L'EVOLUTION DE LA PROFESSION D'INFIRMIERE

Notre présidente Martine Grocq et sa consoeur Valérie Berger nous ont présenté une conférence sur le thème de l’évolution de la profession d’infirmière.
Martine Grocq fut, entre autres, lors de sa carrière d’infirmière, directrice des Soins au CHU de Bordeaux et Valérie Berger est, elle aussi, infirmière ainsi que coordinatrice de la Recherche Paramédicale au CHU de Bordeaux et Professeur associé à l’Université de Bordeaux et à la Faculté des Sciences Infirmières de Montréal.
Retour historique sur ce que furent les débuts et le développement du métier d’infirmière à travers les âges :
Dans l’antiquité, les pratiques de Phénarète, sage-femme et mère de Socrate inspirèrent à ce dernier le principe de la maïeutique qui consiste à faire accoucher les âmes plutôt que les corps. Aussi bien en Grèce qu’à Rome, il n’était pas question de voir une femme devenir médecin. Le serment d’Hippocrate (IVe siècle av. JC) exclut d’ailleurs les femmes de l’accès à la profession de médecin.
L’histoire d’Agnocide, illustre cette interdiction. Rêvant d’être médecin dans la Grèce antique, cette jeune femme choisit de transgresser la loi en se coupant les cheveux et en s’habillant en homme. Elle se forma auprès d’un médecin nommé Hérophile, devint gynécologue et, une fois passé le scandale provoqué par la révélation de son sexe véritable, elle fut à l’origine d’une loi autorisant les femmes à étudier et pratiquer la médecine.
Agnocide parlait déjà de contraception et d’avortement, ce qui provoqua l’ire des hommes, mécontents de voir la gent féminine acquérir un début de liberté sexuelle.

Au début du Moyen-Age, les femmes comme les hommes, pratiquent la médecine ou la chirurgie. Mais la professionnalisation de la médecine, surtout dans les villes universitaires, en a évincé peu à peu les femmes. D'abord en interdisant l'accès des femmes à l'Université, puis en les excluant des professions règlementées. Mais pour soigner les populations, il faut des infirmières : c’est aux religieuses qu’incombe ce rôle. Monastères et abbayes accueillent les malades et les soignent sur la base de l’esprit chrétien.
En 1398, le mot « enfermerie » apparaît pour désigner le lieu fermé qui héberge et où l’on prend soin, d’abord des pauvres et des lépreux, puis des malades en général. Par extension, les soignants qui y exercent seront nommés « enfermiers ».

A partir du XVIIe siècle, la laïcisation des hôpitaux découlera de la mise à distance de l’Église catholique par les protestants.
Pourquoi plutôt des soignantes femmes ?
Les femmes sont considérées comme plus aptes à prendre soin des malades car plus attentives et délicates que les hommes
Au XVIIIe siècle, Diderot et d’Alembert écrivent dans l’Encyclopédie : « Dans les hôpitaux bourgeois et maisons de charité ; ce sont des femmes ou des sœurs hospitalières qui sont chargées des fonctions des infirmiers et l’on est généralement content de la manière dont elles s’en acquittent. On ne peut nier que les femmes ne soient plus propres à ces fonctions que les hommes ; en effet, par la sensibilité et la douceur naturelle à leur sexe, elles sont plus capables qu’eux de ces soins touchants, de ces attentions délicates, si consolantes pour les malades et si propres à hâter leur guérison ».
Malgré tout, l’infirmière, aussi indispensable soit-elle, est longtemps considérée comme une simple garde-malade, une servante au service des médecins.
Ce n’est vraiment qu’à partir desguerres des guerres du XIXe et XXe sièclesque l’on verra les hommes s’illustrer comme infirmiers sur les champs de bataille.
Wikimedia Commons, Infirmier militaire pendant la guerre de 70. Litographie. Musée Carnavalet
Valérie Berger évoque le personnage de la « Dame à la lampe », la célèbre Florence Nightingale
Infirmière britannique et pionnière des soins infirmiers modernes, Florence Nightingale (1820-1910), issue de la bonne société britannique, fut une véritable légende de son vivant. Par son courage, son implication notamment pendant la guerre de Crimée, elle a contribué à moderniser le métier d’infirmière. Après sa mort se développera véritablement une science des soins infirmiers s’appuyant sur ses études et ses statistiques.
Valérie Berger, insiste aussi sur l’importance de la personnalité qu’est Florence Nightingale. Véritable scientifique, en avance sur son temps et la condition féminine de l’époque, elle se rendit compte, pendant la guerre de Crimée, que, parmi les soldats, de nombreux décès étaient dus au manque d’hygiène. Elle mit alors l’accent sur l’importance de l’asepsie, soulignant, ce qui nous semble évident aujourd’hui, mais ne l’était pas du tout à l’époque, que l’un des moyens les plus simples et efficaces pour prévenir la propagation des maladie nosocomiales était le lavage des mains.
Wikimedia Commons. Florence Nightingale. Colour reproduction of drawing by R. Kirchner, 1917.

