :" traiter, panser et médicamenter " les pauvres de l'hôpital Notre-Dame.
Contre rémunération, dans le cadre de l'hôpital général, les chirurgiens pratiquent :" Des saignées, des opérations sur les hernies et parfois des amputations".
Ne dit on pas à l'époque : "La chirurgie est un sport dangereux".
A cette même époque, le pouvoir royal organise l'enseignement. En 1731, Louis XV fonde à Paris l'Académie royale de chirurgie, une institution pour diffuser les connaissances et former des chirurgiens.
En 1761, en raison de ses travaux, Paul-François Varillon reçoit le titre de chirurgien en chef de l'hôpital de Grenoble.
En 1782, une école de chirurgie s'ouvre à Grenoble. Début XIXe siècle l'école de médecine est créée, intégrant l'enseignement de la chirurgie.
Au XIXe siècle, l'Hôpital Hospice de Grenoble devient aussi le lieu d'enseignement de la chirurgie.
Ces chirurgiens attachés à l'hôpital enseignent aussi au sein de l'école secondaire de médecine créée en 1806.
Au cours de cette époque les actes opératoires sont : "Des réductions de fractures fermées et de luxations, les ablations de tumeurs, des débridements de hernies étranglées, des trachéotomies quelques rares trépanations, les opérations sur les yeux et des amputations".
Des découvertes majeures marquent cette époque : l'anesthésie (1846) et l'asepsie (1874) ainsi que les travaux de Louis Pasteur. C'est le signal d'une nouvelle aire de la chirurgie.
Louis Pasteur
A la fin du XIXè siècle, les chirurgiens Léon Montaz et Jules Girard font valoir les idées hygiénistes et militent pour la construction d'un nouvel hôpital à l'extérieur de la ville.
En 1903, création d'une école d'infirmière.
En 1913, l'inauguration du nouvel hôpital sur la commune de La Tronche marque le tournant vers la modernité.
Les chirurgiens utilisent et perfectionnent de nouveaux moyens d'investigation et d'exploration des cavités internes. Les découvertes majeures de la transfusion sanguine (1907), la pénicilline (1928), puis d'autres antibiotiques après la seconde guerre mondiale, bénéficient à la chirurgie. La présence d'infirmières formées et diplômées ouvre de nouvelles possibilités thérapeutiques.
La suite de l'exposition fait état de:
- l'essor de la chirurgie moderne à Grenoble après 1950 : de l'émergence des spécialités chirurgicales, aux raffinements des techniques chirurgicales à partir de 1980.
- des disciplines à l'appui de la chirurgie : Anesthésie, réanimation, l'imagerie médicale, gestes médico-chirurgicaux assistés par ordinateur, le laboratoire d'anatomie…
- des spécialités chirurgicales au CHU de Grenoble.
Que sera la chirurgie demain ?
Une chirurgie des 4 P : prédictive, préventive, participative et personnalisée…
Au final, la chirurgie bénéficie en soixante ans de progrès considérables, plus que pendant les 5000 ans d'histoire qui ont précédé.
Une exposition riche, passionnante à voir et à revoir sans modération !
F.L. 20-01-2022
Musée Grenoblois des Sciences Médicales, CHU de Grenoble rue du Musée 38043 La Tronche
Xavier Jouvin et sa Main de Fer
Xavier Jouvin et sa Main de Fer
Les Lycéennes étaient attendues le 13 janvier dans l’ancienne manufacture des Gants Jouvin, sise 2 rue St Laurent, par un descendant direct de la famille. C’est dans ces belles et hautes caves de la Ganterie que de nombreux ouvriers ont fabriqué des milliers de douzaines de gants en chevreau.
