Cinq générations au service de la fixation et de l’innovation

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Accueilli(e)s par 2 charmantes retraitées de l’entreprise A RAYMOND, nous avons pu saisir rapidement l’âme de cet univers que ces bénévoles incarnent : le savoir-faire et l’humain. Entreprise-phare de Grenoble, cette multinationale ne compte pas moins de 7000 salariés répartis dans 25 pays.
L’histoire commence en1886 avec le jeune mécanicien : Albert-Pierre Raymond et se poursuit jusqu’à nos jours à travers Achille, Albert-Victor, Alain et maintenant Antoine…
A l’origine spécialisée dans les boutons destinés aux bottines ou aux gants, cette entreprise n’a cessé d’innover dans le domaine de la fixation. Le superbe meuble qui ne compte pas moins de 500 petits tiroirs, placé dans l’entrée du musée, vous convaincra de la multiplicité des modèles offerts.
Le vécu de cette entreprise nous est raconté à travers les objets et les machines. Depuis toujours les hommes n’ont cessé d’innover pour nous rendre le quotidien plus commode.
Quelques dates ont permis une évolution positive :
*1901 : Apparition du bouton-fermoir à ressort utilisé dans la lingerie et les vêtements féminins.
*1935 : Création de la fermeture à glissière Vitex, concurrencée par la fermeture Eclair.
Invention de l’agrafe pour carrosserie automobile.
*1971 : Premier bouton-pression en plastique.
*1994 : Raccord encliquetable utilisé dans les circuits de carburant et de refroidissement des voitures. Etc.
Les domaines concernés sont multiples : vêtement, automobile, univers médical entre autres…
Pour exemple : Plus de 400 pièces de nos voitures sont produites par l’entreprise AR.
Cette dernière détient 1600 brevets actifs et consacre 6% de son budget à la recherche. Les innovations naissent souvent d’un besoin formulé par le client et d’une capacité à y répondre techniquement. « Un des grands talents des gens qui ont conduit cette entreprise à travers le monde, c’est d’avoir su reconnaître les bonnes idées ». A.R.
Les sites de production se répartissent dans le monde entier, mais Grenoble est restée le port d’attache de cette famille implantée au départ cours Berriat, lieu du musée industriel ARhome.
« Cette belle histoire, celle d’une formidable aventure humaine » n’aurait pas été possible, certes, sans les cinq A. Mais ce qui semble essentiel aux yeux des dirigeants, et d’Alain Raymond en particulier, ce sont les êtres qui l’animent. « L’entreprise ne vaut que par les gens qui sont dedans » déclare-t-il.
Le très grand tableau constitué par les visages des différents membres de cet univers, vaste mosaïque humaine, témoigne de l’importance et du rôle accordés à chacun.
Au mur figure cette très belle formule : « Chez Raymond, ce qui importe avant tout, c’est la relation »
De la relation à la fixation il n’y avait qu’un pas, aisément franchi ! 02.05.2018-D.VDB


De père en fils, ou de pics en livres

Quelle sympathique rencontre que celle organisée par Anne chez Paul ALLAIN !
D’abord, le cadre : une des jolies maisons en bordure du parc d’Uriage, un peu désuète, avec un charme fou et très accueillante.
Notre hôte, Paul Allain, connaisseur de la montagne et ancien élève des Beaux Arts de Paris, aussi chaleureux que prolixe, sportif que cultivé, évoque avec admiration les multiples facettes de la personnalité de son père, Pierre Allain qui s’installa à Uriage dans les années 60 : une vie très bien remplie grâce à ses nombreux talents, son intelligence, sa curiosité, son ingéniosité mises au service de l’escalade, sa grande passion.

Pragmatique, celui qui fut considéré comme « le meilleur grimpeur de sa génération » mit au point les premières vestes en duvet en 1931, et de nombreux équipements mousqueton.jpgcomme les mousquetons asymétriques en alliage léger, un descendeur, des chaussons d’escalade, désignés comme les « PA » par les grimpeurs avertis. De très nombreux livres, objets et photos, comme les paroles de son fils, le rendent présent dans cette maison où souffle l’esprit des deux hommes.

pierre_allain-2.jpgPierre, le père, né en 1904, parcourt de nombreux massifs, des Alpes à l’Himalaya, ouvre des voies, recherche « les premières », fréquente nombre de physiciens et scientifiques de la région, travaille avec son père, mais aussi fabrique dans son garage les objets qui lui conviennent, avec des machines de son invention.
Ces machines, personne ne peut plus les voir, car une des passions de notre hôte les recouvre ! Effectivement, au fil des années, des courses en montagne et des circonstances, Paul ALLAIN s’est fait un prénom dans la vente des livres rares.