- Quelques dates importantes à Bordeaux :
- 1884 : création de l’école d’infirmières protestante de Bagatelle.
- 1902 : création de l'école d'infirmières de l'hôpital St André, dirigée par la congrégation des Sœurs de Saint Vincent de Paul.
- 1904 : ouverture de l’école d’infirmières laïque de l’hôpital du Tondu
- Quelques dates marquantes de l’évolution de la profession d’infirmière :
- 1901 : La Nouvelle-Zélande est le premier pays à enregistrer sur le plan national la liste des infirmières.
- 1922 : Uniformisation des programmes par Léonie Chaptal et décret instaurant un brevet de capacité professionnelle pour les infirmiers.
- 1946 : Dispositions légales de la profession d’infirmière. L’infirmière devient une professionnelle.
- 1951 : Création du diplôme d’état d’infirmière.
- 1978 : la loi du 31 mai 1978 reconnaît un rôle propre à l’infirmière et lui octroie une autonomie sur certains actes.
- 1993 : Décret relatif aux règles professionnelles de l’infirmière.
- 2002 : Décret énonçant la liste des actes que peut réaliser un infirmier diplômé d’état, sur prescription médicale et sous la vigilance d’un médecin.
- 2004 : Décret sur les compétences et les charges déontologiques des infirmiers. Prise en charge de la douleur et notion de santé mentale en psychiatrie.
- 2006 : Création de l’ordre national des infirmiers.
- 27 juin 2025 : Reconnaissance et définition du statut législatif de l’infirmière. L’infirmière est habilitée à mener des consultations, avec un droit de prescription limité.
- Il existe quatre catégories d’infirmières :
- Infirmière puéricultrice,
- Infirmière anesthésiste,
- Infirmière de bloc opératoire
- Infirmière coordinatrice, chargée d’effectuer la liaison entre plusieurs catégories de personnes (dans les hôpitaux, les EHPAD…)
- Une autre spécialité est celle de l’infirmière de l’éducation nationale qui assure l’accueil et l’écoute des élèves sur le plan de la santé et de la scolarité.