Xavier Jouvin naquit en 1801 dans le quartier St Laurent où sont installés surtout des artisans aux spécialités diverses telles que gantiers, tonneliers, chamoiseurs, peigneurs de chanvre. L’enfant est inscrit chez les Frères des Ecoles Chrétiennes puis en 1816 il part à Paris avec ses parents et participe à la ganterie familiale. Ce jeune homme qui aime la mécanique se lance dans plusieurs réalisations qui n’auront pas de suite. Mais de retour à Grenoble en 1830 et à la tête d’un petit atelier où il coupe des gants, il rêve d’en simlifier le système et de mieux adapter les gants à la main du client. Il dessine 32 calibres de « main de fer » et dépose son brevet en 1838.
L’exposition industrielle de Paris lui accorde une médaille de bronze pour son invention l’année suivante.
Le musée regroupe d’imposantes presses à fendre les gants, de plus petites à fendre les pouces et les fourchettes ainsi que des mains de fer qui ont été fabriquées par les Ets Reymond.
On peut voir le tableau de pointures qui en déclinait environ 250, le doloire qui sert à amincir le cuir, « la petite mécanique » qui facilite les coutures en surjet, l’écarte doigt qui les vérifie et la main chaude pour repasser le gant .
Sous le second empire, les gants de Grenoble s’exportent en Angleterre, Allemagne, Pays Bas, également en Amérique et Russie, la production augmente pour faire face à cette nouvelle demande. La bourgeoisie de l’époque rivalise avec la noblesse dans la vie mondaine et le développement de sa richesse.
C’est une époque faste pour l’industrie grenobloise.
En 1869, les Grenoblois choisissent Henri Ding pour élever une statue en bronze en hommage à l’inventeur. On peut en voir une copie en pierre sur la place Xavier Jouvin.
C.G.13-01-2022
La prison de Montluc à Lyon
On pourrait croire que cette prison n'aurait été construite qu'à une seule fin : servir cette période si péniblement marquante dans nos mémoires que furent les années 1940 / 1945.
Car, construite en 1921, elle ne reçut à son ouverture que quelques étudiants chinois révolutionnaires et fut peu occupée jusqu’en 1939.
De nouveau après 1945, elle ne joua qu’un rôle très restreint, au point qu’on envisagea sérieusement de la raser, le quartier de la Guillotière en pleine expansion cherchant des terrains pour faire de l’immobilier. Sauvée de la destruction par un préfet éclairé et une association convaincante, elle témoigne aujourd'hui de son lourd passé sous l’appellation : Mémorial National de la Prison de Montluc.
"Un mémorial est un lieu de mémoire qui arrête le temps et en porte le poids"
A notre arrivée cet après-midi là, l'Association des rescapés de Montluc leur rendait hommage : brefs discours, salut au drapeau, dépôt de gerbe et Marseillaise, puis des personnes, souvent jeunes, petits-fils, neveux, ont longuement lu ou conté le parcours terrible des membres de leur famille en
ces années de tourmente. Quelle introduction à la visite que nous allions faire !
Mais comment dire les affreuses visions que ces vieux murs ont pu voir ? Comment imaginer l’inimaginable dans l’atrocité ? Entre 1940 et 1945, 10.000 condamnés ont vécu là : Juifs ou résistants, entassés dans une effarante promiscuité ; rien ne leur fut épargné dans l’humiliation, la perte de leur dignité, l’atteinte à leur intimité et, pour la plupart, dans les affres de la torture. Tortures infligées avec un sadisme raffiné, à la demande de l’impitoyable jeune capitaine SS Klaus Barbie. Dans l’application de la « banalité du mal » comme le disait Hannah Arendt pour Adolf Eichmann.
Plus de 7000 détenus, hommes et femmes, moururent : les "sans bagages" aussitôt fusillés, comme ces 109 détenus à quelques jours de la libération, les "avec bagages" déportés par trains entiers vers Auschwitz ; ou sur ce lieu même dans des souffrances qui dépassent l’entendement. De cellule en cellule, nous avons confronté nos regards avec ceux du préfet Jean Moulin, de la résistante Hélène Berthaud, du journaliste André Frossard, de toute la famille Lazar, de Soeur Elise, de Marc Bloch, de la femme de lettre Denyse Clairouin, des 44 enfants d’Izieu, du jeune poète René Laynaud, de
Marie Reynouard, de Raymond Aubrac et de combien d’autres…
Klaus Barbie échappa à la condamnation des grands nazis du procès de Nuremberg.