Et les voilà, les autres habitants de la maison ! 50 000 volumes l’occupent, peut être même plus l envahissant l’espace, du sol au plafond, rangés par sujets, mais aussi empilés un peu partout, sur plusieurs épaisseurs, de la cave au grenier.
De l’escalade à la littérature, Paul ALLAIN nous a emmenées dans ses passions avec beaucoup d’aisance et de générosité : de beaux moments de partage et de transmission.
Si vous voulez en savoir un peu plus, prévoyez donc une escapade au parc d’Uriage, où notre hôte exerce le métier de bouquiniste chaque week-end, ou bien lisez Alpinisme et Compétition , ou plus technique , L’Art de l’Alpinisme écrits par Pierre ALLAIN.
L.B, 05. 04.2018


A la découverte du Street Art à Grenoble

street_art.jpgAprès-midi printanière pour découvrir charmes et secrets du Street Art.
Ce mouvement, apparenté aux cultures émergentes comme le rap et le hip hop, est né aux Etats Unis, à New York et Los Angeles, dans les années 70. C’est environ vingt ans plus tard qu’il est apparu à Grenoble avec l’artiste Ernest Pignon, Ernest dont la fresque initiale a été entièrement refaite il y a deux ans.
Si cette forme d’expression se développe dans de nombreuses villes, Grenoble offre une particularité, la création par la galerie Space Junk de l’unique festival annuel consacré au Street Art.
Cet événement permet aux artistes de de se faire connaitre, de s’exprimer, et surtout leur donne un cadre légal. En effet, la galerie trouve des lieux et obtient les autorisations de propriétaires pour que des murs ou portes de garage puissent ainsi devenir les supports des oeuvres. C’est aussi un moyende doter la ville et les communes avoisinantes de cet original patrimoine urbain.
Au fil de notre promenade, nous avons pu découvrir une vingtaine d’artistes d’âge, de nationalités, de renommées, de styles et de techniques très différents. Tous les formats, supports et associations sont permis ainsi qu’une certaine insolence irrévérencieuse, comme l’exprime une formule accompagnant une femme en prière « Au nom du pire, du twitt et du safari".
Presque tous accordent une grande importance au lettrage ou Writting dont l’histoire occupe une fresque de 70 mètres rue Humbert II et signent leur oeuvre d’un "blaz », ou marque de reconnaissance. Et aucun artiste n’apprécie d’être « toyé », autrement dit que son oeuvre soit cachée ou recouverte par des tags ou ajouts intempestifs .
Il est clair aussi qu'au delà des différences, cette forme d’expression exprime un regard assez critique sur les maux de nos sociétés et de l’empathie pour ceux qui en souffrent comme cette magnifique Africaine du très jeune Grenoblois SNEK.
La nature est aussi un thème très présent, comme le montrent les baleines du duo suisse NEVERCREW ou le vol des martinets du Chinois DALISTE.
Nouveau medium, à la portée de tous les regards, le Street Art nous offre un reflet de notre société où se côtoient « le pire » mais aussi souvent le meilleur !
28.03.2018 - L.B.


Lesdiguières, le prince oublié des Alpes

Nous avions rendez-vous en ce jeudi ensoleillé au Musée dauphinois, lieu privilégié, pour une exposition sur Lesdiguières....

A part le stade de rugby, la rue qui mène à la préfecture, l’école hôtelière, nous ne savions pas bien ce qui se cachait derrière ce nom, nous les Grenobloises d'adoption. Les autres, les « vraies », en savaient sûrement un peu plus sur ce patronyme. Et pourtant quelle leçon d'histoire nous a été dispensée durant plus de deux heures par une guide « époustouflante » de culture et de connaissances sur une période bien lointaine. ! Et quelle époque !!! Celle de la Réforme, des guerres sanglantes entre protestants et catholiques.

