Soirée des talents

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Programme septembre - octobre 2024

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Escapade à Lausanne autour de l’exposition de Nicolas de Staël à la Fondation de l’Hermitage

Cette journée d’échange avec le club de Lausanne est la troisième, depuis les liens noués à Rabat en mai 2022. Préparée depuis plusieurs mois, elle a commencé à la Fondation de l’Hermitage, où nous voulions voir l’exposition de cet étonnant peintre qu’est Nicolas de Staël. Devenu orphelin à l’âge de 8 ans, il est recueilli avec ses sœurs par la meilleure amie de sa mère qui vit en France, puis confié à une famille de Bruxelles qui lui apporte soin, attention et affection. Ainsi peut-il faire aux Beaux-Arts de Bruxelles les études qui lui tiennent à cœur. Le fil chronologique de l’exposition montre parfaitement comment le poids des souffrances ancrées en lui, sa vocation d’artiste, ses exigences artistiques, ses succès ont conduit cet homme à sa fin dramatique, en 1955, après une intense période créative de 15 ans.

Issu de grandes lignées allemande, russe et balte, élevé par un père officier, général major, vice- commandant de la forteresse prison Pierre-et-Paul de Saint Pétersbourg et une mère, beaucoup plus jeune que son mari, d’une famille très aisée et de grande culture artistique, il connut de grands traumatismes dès l’âge de six ans : d’abord l’exil dans plusieurs pays, à la suite de la révolution d’Octobre 17. Devenu orphelin à l'âge de 8 ans il est recueilli avec ses soeurs par une amie de sa mère qui vit en France, puis confié à une famille de Bruxelles qui lui apporte soin, attention et affection. Ainsi peut-il faire aux Beaux-Arts de Bruxelles les études qui lui tiennent à cœur.

Le rouge présent dans ses premières œuvres et pendant de nombreuses années semble être la trace de ces traumatismes, particulièrement visible dans le tableau « L’arbre » de 1953.

Il complète sa formation par des voyages dans toute l’Europe, puis en Espagne et au Maroc où il découvre un duo fondamental, le jeu entre la matière et la lumière.

Ses premières œuvres, souvent au fusain ou au pastel appartiennent à l’abstraction considérée comme une forme de résistance politique. Pendant les 15 années au cours desquelles il produit plus de 2000 œuvres, dont il détruit la moitié, il poursuit ses recherches, à la limite entre l’abstraction et la figuration.

Cette démarche revendiquée, non seulement le caractérise, mais nourrit une énigme permanente qui sollicite notre réflexion.

Une autre particularité de son travail est celui de la matière : pour cela il utilise des pinceaux, bien sûr, mais aussi des couteaux, des mini truelles, mais aussi de la gaze pour créer des effets d’estompage et de douceur

Cet homme d’1,97m, à la très belle allure, chaleureux, bon vivant, joyeux, combattif se nourrit aussi de belles amitiés : René Char, dont il illustre un recueil de Poèmes, la photographe Nicole Collomb qui l’immortalisa dans son atelier à Paris, Messiaen, Boulez, et bien d’autres, artistes ou non. Installé à Nice, en 40, il vit avec sa compagne Jeannine, peintre elle aussi : la naissance de leur fille Anne en 42, lui inspire des portraits. On considère que les trois années niçoises constituent son premier atelier, les années où il rencontre ses premiers amateurs.

En 43, la famille s’installe à Paris, la vie y est très difficile. Malgré des soutiens amicaux, la galeriste Jeanne Bucher, le peintre Braque, la fatigue et la misère emportent sa compagne, le laissant seul avec Anne, âgée de 4 ans. Quelques mois plus tard, il épouse Françoise Chapouton, qui lui donne 3 enfants. De 45 à 50, les tonalités changent, des tonalités claires succèdent aux teintes sombres. Le succès arrive grâce à l’appui de très fidèles amis qui permettent de nombreuses expositions, tant en France qu’aux Etats Unis. En 52, un match au Parc des Princes, lui donne un élan formidable, une envie folle de couleurs et de mouvement : cet événement donne naissance au tableau éponyme qui lui vaut d’être remarqué par le célèbre galeriste Paul Rosenberg.