Réfugié en Amérique centrale, inlassablement pourchassé par les époux Klarsfeld, malgré les protections dont il faisait l’objet il est arrêté en 1983, expulsé vers la France et il passera à son tour quelques jours dans une cellule de Montluc. Jugé en 1987 il fut reconnu coupable de 17 crimes contre l’humanité
Notre parcours dans ces murs témoins de cet épisode de guerre, fut soutenu par l’intervention de Mr Viot, (qui fut assistant du procureur lors du procès Barbie) lequel a su nous relater avec une vraie passion d’historien les heures sensibles de la prison de Montluc.
Lire :
Hannah Arendt : « Eichmann à Jérusalem »
André Frossard : « la maison des otages »Mao 7-12-2021
Visite partagée avec le Lyceum Club International de Lyon
MaO / 7.12.2021
De granges en granges au pays voironnais
Notre dernière sortie lycéenne était organisée cette année autour du lac de Paladru. Le rendez-vous avait été fixé à la « grange Dîmière » au Pin.
La grange Dîmière est une dépendance du Monastère des Chartreux de la Sylve Bénite, modeste ermitage au départ, créé en 1116, sur des terres données par le Seigneur de Virieu. Ce nom viendrait de la vision qu’aurait eue un des six moines fondateurs, d’une main bénissant la forêt.
Avant de découvrir la grange, nous sommes parties à pied, accompagnées de Steve Vachet, spécialiste du Pays Voironnais, en quête du monastère, le 3e de la Grande Chartreuse.
De ce monastère, il ne reste que des vestiges, vraisemblablement des bâtiments communautaires, l’ensemble ayant été pillé à la fin du XVIe siècle durant les guerres de religion, puis pendant la révolution française. Aujourd’hui propriété privée, il n’est pas accessible au public. Nous avons cependant pu longer le mur d’enceinte et imaginer son emplacement d’origine ainsi que la vie monastique dans ce vallon isolé.
Après cette petite escapade, nous retrouvons la grange « Dîmière », véritable cathédrale agricole par ses dimensions. Elle était destinée à collecter, d’où son nom, la dîme, impôt reversé par les seigneurs utilisant les biens des Chartreux.
Edifié sur une pente, ce bâtiment imposant : 35 m de long, 22,5 m de large et 18m de haut, est construit avec un soubassement de galets maçonnés provenant de moraines glaciaires et des murs en pisé. La charpente est soutenue par des piliers en chêne, recouverte de tuiles écailles.
Elle est constituée de deux niveaux : un niveau inférieur l’étable, réservée aux animaux et un supérieur, la grange constituée à l’origine de cinq nefs, pour le stockage des récoltes. On peut lire sur la pierre centrale du porche principal, la date de 1655 sous le sigle des Chartreux : un globe terrestre surmonté d’une croix.
Pour préserver le silence, règle de vie des Chartreux, la grange est éloignée du monastère. Les moines vivent de leurs ressources : cultures, élevage (seulement pour le lait, la viande est revendue) pisciculture et exploitation de la forêt.
A la suite d’un incendie en 1906 le bâtiment a diminué de moitié. Cette grange, grâce à d’importants travaux de conservation et restauration a été transformée en lieu culturel. Classée Monument Historique, elle accueille aujourd’hui des expositions d’art contemporain, et aussi des spectacles.
C’est ainsi que nous avons pu profiter de l’exposition de Bénédicte Vallet, plasticienne reconnue, intitulée « entre deux eaux », titre qui évoque l’ambivalence entre l’eau en tant qu’élément naturel et l’os, symbole de mémoire de la vie.