C'est une exposition extrêmement riche, dont nous sommes toutes ressorties un peu plus savantes sur un personnage très connu au XVIe et XVIIe siècles, puis tombé dans l'oubli.
Acteur majeur de l'histoire du Dauphiné, François de Bonne (1543 – 1626) est originaire du Champsaur. Issu de la petite noblesse, il va connaître une ascension fulgurante. Devenu chef des protestants du Dauphiné, il réussira à pacifier la province. Il prendra Grenoble en 1590 après un siège d'un mois. Grenoble était alors aux mains des ligueurs catholiques. Il fera appliquer l'édit de Nantes. Deux pages de cet édit se trouvent dans l'exposition et cela est très émouvant.
Il gouverne tout le Dauphiné, habite le palais delphinal dans le Jardin de Ville, fait construire le château de Vizille, durant 20 ans.
Il ne cessera pas de gravir les échelons : duc, pair de France, chef général des armées, il terminera connétable en 1622, c’est à dire second personnage de l'état après le roi. Il fera l'acquisition de nombreux domaines ou châteaux : St Jean de Bournay, Mens, Lourmarin...
On pense que sa rencontre avec François de Sales l'aurait poussé à devenir catholique.
Cette exposition riche de cartes, de tableaux, d’armes, d’archives nous permet d’appréhender le destin d'un homme qui a marqué d'une façon incroyable notre territoire.
Nous nous sommes séparées, un peu fatiguées, mais tellement plus éclairées sur le Duc de Lesdiguières, ravies d’admirer, à la descente, la superbe vue sur Grenoble et les montagnes enneigées.
A.O.
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La Casamaures, une « folie » orientale aux portes de Grenoble.

C’est avec autant de plaisir que de surprise que nous avons suivi les très nombreuses explications et anecdotes de Christiane Guichard, propriétaire des lieux depuis 1981.

Passionnée par cette réalisation qu’elle porte courageusement malgré toutes sortes de difficultés, cette ancienne élève des beaux-arts s’est complètement engagée, toute jeune, dans le sauvetage de ce « rêve d’orient », spécimen architectural de la mode de l ‘orientalisme.
Ce petit palais, entouré de jardins en terrasses, construit sur le rocher de St Martin-le-Vinoux, surplombe l’Isère. Le premier des 13 propriétaires est Joseph Jullien, dit Cochard. Ayant fait fortune, dans le domaine des chevaux, cet audacieux fantaisiste, un peu provocateur, s’est lancé dans ce projet fou de construction inventive pour le milieu du XIXème siècle. Une autre originalité de cette villa de style mauresque est l’utilisation du bleu Guimet sur les parements sculptés des façades, inventé par l’ingénieur voironnais, en 1828, futur créateur du Musée Guimet de Paris ! Cette couleur qui a remplacé le très coûteux bleu outremer, fait à partir du broyage de lapis lazuli, est un des éléments caractéristiques de cette extraordinaire maison.

Cet édifice, symbole de l’art du ciment moulé, mondialement renommé est le plus ancien bâtiment en béton de France et fut, à ce titre, classé aux monuments historiques en 1986. Sa construction a débuté en 1855. Ses moulages et ses structures, dépourvus de toute armature acier, ont été réalisées en ciment naturel Prompt Vicat, entreprise éponyme grenobloise qui a mis au point ce procédé en 1853. C’est aussi le premier exemple d’architecture préfabriquée de France.
Un escalier agrémenté de grenadiers et de passiflores qui évoquent cet orient rêvé, nous conduit à une terrasse ombragée par un magnolia de 160 ans, classé « arbre remarquable ».
A cette accumulation d’objets insolites se mêlent aussi d’étonnantes anecdotes qui vont des trois épouses successives de Joseph à l’histoire de cette étrange façade en bois qui viendrait du pavillon turc d’une exposition universelle : c’est la porte d’accès de l’appartement qui se visite.
Les vitraux colorés, l’éclairage zénithal, le décor nous emmènent au pays des mille et une nuits.

Quelle surprise de découvrir un immense espace, jardin d’hiver haut d’une dizaine de mètres ! Salon, vestibule et salle à manger témoignent par leur décor raffiné de papiers peints à la main, de l’exotisme du Bosphore et de Constantinople.
En plus de ses activités multiples, de la truelle à la transmission de sa passion, notre hôtesse évoque une autre corde à son arc, celle concernant l’art des cadrans solaires, ou gnomonie, qu’elle cultive dans le cadre de l’association Tournesol.
Avec beaucoup de gentillesse elle nous invite à venir savourer au printemps les charmes du jardin, ainsi qu’à participer, le 28 avril, à l’inauguration de l’auvent de l’orangerie.
Si vous souhaitez revenir sur les lieux, une étudiante en histoire de l’art accueillera le public du mardi au samedi, de 14 à 17 heures, de mi-mai à fin Juin.
Merci pour ce voyage enchanteur au croisement de l’innovation grenobloise et de l’art, bel exemple d’un exceptionnel patrimoine artistique et industriel.
Vous pouvez consulter le site : http://casamaures.org
L.B et F.N.