Elle présente également Léonie Chaptal, autre héroïne dans l’histoire des soins infirmiers.
Léonie Chaptal est l’architecte de la profession infirmière en France. Très investie pour la profession et notamment pour la formation, elle est également mondialement reconnue pour son action contre la tuberculose.
Portrait de Léonie Chaptal By Geni.com - Geni.com, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=59949836htt
Marie-Françoise Collière (1930-2005), infirmière et femme d’exception, co-fondatrice en 1965 de l’Ecole internationale d’enseignement infirmier supérieur de Lyon, fut également une militante de l'évolution des droits infirmiers. Profondément altruiste, cette infirmière mettait l’accent sur le contact, non seulement le malade en tant qu’individu mais comme faisant partie d’une famille, d’une communauté humaine qu’il convient absolument de prendre en compte dans une vision globale du soin.
Les diplômes d’infirmière :
Concernant les diplômes à l’étranger, Valérie Berger cite le cas des Etats-Unis où, depuis 1934, il existe un doctorat en sciences infirmières, plaçant les infirmiers à un très haut niveau de connaissances et de compétence.
Pour l’Europe, elle insiste sur le processus des Accords de Bologne sur l’enseignement supérieur, auquel a adhéré la formation infirmière en 2009.
Le diplôme d’Etat infirmier, avec 3 ans d’études, attribue le niveau licence, le système LMD (licence, master, doctorat) permettant aux élèves infirmières d’accéder à plusieurs formations allant jusqu’au master. Il faut noter à ce niveau, l’influence de Roselyne Bachelot, ministre de la santé entre 2007 et 2010, qui a œuvré à l’évolution du métier d’infirmière et mis en place l’appel à projet de recherche infirmière élargi aux professions para-médicales
En 2019, Dans le cadre de la réforme du métier, un décret a officialisé la création de la discipline des sciences infirmières.
Enfin, en juin 2025, face à la crise majeure de l’accès aux soins, le déficit du nombre de médecins, le vieillissement de la population et le développement des maladies chroniques, est créé le nouveau métier de l’IPA (Infirmière en Pratique Avancée). Titulaires d’un master II, les IPA interviennent en complémentarité des médecins et, grâce à leurs compétences, peuvent les délester d’une part de leurs charges.
Pour devenir IPA, l'infirmière doit suivre une formation dispensée sur 3 ans. Cette formation fait l'objet d'un diplôme d'État de niveau master.
En Aquitaine, trois universités proposent cette formation : Bordeaux, Poitiers et Limoges. A l’Université de Bordeaux, 60 étudiants IPA sont répartis sur 5 spécialités : Pathologie chronique stabilisée, Oncologie et hémato-oncologie, Maladies rénales, Psychiatrie et santé mentale, Urgence.

Marie-Françoise Collière (1930-2005), infirmière et femme d’exception, co-fondatrice en 1965 de l’Ecole internationale d’enseignement infirmier supérieur de Lyon. Profondément altruiste, cette infirmière mettait l’accent sur le contact, non seulement le malade en tant qu’individu mais comme faisant partie d’une famille, d’une communauté humaine qu’il convient absolument de prendre en compte dans une vision globale du soin.
MECENAT 2024

En 2024, dans le cadre de ses actions de mécénat, le Lyceum Bordeaux a répondu à l’appel aux dons de l’Opéra National de Bordeaux pour financer l’acquisition d’un Hautbois d’Amour.
Le hautbois acquis par l’ONB a été joué pour le concert Saga Trilogy 3, Vendredi 13 Juin 2025
C’est un instrument que l’on n’entend pas souvent, mais dont le timbre singulier pourrait bien vous intriguer… Sa tessiture, une tierce plus basse qu’un hautbois classique, lui donne un son plus ouaté. Et c’est précisément cette sonorité plus douce qui en a fait, à l’époque baroque, l’instrument des airs tendres, d’où son nom de hautbois d’amour…
Il ressemble au hautbois, mais son pavillon en forme de poire lui donne une allure bien à part. Son nom, déjà, est une promesse : Le hautbois d’amour.
C’était, dit-on, l’instrument préféré de Jean-Sébastien Bach.
https://www.opera-bordeaux.com/de-concert-avec-lorchestre-62922
LE TRESOR D’AAHOTEP, REINE D’EGYPTE
Jeudi 12 juin, les lycéennes étaient nombreuses pour écouter la conférence de Jacques Zacharie, historien de l’art, conférencier, guide culturel en France et à l’étranger et également auteur de Bandes Dessinées, sur le Trésor d’Aahotep, reine d’Egypte, découvert par Auguste Mariette en 1859.

Né en 1821 à Boulogne-sur-Mer, Auguste Mariette a connu un destin extraordinaire. Passionné par l’égyptologie, il apprit très tôt à déchiffrer les hiéroglyphes. En 1849, il est embauché au musée du Louvre comme auxiliaire de conservation. Il lui est alors confié une mission en Egypte pour aller y récupérer des documents anciens. Arrivé sur place, il utilise les fonds alloués pour ouvrir un chantier de fouilles à Saqqarah et découvre une multitude d’objets, sarcophages, bijoux, statues. Il met au jour le Sérapéum, grandes catacombes où il découvre les énormes sarcophages des taureaux sacrés d'Apis.
Statue d’Auguste Mariette au Caire
Avec l’aide du pacha Mohammed Saïd, il fonde le Service des Antiquités Egyptiennes, puis crée un musée au Caire dans le quartier de Boulaq. Il écrit également les textes fondateurs du service de protections des antiquités égyptiennes et met fin aux fouilles non autorisées et à l'exportation des antiquités.
En 1859 il s'installe en Egypte et y restera jusqu'à sa mort.