Ses créations faites de matériaux naturels, porcelaine tissée avec du chanvre, s’intègrent magnifiquement dans cet espace de pisé et de bois.
Pour le déjeuner, Margaret Mallion nous a ouvert, avec la simplicité et le joli sourire qui la caractérisent, son petit paradis au bord du lac de Paladru. Dans ce havre de paix, de fleurs et de verdure, inondé d’un soleil inespéré après le déluge de la veille, nous avons passé un moment merveilleux à partager les préparations des unes et des autres.
Nous avons poursuivi notre périple et à quelques kilomètres, Marc Bardin nous attendait pour nous faire visiter « la grange de Louisias », propriété familiale.
Avec passion, il nous a parlé de cet ensemble fait de pisé et de chaume, construit en 1805 par ses ancêtres, un des plus beaux exemples de l’architecture traditionnelle du Pays Voironnais, classé Monument Historique. Il n’en reste plus que 2 de ce type-là.
Cette grange a été construite avec les matériaux de l’époque : galets, pisé et chaume. Elle a nécessité beaucoup de main d’œuvre, trouvée dans le voisinage en échange de services ou de denrées.
Pour la solidité, le soubassement est en galets, pierres charriées par les torrents scellées avec des joints en terre naturelle. Les murs sont constitués de pisé, terre argileuse tassée, prélevée au printemps pour avoir « une terre en sève » de bonne cohésion pour qu’elle se colmate bien dans des banches.
La charpente est faite de bois provenant des forêts avoisinantes : châtaignier, merisier, hêtre, parfois du chêne. L’avant-toit déborde généreusement pour protéger les murs en pisé de la pluie.
Le toit est en chaume, constitué de paille de céréales, aujourd’hui de roseaux de Camargue, nés dans l’eau. Sa longévité est de 40 à 50 ans.
Cette grange servait au stockage du fourrage en partie supérieure et aux étables pour le bétail en partie inférieure.
Dans un élan passionné, le maître des lieux nous a fait un véritable cours sur le pisé et le chaume que nous avons écouté avec grand intérêt. Gourmandes que nous sommes, nous avons fait un détour par le magasin de l’exploitation pour nous approvisionner en fraises et confitures produites sur place.
Quelle belle journée ! Grâce à la chaleur du soleil et de l’amitié, nous avons vécu des moments inoubliables que nous allons précieusement engranger !
12.06. 2019 A.G.
Casanova au couvent !
C’est au Couvent Sainte-Cécile, que nous avons emboîté le pas du célèbre Casanova à travers une Venise du XVIIIème siècle, revisitée par huit créateurs de B.D.
Mettre en résonance la peinture traditionnelle et la bande dessinée, tel est le pari de la fondation Glénat qui organise la 3ème exposition de cette nature, après La grimace du monde et Tables et festins. L’objectif est de croiser les regards, à 300 ans d’intervalle, de Canaletto, de Guardi ou de Bellotto avec ceux de nos contemporains.
Aux termes : Venise ou Casanova on associe facilement : palais, gondoles ou aventures qui surgissent de l’imagerie populaire. Ces mythes ont été entretenus par les védutistes, peintres de la Sérénissime, réalisant des épigones. Ces cartes postales ou images-souvenirs sont peintes à des fins documentaires, pour mettre en valeur la vie de la cité ou pour rendre compte de grands événements.
Les célèbres tableaux offerts à notre admiration, comme « Vue du canal de Santa Chiara à Venise » ou « Vue du Grand Canal et du pont du Rialto à Venise » de Canaletto ou de Guardi témoignent d’un travail très élaboré sur la perspective, renforcé par l’usage de la chambre noire. Cette recherche à la fois géométrique et atmosphérique, vise à créer une impression de légèreté et dirige l’œil de l’observateur vers des « ciels » d’un bleu éthéré, infiniment subtil, rarement égalé. Ces tableaux de commande ont pour objectif de raconter un événement certes, mais aussi de plaire ou de flatter les grandes familles vénitiennes.