Rencontre avec une néo-savonnière

Isabelle Mancret -alias Isabulles nous accueille chaleureusement dans son labo à Sassenage.
Senteurs : des dizaines de savons disposés sur une table : nous admirons avec gourmandise.
Odeur du café et saveur des biscuits que nous offre Isabelle.
Tous nos sens sont en éveil.
Un voyage à New-York : elle entre dans une sublime boutique où l'on vend de merveilleux savons. C'est le déclic.
Elle a baigné dans l'artisanat haut de gamme - fille de Gérard Mancret, fondateur des brosseries éponymes - et s’avère, par ailleurs, scientifique de formation.
Rentrée en France, Isabelle ne "bulle" pas : elle se lance, se forme car la fabrication et la réussite d'un savon sont une histoire de chimie.
Elle expérimente une méthode séculaire : la saponification à froid.
Elle choisit ses matières premières, certifiées AB : 58 ingrédients, au total (huiles, beurres, cire d'abeille, lait de chèvre et de jument, miel etc....)
Toutes ses recettes sont certifiées en 2013.
Elle peut donc passer à la production : elle pèse, mélange, mixe, verse dans des moules, puis c'est la cuisson et le séchage des pains de savon.
Quelle cuisine !!!
Le résultat est magique et envoûtant, fascinant par le design, effets de marbrage, entrelacs de chocolat, café, citronnelle, orange douce... Quelle chance, notre peau va adorer …
C.W – 06.03.2018


EMBARQUEMENT IMMEDIAT POUR LA GUYANE

Chez Danielle et Alain Bourgeat, c’est à un voyage immobile en Guyane que nous convie MaO , afin d’y découvrir ce département qu’elle arpente depuis 20 ans maintenant, pour y retrouver sa fille et aussi pour son plaisir.
Cette terre d’immigration, voulue ou forcée, est connotée très négativement en métropole : la pluie, la pauvreté, les vestiges de l’esclavage ou du bagne ne sont pas vraiment compensés par la découverte de l’or ou le lancement de la fusée Ariane à Kourou.
guyane-2.jpgMaO ne manque pas de nous mettre en condition favorable en nous montrant de très belles photos de toucans colorés, de fleurs de fromager, de « reine de la nuit », sublime et éphémère, de marchés pittoresques, de visages expressifs de créoles burinées ou d’habitations étonnantes aux tags pleins d’humour et de poésie.
Bien sûr quand on arrive en Guyane on est « sur une autre planète » ! Les couleurs, les senteurs, les bruissements incitent au rêve et mettent tous les sens en éveil…
Sa Ka maché la Gwian ? Autrement dit : comment ça va, la Guyane ?
Si on retrace l’histoire de cette terre, on s’aperçoit qu’elle est faite d’échecs successifs.

Depuis le XVIème siècle des colons, en mal de survie ou de liberté, ont tenté de s’y installer dans des « habitations » nécessitant une main d’œuvre d’esclaves. Les noirs issus des « fonds de cale » des navires négriers passant par les Antilles, y cultivent l’indigo, le manioc, la canne à sucre… Maltraités et exploités sans vergogne, ils sont considérés comme des « meubles » par le code noir. Les stigmates resteront indélébiles.
Avec les colons arrivent aussi les Jésuites qui tentent d’évangéliser les Amérindiens. guyane_3.jpgLes missionnaires fondent de petites colonies (les Arawaks, les Wayanis, les Palikurs) mais ils seront bientôt rappelés en Europe, trop tôt pour avoir ancré durablement leur enseignement.