Auguste Mariette créera ensuite le Musée du Caire où est exposé le formidable trésor trouvé dans la tombe de la reine d’Aahotep en 1859 à Dra Abou-I Naga, près de Louqsor.
Lorsque la tombe fut découverte, la momie, endommagée, tomba en poussière, mais les objets furent heureusement préservés. Parmi lesquels des bijoux extraordinaires, une hache d’apparat en or et une barque en or et argent avec ses quinze passagers.
La reine Ahhotep a vécu à une époque particulièrement faste de l'Égypte ancienne. Son règne se situe à la fin de la XVIIe dynastie et au début de la XVIIIe. Elle fut régente de son fils, le pharaon Ahmosis pendant sa minorité et a laissé une trace importante dans l’histoire égyptienne. Elle fut surnommée la reine de la liberté et la reine guerrière.
Son fils Ahmosis entreprendra la reconquête de la Basse-Egypte et chassera les Kyxsôs du delta du Nil.
Le trésor de la reine Aahnotep
Le trésor de la reine Aahnotep, fut présenté lors de l'exposition universelle de Paris en 1864.
Les bijoux et objets précieux trouvés dan sa tombe furent convoités par beaucoup, y compris par l’impératrice Eugénie. Celle-ci aurait souhaité ajouter à sa collection de bijoux un collier fait de mouches d’or
Malgré son statut prestigieux et les nombreuses pressions, Auguste Mariette refusa s'appuyant sur les textes de protection des antiquités égyptiennes. Le collier fabuleux resta au musée du Caire où il se trouve toujours.


Crédit photos : Jacques Zacharie
Découverte d'Aubusson et Felletin
Un peu d’histoire :
Plusieurs théories s’affrontent sur les origines de la tapisserie à Aubusson :
L’une d’elles est que ce sont les sarrasins qui, à la suite de la bataille de Poitiers au VIIIe siècle, auraient importé dans la Creuse un savoir-faire venu du Moyen-Orient.
La réalité est plutôt à chercher dans les mariages entre les comtes de Marche, ancienne région où se situait jadis Aubusson, et les riches familles venues de Flandres où la tapisserie était pratiquée déjà depuis plusieurs siècles.

Carte de la Marche (1753)
wikimedia Commons Gouvernemens généraux de la Marche, du Limousin, et de l'Auvergne, Robert de Vaugondy, 1753
Des artisans lissiers apportèrent leur savoir-faire et s’installèrent à Aubusson et Felletin, villes riches en cours d’eau. Les premières traces écrites mentionnant l’activité de la tapisserie datent du milieu du XVe siècle.
Les tapisseries servaient à l’origine à réchauffer les murs des châteaux en les isolant du froid et de l’humidité. Elles présentaient en outre un caractère décoratif et didactique non négligeable à une époque où peu de gens savaient lire. Les tisserands créaient des images à sujet religieux ou des scènes profanes représentant des batailles, de rois ou des personnages mythologiques.
La manufacture d'Aubusson, spécialisée dans la tapisserie de « basse lisse », tissée sur un métier vertical, connut un essor progressif. Jusqu'à son apogée sous Louis XIV où son Premier Ministre Colbert, éleva Aubusson au rang de Manufacture Royale en 1664.
Comme dans d'autres manufactures, la révocation de l'édit de Nantes entraîna le départ de nombreux lissiers calvinistes, provoquant la baisse de l'activité d'Aubusson. Au cours des siècles, une chute de l’intérêt pour la tapisserie s’opéra peu à peu, due en particulier aux progrès du chauffage dans les châteaux, et, aussi, à son coûté levé pour les acheteurs particuliers.
Dans les années 1930/1940, l'art de la tapisserie s’est renouvelé sous l'impulsion de Jean Lurçat et du lissier François Tabard.