Les védutistes nous racontent de petites histoires sur la vie à Venise, les plaisirs, les bals masqués ou les intrigues amoureuses. Leurs tableaux constituent une véritable mine d’informations sur les mœurs, les coutumes ou les vêtements de l’époque.
Nous partons, par ce biais, à la rencontre de Casanova, connu surtout pour ses conquêtes féminines et sa vie dissolue. Il brosse, comme les peintres, un tableau complet de l’Europe dans L’histoire de [sa] vie. Tout l’amuse, tout l’intéresse, même les événements les plus déstabilisants ! « J’ai toujours aimé les femmes à la folie, dit-il, mais je leur ai préféré ma liberté. » Le récit de son évasion de prison, « sous les plombs », est digne d’Alexandre Dumas. Notre séducteur aurait pu rencontrer Canaletto, mais cela ne s’est pas fait !
Toutes ces petites histoires racontées, en images ou avec des mots, croisent celles de nos dessinateurs de B.D. qui associent aux planches illustrées, les phylactères.
Huit dessinateurs ont bien voulu jouer le jeu de la confrontation. Ils ont illustré à leur manière un aspect particulier de la cité des Doges. S’il ne fallait retenir qu’un mot pour qualifier le travail de chacun ou sa vision de Venise, ce serait pour :
*Le Français, François Avril : l’épure
*Le Coréen, Kim Jung Gi : l’étreinte
*Le Belge, Griffo : la perspective
*L’Américain, Miles Hyman : la séduction
*L’Italien, Tanino Liberatore : la violence
*Le Français, Loustal : le mystère
*L’Italien, Milo Manara : le plaisir
*Le Suisse, Zep (créateur de Titeuf) : la distanciation
Les peintres et les créateurs de B.D. nous racontent des histoires qui s’inscrivent dans le mouvement, dans la vie et ses passions !
Le mérite de cette exposition, outre la qualité des œuvres exposées, est de monter que la quête des artistes est intemporelle et universelle.
A travers elle, le charme de Venise continue à opérer !
D. VDB
Aix en Provence côté ville, côté campagne
Follement xviiième que tout cela !!
Enthousiastes, nous l’étions toutes, à l’idée de découvrir Aix-en-Provence. Le trajet fut magnifique ; tout le Trièves étant en floraison. C’était une féerie de blanc, de rose sous un ciel superbe.
Après un pique-nique au parc Paul Jourdan, nous fîmes la connaissance de notre guide : un homme d'une culture encyclopédique et d'un humour incroyable, ayant un goût très vif pour les jeux de mots. Il nous a conquises !
C’est en sa compagnie que nous avons visité le centre historique de cette ville, datant des 17ème et 18ème siècles.
Pour nous immerger dans cette cité, nous avons arpenté tout d'abord le cours Mirabeau. La Provence étant rattachée à la France en 1481, le roi se fait représenter par un gouverneur. La ville d’Aix se trouve désignée comme siège de Parlement en 1501. Plus tard, au 17ème siècle, les gens de robe, magistrats et juristes fortunés se font construire de splendides hôtels particuliers. C’est l'endroit à la mode pour voir et être vu !
Parmi eux l'hôtel d'Entrecasteaux, du nom d'un marquis, président du parlement, qui défraya la chronique en y assassinant sa femme.
Et l'hôtel de Forbin présentant de splendides ferronneries aux balcons composés de rinceaux et de contre-rinceaux. Sa couleur miel est due à la couleur naturelle des pierres, des carrières de Bibémus, utilisées pour de nombreuses constructions aixoises.
Aix est aussi une ville de fontaines ; en particulier celle du Roy René. Ce dernier y est représenté portant la couronne des Comtes de Provence, tenant à la main une grappe de raisin muscat, variété qu'il aurait introduite en Provence.