La publicité mensongère, présentant la Guyane comme l’Eldorado, incitera de nombreux sujets de Louis XV à s’embarquer, mais ces voyages mal préparés tourneront au désastre humanitaire. Sur 18 000 candidats au voyage, 12 000 périront !
Pendant La Révolution française les prêtres réfractaires seront envoyés en Guyane et y périront en martyrs de leur foi .
*En 1848, l’affranchissement des esclaves constituera un véritable désastre pour ce pays, en manque cruel de bras non rémunérés pour cultiver les plantations.
*1853 : date de la découverte d’une énorme pépite d’or qui va cristalliser tous les rêves et amener sur cette terre quantité de brigands sans foi ni loi. D’énormes tueries ensanglanteront le pays et déboucheront sur une contrebande effrénée qui n’a pas cessé aujourd’hui. Plus de 40% de la production aurifère part encore aux clandestins !
*De 1855 à 1939 on installera un bagne à Cayenne où seront déportées 80 000 personnes dont Dreyfus et Seyznek ! Ceux qui purgent une peine supérieure à 8 ans seront assignés à vie à rester sur place, après leur libération. Les autres, libérés sans un sou vaillant, n’auront d’autre solution que d’accepter les tâches les plus serviles et les plus misérables.
Le travail est ici symbole de servitude, blanche ou noire, tout est un ! On n’est pas éloigné du « trepalium » latin, instrument de torture dans l’antiquité.
En 1946 la Guyane devient département français, mais les Guyanais restent écartelés entre leur nationalité (française) et leur identité (guyanaise).
La fusée Ariane et le pas de tirs de Kourou, s’ils font la fierté des autochtones, ne masquent pas les difficultés profondes de toutes les communautés : Amérindiens, Créoles, Chinois, Hmong, Blancs cayennais, missionnaires et métros qui se côtoient en ces lieux.
Pour votre édification : sur 250 000 habitants, on compte 50 000 sans-papiers !
Les Guyanais sont champions toutes catégories des tristes records, liés à la pauvreté et à la corruption. Pourtant, curieusement c’est le département où l’on note la plus forte consommation de champagne !
Et même si parfois « La Guyane, ça vous bagne » lorsque vous évoquez, parmi les animaux les plus inquiétants : les serpents, les mygales velues, ou les crapauds repoussants, pensez en contrepoint à la picolette, ce petit oiseau enchanteur dont le propriétaire ne se sépare jamais.
Ce pays au lourd passé, qui se sent un peu délaissé parfois, mais qui vibre au chant de la pluie ou d’un oiseau, ne peut être que fascinant et mérite d’être mieux connu !
C’est ce à quoi s’est employée MaO, alternant informations historiques et brèves poétiques.

Pour clore cette soirée passionnante, un verre de ti punch à la main, nous aurions pu chanter comme les Créoles :
« Ba moin en ti bo, deux ti bo, trois ti bo, Doudou…guyane_4.jpg
Pou soulagé coeu moin ! »
D.VDB 27.02.2018


Accord à coeur

Nous avons passé un moment privilégié, hors du temps, en ce jeudi frileux de février, avec mes amis du 3ème étage : Véronique et Marcel KLAJNBERG.
Marcel, guitariste de talent, accompagne avec beaucoup de sensibilité, depuis 10 ans, Françoise DESLANDE, une partenaire complice et facétieuse.
Ce concert privé correspond à leur 4ème programme, le précédent étant consacré à Jean Ferrat.
La titre du spectacle est révélateur du contenu : « Accord à cœur » puisque tous les textes parlent d’amour.
Dans ce cadre, ils nous ont offert 15 superbes chansons : de pures merveilles !
Souvenez-vous de : Au pays de ton corps… Que serais-je sans toi… L’arrière-saison… La nuit… Chanson pour toi… Le poète et la rose (Les enfants terribles)…
Et bien d’autres encore, empruntées au répertoire de Serge Reggiani, Barbara, Catherine Le Forestier, Maurice Fanon et, bien sûr, Jean Ferrat…
Nous avons rêvé… Nous aurions bien dansé…
C’était magique !
Merci, merci Françoise et Marcel !