-LE CARTON :
Le carton de tapisserie consiste dans la réalisation d’un modèle ou maquette. Une sorte de patron qui, agrandi aux dimensions voulues de la tapisserie servira de modèle au lissier. Au départ, ces modèles étaient exécutés par les tapissiers eux-mêmes, puis leur réalisation deviendra une activité à part entière, celle des peintres cartonniers. Des artistes renommés pouvaient être sollicités pour créer des modèles destinés à la tapisserie, c’est le cas du peintre Boucher qui créa des modèles à la demande de Louis XV.
Souvent utilisés et réutilisés, ces cartons (qui peuvent être aussi des toiles), constituent souvent de véritables œuvres d’art. Au fil du temps, ils finissent par s’user et sont jetés ou mis au rebut.
Heureusement, à l’Atelier-Musée des Cartons de Tapisserie, situé dans le quartier de la Terrade, Madame Chantal Chirac a pu récupérer et exposer beaucoup de ces cartons que nous pouvons découvrir avec les commentaires de son mari.
Dans la même demeure, ancien octroi d’Aubusson, Madame Chirac elle-même a son propre atelier de restauration de tapisserie.


Après la découverte des cartons, nous partons vers la maison des lissiers où une lissière à l’ouvrage nous explique son travail. Nous sommes toutes ouïes devant ce savoir-faire fascinant qui allie patience et passion.
Le lendemain, nous sommes attendues aux ateliers de tapisserie Pinton à Felletin qui, depuis 1867, produisent des tapisseries, des tapis et des moquettes. Les ateliers Pinton sont célèbres, notamment, pour avoir tissé la plus grande tapisserie du monde.
Mesurant 12m x 22m, cette tapisserie représentant le Christ en Gloire, dont le carton est l’œuvre du peintre et graveur britannique Graham Sutherland, orne depuis 1962 le chœur de la cathédrale de Coventry en Grande-Bretagne. Ville bombardée puis reconstruite après la dernière guerre.


Nous faisons une pause dans notre découverte de la tapisserie pour explorer une autre activité aujourd’hui éteinte à Felletin, celle de la taille des diamants.
Car la fin du XIXème et au début du XXème siècles, la taille du diamant fut pratiquée à la coopérative "La Felletinoise". Un habitant de Felletin ayant appris la taille des diamants à Paris, décida de créer son propre atelier.
En 1906, un groupement d’artisans crée la Société coopérative des ouvriers diamantaires de Felletin qui travaillera à l’international pour la joaillerie puis pour l’industrie (forages, meules, outils de coupe résistants à l’abrasion, équipements de gravure, découpe de verre etc.).
Concurrencée par les diamants synthétiques, la coopérative, déjà en déclin dès les années 30, a fermé ses portes en 1982, laissant sur place, tous ses outils et son matériel. A l’initiative de la mairie de Felletin, aidée par la Fondation du Patrimoine, cette coopérative est devenue un musée de la diamanterie inauguré en 2023.
- LA FILATURE :
Toujours à Felletin, La visite de la filature Terrade va nous instruire sur cette étape importante de la tapisserie. Cette entreprise familiale, installée sur les bords de la rivière Creuse depuis 1912, perpétue les savoir-faire liés à la fabrication et à la teinture du fil de laine.
Avec notre guide, nous observons toutes les étapes, depuis la transformation de la laine des moutons, jusqu'à sa filature et sa teinture.


La dernière matinée de notre séjour est consacrée à une visite de la Cité Internationale de la Tapisserie d’Aubusson.
Nous y découvrons des merveilles
Depuis la plus ancienne tapisserie tissée à Aubusson "Millefleurs à la Licorne" jusqu’à de récentes adaptations de films japonais "La peur du Hauru" de Miyasaki ou d’œuvres cubistes comme les mains de le Corbusier.
Enfin, le projet George Sand, imaginé par l’artiste Françoise Petrovitch : artiste plasticienne française qui travaille le dessin et la peinture, ainsi que la céramique et la vidéo
Ce projet inédit de tapisserie-installation grand format (23m x 2.15m), est en cours de réalisation à Aubusson, afin de rendre hommage à George Sand à l’occasion des 150 ans de sa disparition en 2026. Le tissage, commencé au printemps 2024, a été confié à La Manufacture Robert Four avec un dévoilement prévu en juin 2026.