Son épouse Jeanne de Laval serait à l'origine des calissons, "des câlins" fourrés au melon (à l'origine).
La cathédrale Saint Sauveur est célèbre pour son chef d'œuvre : le Triptyque du Buisson ardent de Nicolas Froment.
Après de nombreuses pérégrinations, nous fûmes enchantées de retrouver notre hôtel avec sa cour privée toute fleurie.
Le lendemain matin, visite de l'hôtel d'Olivary, dans le plus pur style aixois. IL appartenait à la même famille depuis deux siècles : la famille de Welle, descendante des Olivary. Il possède un magnifique escalier en fer forgé, de style Régence, une enfilade de salons à la française décorés de tableaux, de gypseries et de tentures murales. La propriétaire elle-même nous fit visiter les lieux avec passion.
Nous quittons la ville pour la campagne afin de découvrir au nord d’Aix, une splendide bastide dans son "jus", celui du 18ème siècle, aux Pinchinats
Cette demeure a abrité les amours de la sœur de Napoléon, Pauline Borghèse et de son amant Auguste de Forbin.
Dans les années 1770, Sauveur Mignard, le fils du célèbre confiseur propriétaire de la bastide appelée « la Mignarde » aménage des jardins à la française et agrémente les bassins d’élégantes statues.
Le carillon de midi sonne l’arrivée de 4 lycéennes de Marseille, venues pique-niquer en notre compagnie. Nous sommes tout à la joie des retrouvailles et des échanges, très reconnaissantes à Caroline de nous avoir concocté ce petit séjour de rêve !
Qu'elle en soit encore mille fois remerciée !
L’après-midi est consacrée aux jardins de la bastide Romégas. Nous avons la chance d’être accueillies par Madame Rater-Carbonel en personne. Cette bastide est typique du 17ème siècle ; toit à 4 pentes à la génoise possédant une ferme attenante avec une aire de battage. Les jardins sont classés « remarquables » avec un parterre de buis en broderie, ombragé de pins multi centenaires. Le tout parfaitement conservé et entretenu, agrémenté d’un bassin et de jeux d'eau et d'une « tèse » (allée avec filets pour capturer les oiseaux).
A l’horizon se dessine la montagne Ste Victoire, si chère à Cézanne.
C’est l’art de vivre au XVIIIème siècle !
Nous terminons notre périple au château de Vauclaire, domaine viticole, où nous faisons provision de bonnes bouteilles pour les futures agapes lycéennes !
Nous rentrons les yeux éblouis et l’esprit régénéré par tous ces beaux souvenirs, rendus possibles grâce à Caroline et toutes celles qui ont participé à l’aventure.
Nous garderons à l’esprit cette formule de Charles-Palamède de Forbin :
"Pour essayer de guider son siècle, il faut marcher avec lui, car le temps ne s'arrête, ni ne recule.’’
O.S. 25/26 .05.2018
Marie Mathias sculpteur
Sculpteur, à Grenoble, depuis quelques décennies…
Après quinze ans de peinture et un peu de sculpture, Marie, installée dans un grand atelier au fond d’une cour au milieu des fleurs, exerce son art.
Toute petite déjà, nous dit-elle, elle jouait avec la terre de son Nord natal, mêlée de sable.
Sa recherche de comprendre et de ressentir l’humanité toute entière se transmet à ses mains qui façonnent sa pensée, à travers l’histoire du monde, au fur et à mesure des événements.
Rescapés, infiltrés, mais aussi bien ‘route du rhum’, ou appartenant à des ethnies différentes, ses personnages offrent une vision cosmopolite du monde, répondant aux désirs de la créatrice de mettre en forme l’Humain. La nativité, l’amour maternel sont également sources d’inspiration.
Foisonnement de créations qui nous interpelle, cette quête de vouloir montrer l’Homme dans sa pluralité nous étonne profondément.