Exposition, centre du graphisme

Quelle étrange exposition, un vrai kaléidoscope !
En fait, c’est un très sympathique propos qui nous emmène en voyage dans le temps, les cinquante dernières années, entre France, Grande Bretagne, et Etats unis. C’est aussi la première exposition de ce type, en France, fruit de la passion de Michel Bouvet , son créateur, pour le rock progressiste !
Voilà pour le contexte.
Aux murs, plus de 1300 pochettes de disques, de CD et enfin de néo Vinyles, en couleurs ou en noir et blanc, sobres ou psychédéliques, exprimant l’extraordinaire diversité de la création qui associe musiciens, graphistes, directeurs artistiques, photographes, producteurs et amateurs.
johny.jpgL’objet pochette a pris une extraordinaire ampleur à partir de cette fameuse année 1967 qui a vu éclore une nouvelle culture libérée et libératrice, à la recherche de tous les codes, de tous les possibles. Mais aussi chaque pochette raconte une histoire, une chanson, un procédé technique, des souvenirs, les nôtres, ceux de nos enfants et ceux de nos petits enfants.
Objet artistique, témoin d’une époque, de nouvelles techniques, ces 1300 pochettes nous parlent, nous font réfléchir et rêver, et s’associent ainsi parfaitement à toutes les possibilités musicales et graphiques qui ont marqué ces cinquante dernières années.
C’est peut être là une clef de cette expo : se laisser emporter dans ce monde foisonnant, une fantastique façon de nous ré-enchanter ! L.B.


A travers l'oeuvre de Dezeuze

dezeuze_4.jpgTel est le cheminement du visiteur qui s’aventure dans les méandres du parcours de cet artiste contemporain, né à Alès en 1942, aussi original qu’atypique !18 salles du musée de Grenoble lui sont consacrées pour une rétrospective d’envergure.
La formation de l’artiste est académique ; il possède de solides bases en dessin et en histoire de l’art. D’esprit cosmopolite, il se fait le défenseur du nomadisme et se nourrit d’influences diverses : espagnole, mexicaine, canadienne et américaine.
La question qu’il pose n’est pas nouvelle : L’art est-il bien une fenêtre ouverte sur le
monde ?
Le Châssis de bois vide, appuyé contre un mur donne le ton de sa recherche.
Le support de la toile est une création en soi, dans la mesure où il sous-tend l’oeuvre exposée. L’oeil garde sa liberté, traverse le cadre, comme on traverse le miroir pour entrer dans un autre univers.
Création de l’homo faber, il est la structure indispensable à toute existence, comme l’est le squelette au corps.
Daniel Dezeuze assume l’impopularité de cette création, comme celle des Echelles
modulables en bois souple, métaphores de la quête de l’homme et de l’artiste. Graphies dans l’espace, elles nous interrogent sur le pouvoir du vide, souvent générateur d’angoisse La Canisse enroulée, étalée sur le sol, enduite de bitume de Judée, nous laisse un peu perplexes.
Si l’on sait que ce novateur est à l’origine du mouvement Supports er Surfaces (1968-1972), on comprend mieux ce souci de liberté, d’absence de cadre, de limite, cette transgression permanente. Il s’inscrit dans une recherche de déconstruction de l’objet-tableau, à la fois peinture et sculpture. Les Portes, symboles de liberté ou d’enfermement, dégradées par ses soins, témoignent de cette volonté de revisiter notre quotidien avec notre besoin de sécurité ou d’évasion…
dezeuze_3.jpgIl utilise successivement et indistinct échelles, claies, gazes, tarlatane, objets de
récupération tronqués et meurtris,réceptacles, valises... Que voi (que vois semble-t-il
demander à son interlocuteur-visiteur ? Est-ce une invitation au voyage artistique,
métaphysique ou spirituel ?
dezeuze.pngIl nous plonge avec la même facilité dans l’univers éthéré des gazes que dans celui plus destructeur des arcs et des arbalètes à la fois symboles de tension et de désastre.
Tension et dé-tension se répondent, comme se répondraient liberté et détention.
Cette oeuvre est extrêmement déroutante, elle nous oblige à remettre en cause nos valeurs et nos certitudes.
Le jeu des contradictions est permanent. Dezeuze se joue du vide et du plein, du léger et du dense, de la couleur et de l’aspect brut des objets.
S’inspirant du moyen-âge il explore le monde des laboratores avec
les objets de cueillette, des bellatores avec les armes et aussi des oratores avec les peintures qui perlent.
dezeuze_2.jpgNotre oeil et notre esprit voltigent, hésitant à se fixer, comme les papillons et pavillons de cet esthète, aussi déstabilisant qu’imaginatif.
Si nous avons fait un détour Par une forêt obscure et si nous nous sommes parfois égarés dans le labyrinthe de Dezeuze, nous avons toujours perçu cette ouverture lumineuse que constitue la Création !

D.VDB
LE 24.01.2018