Crédits Photos : Marie-Christine Mechin
POLYPHONIES SAVANTES DE LA NOUVELLE ESPAGNE, DE LA FIN DE LA RENNAISSANCE AU XVIIème SIECLE

Notre conférencier Jean-Christophe Candau est le fondateur de l’ensemble vocal Vox Cantoris. Créé en 2000 dans les Alpes Maritimes, l’ensemble Vox Cantoris s’applique à rechercher, interpréter et enregistrer des répertoires de fonds musicaux anciens, rares, et parfois jamais exploités
En 2007, Vox Cantori et son créateur, Jean-Christophe Candau, ténor, maître de chapelle et musicologue, ont migré vers l’Aquitaine, à La Réole dans l’Entre-Deux-Mers, où Jean-Christophe Candau s’est établi et a créé leFestival des Musiques Anciennes.
Monsieur Candau nous confie combien il a été séduit par la Réole et la richesse de son patrimoine bâti.
Puis il aborde le but de ses recherches musicales : tenter de retrouver ce que pouvait être le chant des XVIème et XVIIème siècles.
A la Renaissance, les chanteurs pratiquaient deux sortes de voix :
La voce di cappella, ou voix de chapelle. C’est celle qui s’exprimait à l’église : une voix forte et puissante, portant le message de Dieu aux fidèles. Parfois appelé voix d’airain, elle rappelle le son de l’orgue.
Lors de ses chants autour du lutrin, les chantres étaient habiles à l’improvisation.
En l’absence de diapason, inventé au début du XVIIe siècle, le « tactus » permettait de marquer le tempo, il pouvait être la simple prise du pouls humain ou une série de coups aidant à garder le rythme.
Vox Cantori prend en compte tous ces paramètres dans sa pratique du chant.
https://www.christies.com/, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=99960211

Mais partons vers la Nouvelle Espagne et le Mexique :
En 1521, le conquistador espagnol Hernán Cortès s'empare de l'Empire aztèque au nom de l’empereur Charles Quint. Cette conquête est l’acte fondateur de la Nouvelle-Espagne au XVIe siècle.
Dès lors, Cortès et ses consorts s’acharnent à anéantir la riche civilisation aztèque. Ils détruisent une grande partie de la capitale Tenochtitlan, principalement tout ce qui se rapportait aux cultes religieux.
Ci-dessous, une image de synthèse reconstitue le temple de Tenochtitlan.

By s shepherd from durham, nc - 20061124 model of the tenochtitlan temple complex, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1949575
Pour certains historiens, les conquistadores espagnols voulaient « l'or, Dieu et la gloire ». Traduisons : les conquérants voulaient s'emparer des trésors aztèques, propager le christianisme et apporter la gloire à eux-mêmes et à l'Empire espagnol.
Après avoir anéanti la capitale aztèque, les envahisseurs établissent la Nouvelle Espagne qui comprenait à l’époque le Mexique mais aussi plusieurs Etats des actuels Etats-Unis : le Nouveau Mexique, la Californie, l’Arizona, la Floride, la Louisiane et le Texas. Ils créent Mexico sur les ruines de l’ancienne capitale et y construisent une cathédrale à l’emplacement du Temple de Tenochtitlan.
Jean-Christophe Candau et sa passion pour les chants de la Nouvelle-Espagne :
En 2015, Jean-Christophe Candau rencontre des musiciens mexicains au Festival Cervantino. Organisé dans la ville de Guanajuato, au Mexique, cet événement pluridisciplinaire attire des artistes du monde entier. Rendant hommage par son nom à l’écrivain Cervantès, le festival Cervantino célèbre chaque année toutes les formes d’art : musique, théâtre, danse, littérature etc. Notre conférencier entre alors en relation avec le musicologue Luis Lledias qui souhaite reconstituer le chœur de la cathédrale de Mexico, ainsi qu’avec l’association Patrimonio Musical de la Nueva España. Il entreprend avec eux des recherches sur les fonds musicaux des cathédrales et des couvents de la Nouvelle Espagne dont les archives se trouvent au musée de Tepotzolan.
La saga du chant religieux espagnol en Nouvelle-Espagne :
Au moment de la conquête, de jeunes indiens, enlevés à leurs parents, furent élevés dans des monastères puis renvoyés dans leur famille pour répandre le message religieux et civilisationnels des conquérants.
Les populations, bon gré mal gré, se coulèrent dans le moule catholique, tentant des rapprochements entre le nouveau dieu chrétien et les dieux et déesses de leur propre panthéon. Telle la déesse vierge Tonantzin, que les aztèques surnommait « notre petite mère », qu’ils assimilèrent à la Vierge Marie.
Wikimedia Commons. Stone figure of Tonantzin Museo Nacional de las Intervenciones (ex Monastery of Churubusco) in Coyoacan borough, Mexico City. 30 may 2009. Author : Thelmadatter.