Nicolas est toujours en recherche, en quête d’absolu, contesté par ceux qui lui reprochent d’abandonner l’abstraction et porté aux nues par ceux qui apprécient justement cette peinture tendue, sur le fil, originale et inclassable

La lumière du midi lui manque et toute la famille part en Italie, voyage qui inspire ces célèbres toiles éclatantes de couleur. La vie s’accélère, une nouvelle passion anime le peintre qui rompt avec Françoise et s’installe, seul, à Antibes. Voyages, expositions, créations s’enchainent. Il semble que ce rythme fou égare Nicolas qui doute de tout, doutes nourris par les critiques concernant ses dernières œuvres. Dévoré par ses combats, ses souffrances passées, ses exigences, sa solitude il met fin à ses jours en 1955, laissant ses dernières lettres à sa fille Anne, et son fidèle ami et marchand Jacques Dubourg. « Les mouettes » sont une de ses dernières toiles : leur vol désordonné au-dessus d’un ciel bien sombre peut évoquer son suicide.

« Ma peinture, je sais ce qu’elle est sous ses apparences, sa violence, ses perpétuels jeux de force, c’est une chose fragile dans le sens du bon, du sublime. » Nicolas de Staël, 1953

Cette exposition riche et passionnante a trouvé un heureux prolongement dans un restaurant sur les hauteurs de Lausanne, où nous avons pu deviser, échanger très agréablement, en prenant notre temps, ce qui était un des buts de cette escapade. *Titre du livre de Laurent Greilsamer, dont je vous recommande fortement la lecture. Les liens qui se tissent au fil des échanges, le plaisir de se retrouver, le charme des lieux, la qualité de notre guide, et bien sûr, les œuvres du « Prince Foudroyé »  ont fait de cette journée une très belle réussite : nous nous sommes quittées avec le projet d’accueillir nos amies au printemps 2025.


TAIRRAZ quatre générations de guides photographes

Tel est le titre de la magnifique exposition du musée de l’Ancien Evêché, qui nous propose, au fil des 120 photographies réunies, une immersion au cœur des montagnes au-dessus de Chamonix. Des portraits d’inconnus ou d’hommes célèbres, des traditions et des modes d’expression qui ont évolué au cours des siècles : photos prises par quatre Tairraz, qui, de père en fils, ont nourri une double passion, la montagne et la photographie, se sont adaptés aux évolutions tant techniques que sociales, ont côtoyé ceux qui ont marqué la montagne pendant plus d’un siècle.

Partout, ou presque, des pentes vertigineuses, de la neige et des hommes.

Le premier de la lignée, Joseph, 1827-1902, rejoint la compagnie des guides dès 1851, et acquiert un certain succès, qui s’accompagne de la création, avec son frère Zacharie, d’un studio « Photographie alpine

» En montagne il utilise un énorme appareil stéréoscopique de plus de 25 kg !

Ses portraits de bergers, de chasseurs, ou de cristalliers témoignent d’une époque révolue

  

 Son fils Georges I, 1868-1924, commence sa carrière par deux ans d’études à Paris, puis développe l’activité du studio qu’il rebaptise « Photographie alpine Tairraz ».   S’il s’intéresse au développement des « sports d’hiver, il se lance également dans de très grands formats.

La lignée s’affirme, s’adapte aux évolutions techniques et sociétales : chacun de ces quatre hommes exceptionnels ne cessera d’évoluer, de se renouveler, mais toujours avec la passion, le sens de l’extrême, de l’excellence, et de l’humilité qu’impose la montagne.