Elle enseigne également dans un lycée de banlieue. Avec un professeur de Philosophie elle a dirigé ses élèves dans un travail de réflexion qui a abouti à la création d’une fresque exposée à Izieux, haut lieu de la déportation juive.
Marie nous dit ; « l’acte créateur est l’expression d’un mouvement du fond de l’être …le sens à donner à son existence ».
Tout simplement Bravo,Tout simplement merci.
MC P 16.05.2018
Du dessein au dessin « De Delacroix à Gauguin »
Invitation au voyage à travers 120 chefs d’œuvre du XIXème siècle
« De Delacroix à Gauguin » *
120 des plus belles feuilles sur les 2000 détenues par le musée de Grenoble ont été sorties des tiroirs pour être présentées au public, selon un parcours chrono-thématique. Encadrées pour la circonstance, elles retrouveront la sérénité de leurs écrins obscurs dans 3 mois.
Depuis 2008, c’est la 5ème exposition de ce type organisée par Guy Tosatto, le directeur du musée et le commissaire de l’exposition. Son objectif est de mettre en valeur les collections stockées dans les réserves.
Elles pourront bientôt, de ce fait, être consultées en ligne.
C’est en compagnie de nos amies lyonnaises que nous découvrons ce que certains considèrent comme des ébauches, des esquisses, au mieux des traces fugitives des œuvres abouties. Ce n’est qu’en 1789 que les termes dessein et dessin sont dissociés, l’un étant le préalable de l’autre. Mais il n’y a pas de réalisation sans projet ! Et, au XIXème, les projets abondent.
Siècle du foisonnement culturel et de l’éclectisme, il offre aux créateurs des possibilités infinies.
Nous cheminons du romantisme au réalisme, du réalisme à l’impressionnisme et au symbolisme. Aux détours de ce parcours parfois un peu sinueux, nous croisons Delacroix, Daumier, Corot, Jongkind, Puvis de Chavannes, Fantin-Latour, Gauguin et d’autres peintres ou dessinateurs moins célèbres mais parfois très talentueux.
Les voyages exotiques, pittoresques ou immobiles donnent naissance à des œuvres extrêmement variées. L’artiste se nourrit à de sources multiples : références au passé, au présent, au monde familier, à l’Italie ou à l’Orient visité ou rêvé. Le goût du voyage lointain n’exclut pas la recherche du pittoresque local ou la référence à la tradition et au patrimoine. Le dessinateur pose aussi un regard acéré sur le monde qui l’entoure et qu’il caricature avec talent.
Si le support habituel est le papier, les techniques sont diverses : craie, fusain, pastel, gouache aquarelle… Le rendu final n’est parfois pas très loin de celui de la peinture.
S’il fallait garder en mémoire quelques œuvres significatives, on pourrait citer par ordre chronologique :
*Etude de la draperie pour la Vierge du Sacré-Cœur de Delacroix pour le néoclassicisme.
*Les animaux musiciens de Granville pour la caricature.
*Femme italienne jouant du tambourin de Papety pour l’académisme.
*La Bourne à Pont-en-Royans de Vagnat pour le pittoresque.
*Torrent coulant entre les rochers de Doré pour le romantisme.
*Nymphe désarmant l’Amour de Corot pour le symbolisme.
*Pays-Bas de Jongkind pour le pré-impressionnisme.
*Terre délicieuse de Gauguin pour l’exotisme.
Cette liste, très subjective, ne donne qu’un aperçu de la diversité des œuvres, les influences se croisent et s’enchevêtrent, rendant difficile toute classification.
Et même si cette visite guidée a été « un peu rude » selon l’expression pertinente d’une lycéenne, le grand mérite de cette exposition est de nous faire passer dans les coulisses de la création. L’artiste jette sur le papier le ressenti de l’instant, une impression fugitive qu’il souhaite prolonger, c’est son âme qu’il livre au spectateur. Mieux que dans une peinture aboutie, du croquis transpirent souvent l’authenticité et la vie.
Le 14.05.2018