C’est sur la colline même où les Aztèques adoraient Tonantzin, qu’en 1531, serait apparue à un Indien aztèque la Vierge noire de Guadalupe, vénérée et importée auprès des indiens par le clergé catholique. Cet évènement précipita la conversion des Aztèques au catholicisme. Un sanctuaire dédié à cette vierge a été bâti sur les fondations du temple de Tonantzin. Chaque année, le 12 décembre, des milliers de pèlerins mexicains y affluent pour honorer la Vierge Noire.Sur cette base de conversion, des musiciens et des chanteurs furent formés en quelques années aux règles du plain-chant, de la polyphonie et à l'usage des instruments de musique chrétiens.
Chez les femmes, les religieuses chantaient dans leur couvent. Dans l’ancienne église du couvent de l'Incarnation de Mexico, on peut voir encore deux tribunes superposées qui permettait au chœur des femmes d’être renforcée par des chantres ou un basson pour les voix de basses.
Sans abandonner totalement leurs croyances et leurs coutumes, les populations autochtones intégrèrent donc peu à peu la foi et les chants catholiques.
Des compositeurs composèrent spécialement pour ces nouveaux convertis des chants proches de la musique espagnole de la Renaissance, alors qu’en Europe, Monteverdi fit évoluer la pratique vocale vers le baroque.
Wikimedia commons Original Picture of Our Lady of Guadalupe (also known as the Virgin of Guadalupe) shown in the Basilica of Our Lady of Guadalupe in México City. Domaine public.
Ce sont ces chants qui ont conquis Jean-Christophe Candau. Mais il fallut retrouver les manuscrits des partitions perdues et en obtenir des copies.
Certains se trouvent aux archives de la Newberry Library de chicago. Il existe également un grand fonds d’archives dans la cathédrale de Guadalajaja, ville située à 540 km au nord-ouest de Mexico et seconde ville du Mexique par son importance.
Cette cathédrale a malheureusement été ébranlée par un tremblement de terre en 1818. Elle reste menacée par de possibles séismes. Le fonds d’archives des 107 livres de chœur y sont, hélas, mal stockés, mais notre conférencier a été le premier à pouvoir prendre des photos de ces précieux recueils.
Il a pu confectionner le fac-simile d'un livre de chœur de la cathédrale de Guadalajara contenant les œuvres des compositeurs Miguel Placeres et Martin Casillas.
La tâche est immense de reconstituer ces trésors musicaux rarissimes.

Jean-Christophe Candau et Vox Cantori ont déjà publié plusieurs disques : les Trésors des Cathédrales, Nouvelle Espagne XVIIe siècle, les Trésors des Couvents, nouvelle Espagne XVIIe siècle, Les Vêpres de Saint-Jacques et d’autres suivront dont la Semaine Sainte à Mexico.
Amoureux fervent de la musique, ancienne ou non, Jean-Christophe Candau souhaite améliorer la pédagogie liée à la pratique du chant. C’est ainsi que, parallèlement à son activité de festival, il s’est lancé, à La Réole, dans des ateliers, s’adressant aux chanteurs et musiciens amateurs.
ABBAYES ET PRIEURES DU PERIGORD
Le 17 avril, nous accueillons Evelyne Bermond-Picot et Gérard Leconte pour assister à leur conférence sur les Abbayes et Prieurés du Périgord.