Son fils, Georges II, 1900-1975, continue sur cette lancée de photos éblouissantes. Bénéficiant d’une très grande notoriété, il travaille avec les plus grands alpinistes, Frison-Roche, Arthur Ravanel, Fernand Tournier, Armand et George Charlet utilisant un Leica, 24x36, beaucoup plus maniable. Ses talents se développent dans de nouveaux domaines, le cinéma comme assistant des réalisateurs, et la photographie illustrant les livres de montagne, celle-ci devenant de plus en plus appréciée.

Enfin Pierre,1933-2000, après de sérieuses études de photographie et cinéma à Paris suit les traces de son père. Sa grande innovation est l’apparition de la couleur, notamment ce que l’on appelle « le bleu Tairraz » Pour lui, les meilleures photographies sont " celles qui donnent du rêve".

Cette exposition est un moment de grâce qui réunit toutes les générations, tous les amateurs de beauté : à ne pas rater !

Quel que soit le photographe, ces photos magnifiques glorifient tant ces paysages, immenses, vertigineux, que les hommes qui vont à leur rencontre, en exaltent la beauté, et affrontent leur immensité.

Les deux filles de Pierre ont largement contribué à la réalisation de cette exposition.

                                                                                                             LB -AG


Joan Miro au musée de Grenoble

Miró, grand artiste catalan du XXème siècle, est difficile à appréhender. Une spécialiste du musée de GRENOBLE nous a permis d’approcher et décoder les 130 œuvres offertes à notre regard. Nous serions bien tentés de nous en tenir à nos références esthé5ques ou culturelles, oubliant que cet artiste a voulu faite table rase de la peinture traditionnelle. Je veux détruire tout ce qui existe en peinture, dit-il. Il nous plonge dans un monde déstabilisant de Miroglyphes, alphabet personnel faisant référence au ciel, au soleil, à la lune, à la fertilité et à la naissance. Ce méditant bouddhiste (ainsi le qualifiait Michel Leiris) se livre, comme les Surréalistes, à des expérimentations multiples. Il explore le monde des hallucinations, des rêves éveillés, favorisés par le silence, le jeûne et l’ascèse. Le point, le trait, le signe ne se posent pas sur la toile au hasard ; ils sont le fruit d’une longue maturation intérieure. Cette peinture que d’aucuns jugent enfantine est en fait la retranscription poétique d’un monde magique et féroce où la vie est mise en danger par la montée du Franquisme.

 Ce qui compte, c’est de mettre notre âme à nue. Joan Miró, Peintures de rêve (1925-1927), Peintures sauvages (1934-1937) et Constella7ons (dès 1939) se succèdent et se répondent.

Une tension permanente habite ce boxeur enragé (selon Leiris), écartelé entre l’infiniment grand du cosmos et l’infiniment petit des insectes, des escargots, des lézards qui le fascinent.

De ce Miromonde jaillissent des graffitis (avant l’heure) sur toutes sortes de supports : papier japonais précieux aussi bien que papier d’emballage. Miró s’illustre dans de nombreux domaines : dessin, calligraphie, peinture, collage, sculpture, bronze, gravure et céramique.

Artiste cosmopolite, il navigue entre sa Catalogne natale, Paris, New-York, Tokyo pour se fixer définitivement à Palma de Majorque. Il se définissait lui-même comme un Catalan international.

Que garder en mémoire de ce peintre mirobolant ? (Selon la formule de Desnos) - La démesure des formats - La qualité des bleus, extrêmement travaillés - L’hermétisme de signes très personnels - La passion, la révolte et l’emportement qui l’habitent - La poésie d’un regard enfantin qui rend plus sensible encore la veulerie d’un monde empêtré dans de faux problèmes. Ne brûle-t-il pas une partie de ses œuvres pour dénoncer leur prix excessif sur le marché de l’art ! Retenons cette réflexion du peintre : « Ce qui compte ce n’est pas une œuvre, c’est la trajectoire de l’esprit durant la totalité de la vie.

Le 31/05/24 D.VDB. - F.L.


Programme mai - juin 2024

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