Evelyne Bermond-Picot, est paléographe et donc spécialiste du déchiffrement des anciennes écritures.
Elle a travaillé pendant 20 ans aux Archives départementales de la Gironde et pendant 8 ans sur un projet de recherches sur les pêches françaises dans le golf du Saint-Laurent pour l'Université Laval de Québec.
Lorsqu’il était en activité, Gérard Leconte, qui est architecte, avait deux agences : l'une à Bordeaux et l'autre à Bergerac.
Cette conférence porte le même titre que le livre qu’ils ont co-écrit. Paru en 2017 aux éditions GLI, ce livre, deux fois édité, est malheureusement épuisé en librairie à ce jour.
Pour mener à bien leur projet : recenser les 204 abbayes et prieurés (il n’en subsiste que 90), nos deux conférenciers ont mené un travail gigantesque et parcouru, pendant cinq ans, et à raison de deux jours par semaine,10 000 km environ sur leur territoire de recherche : le diocèse du Périgord, qui recouvre la Dordogne et empiète sur la Charente et le Lot-et-Garonne comme on peut le voir sur la carte dressée par Gérard Leconte.
Carte des monastères du Périgord, travail personnel communiqué par Gérard Leconte

En entrée en matière, nos conférenciers nous expliquent la différence entre une abbaye et un prieuré.
L'abbaye : au Moyen-Age, c’était une communauté de moines ou moniales gouvernée par un abbé ou une abbesse et, par extension, le bâtiment qui abritait cette communauté.
Le prieuré : le terme apparaît au XIe siècle pour désigner un monastère de moindre importance, placé sous la dépendance d'une abbaye. Son nom vient du fait qu'on a donné au moine qui le dirigeait le titre de « prieur ».
Ils citent également les différents ordres monastiques représentés en Périgord :
- Les bénédictins
- Les augustiniens
- Les grandmontins
- Les cisterciens
- Les artigiens (ordre fondé en Limousin par Saint-Léonard de Noblat)

L’abbaye de Boschaud
Ancienne abbaye cistercienne fondée au XIIe siècle, elle est située sur la commune de Villars.
Victime des guerres de religion, elle fut partiellement détruite. Certaines parties ont été restaurées au fil des siècles.
Boschaud offre la particularité de ne pas être construite près d’un cours d’eau, comme le sont généralement les abbayes. Ses moines ne possédaient que des puits pour puiser leur eau.
Classées monument historique en 1950, les ruines de Boschaud ont été rachetées par l’état en 1967.
Wikimedia Commons abbaye de Boschaud Par © Trauman
D’autres abbayes, détruites au cours des siècles puis restaurées sont magnifiquement conservées, comme
L’abbaye de Cadouin
Ancien hermitage transformé en abbaye cistercienne au XIIème siècle, l’Abbaye de Cadouin est inscrite depuis 1998 sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
---------------------------------Wikimédia Commons vue de l’abbaye de Cadouin Own Work, Benjamin Lefèvre

Wikimedia Commons, cloître de l’abbaye de Cadouin By MOSSOT - Own work, CC BY-SA 3.0

Le Prieuré de Rauzet
D'autres couvents, à l’état de ruines, ont été relevés et restaurés, c’est le cas du Prieuré de Rauzet, de l’ordre de Grandmont, ordre austère aujourd’hui disparu. Construit au XIIIe siècle, et situé à Combiers, en Charente, aux confins de la Dordogne.
Dans l’ordre de Grandmont, le vœu de pauvreté était poussé à l’extrême. Le prieuré possédait quelques domaines et étangs, un moulin et des droits sur la forêt proche. Les moines vivaient très simplement et avaient pour règle l’hospitalité, accueillant notamment les pèlerins en route pour Saint-Jacques.
-----------------------La chapelle de Rauzet avant restauration : Image transmise par Evelyne Bermond-Picot


Et après restauration…Image transmise par Evelyne Bermond-Picot
Nos conférenciers ne nous ont pas caché l’importance des coûts, souvent exorbitants, de ces restaurations, parfois aux frais des propriétaires qui habitent les lieux, parfois à la charge d’associations et, en partie, de l’état ou des collectivités locales.
Nous ne pouvons que saluer le mérite des mécènes, des bénévoles amoureux des vieilles pierres, des associations et des services publics qui permettent de maintenir vivants ces témoins précieux de notre passé religieux.
Et remercier nos deux conférenciers, pour nous avoir fait profiter de leurs recherches sur le riche patrimoine monacal du Périgord.











