
Notre conférencier Jean-Christophe Candau est le fondateur de l’ensemble vocal Vox Cantoris. Créé en 2000 dans les Alpes Maritimes, l’ensemble Vox Cantoris s’applique à rechercher, interpréter et enregistrer des répertoires de fonds musicaux anciens, rares, et parfois jamais exploités
En 2007, Vox Cantori et son créateur, Jean-Christophe Candau, ténor, maître de chapelle et musicologue, ont migré vers l’Aquitaine, à La Réole dans l’Entre-Deux-Mers, où Jean-Christophe Candau s’est établi et a créé leFestival des Musiques Anciennes.
Monsieur Candau nous confie combien il a été séduit par la Réole et la richesse de son patrimoine bâti.
Puis il aborde le but de ses recherches musicales : tenter de retrouver ce que pouvait être le chant des XVIème et XVIIème siècles.
A la Renaissance, les chanteurs pratiquaient deux sortes de voix :
La voce di cappella, ou voix de chapelle. C’est celle qui s’exprimait à l’église : une voix forte et puissante, portant le message de Dieu aux fidèles. Parfois appelé voix d’airain, elle rappelle le son de l’orgue.
Lors de ses chants autour du lutrin, les chantres étaient habiles à l’improvisation.
En l’absence de diapason, inventé au début du XVIIe siècle, le « tactus » permettait de marquer le tempo, il pouvait être la simple prise du pouls humain ou une série de coups aidant à garder le rythme.
Vox Cantori prend en compte tous ces paramètres dans sa pratique du chant.
https://www.christies.com/, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=99960211

Mais partons vers la Nouvelle Espagne et le Mexique :
En 1521, le conquistador espagnol Hernán Cortès s’empare de l’Empire aztèque au nom de l’empereur Charles Quint. Cette conquête est l’acte fondateur de la Nouvelle-Espagne au XVIe siècle.
Dès lors, Cortès et ses consorts s’acharnent à anéantir la riche civilisation aztèque. Ils détruisent une grande partie de la capitale Tenochtitlan, principalement tout ce qui se rapportait aux cultes religieux.
Ci-dessous, une image de synthèse reconstitue le temple de Tenochtitlan.

By s shepherd from durham, nc – 20061124 model of the tenochtitlan temple complex, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1949575
Pour certains historiens, les conquistadores espagnols voulaient « l’or, Dieu et la gloire ». Traduisons : les conquérants voulaient s’emparer des trésors aztèques, propager le christianisme et apporter la gloire à eux-mêmes et à l’Empire espagnol.
Après avoir anéanti la capitale aztèque, les envahisseurs établissent la Nouvelle Espagne qui comprenait à l’époque le Mexique mais aussi plusieurs Etats des actuels Etats-Unis : le Nouveau Mexique, la Californie, l’Arizona, la Floride, la Louisiane et le Texas. Ils créent Mexico sur les ruines de l’ancienne capitale et y construisent une cathédrale à l’emplacement du Temple de Tenochtitlan.
Jean-Christophe Candau et sa passion pour les chants de la Nouvelle-Espagne :
En 2015, Jean-Christophe Candau rencontre des musiciens mexicains au Festival Cervantino. Organisé dans la ville de Guanajuato, au Mexique, cet événement pluridisciplinaire attire des artistes du monde entier. Rendant hommage par son nom à l’écrivain Cervantès, le festival Cervantino célèbre chaque année toutes les formes d’art : musique, théâtre, danse, littérature etc. Notre conférencier entre alors en relation avec le musicologue Luis Lledias qui souhaite reconstituer le chœur de la cathédrale de Mexico, ainsi qu’avec l’association Patrimonio Musical de la Nueva España. Il entreprend avec eux des recherches sur les fonds musicaux des cathédrales et des couvents de la Nouvelle Espagne dont les archives se trouvent au musée de Tepotzolan.
La saga du chant religieux espagnol en Nouvelle-Espagne :
Au moment de la conquête, de jeunes indiens, enlevés à leurs parents, furent élevés dans des monastères puis renvoyés dans leur famille pour répandre le message religieux et civilisationnels des conquérants.
Les populations, bon gré mal gré, se coulèrent dans le moule catholique, tentant des rapprochements entre le nouveau dieu chrétien et les dieux et déesses de leur propre panthéon. Telle la déesse vierge Tonantzin, que les aztèques surnommait « notre petite mère », qu’ils assimilèrent à la Vierge Marie.
Wikimedia Commons. Stone figure of Tonantzin Museo Nacional de las Intervenciones (ex Monastery of Churubusco) in Coyoacan borough, Mexico City. 30 may 2009. Author : Thelmadatter.


C’est sur la colline même où les Aztèques adoraient Tonantzin, qu’en 1531, serait apparue à un Indien aztèque la Vierge noire de Guadalupe, vénérée et importée auprès des indiens par le clergé catholique. Cet évènement précipita la conversion des Aztèques au catholicisme. Un sanctuaire dédié à cette vierge a été bâti sur les fondations du temple de Tonantzin. Chaque année, le 12 décembre, des milliers de pèlerins mexicains y affluent pour honorer la Vierge Noire.Sur cette base de conversion, des musiciens et des chanteurs furent formés en quelques années aux règles du plain-chant, de la polyphonie et à l’usage des instruments de musique chrétiens.
Chez les femmes, les religieuses chantaient dans leur couvent. Dans l’ancienne église du couvent de l’Incarnation de Mexico, on peut voir encore deux tribunes superposées qui permettait au chœur des femmes d’être renforcée par des chantres ou un basson pour les voix de basses.
Sans abandonner totalement leurs croyances et leurs coutumes, les populations autochtones intégrèrent donc peu à peu la foi et les chants catholiques.
Des compositeurs composèrent spécialement pour ces nouveaux convertis des chants proches de la musique espagnole de la Renaissance, alors qu’en Europe, Monteverdi fit évoluer la pratique vocale vers le baroque.
Wikimedia commons Original Picture of Our Lady of Guadalupe (also known as the Virgin of Guadalupe) shown in the Basilica of Our Lady of Guadalupe in México City. Domaine public.
Ce sont ces chants qui ont conquis Jean-Christophe Candau. Mais il fallut retrouver les manuscrits des partitions perdues et en obtenir des copies.
Certains se trouvent aux archives de la Newberry Library de chicago. Il existe également un grand fonds d’archives dans la cathédrale de Guadalajaja, ville située à 540 km au nord-ouest de Mexico et seconde ville du Mexique par son importance.
Cette cathédrale a malheureusement été ébranlée par un tremblement de terre en 1818. Elle reste menacée par de possibles séismes. Le fonds d’archives des 107 livres de chœur y sont, hélas, mal stockés, mais notre conférencier a été le premier à pouvoir prendre des photos de ces précieux recueils.
Il a pu confectionner le fac-simile d’un livre de chœur de la cathédrale de Guadalajara contenant les œuvres des compositeurs Miguel Placeres et Martin Casillas.
La tâche est immense de reconstituer ces trésors musicaux rarissimes.

Jean-Christophe Candau et Vox Cantori ont déjà publié plusieurs disques : les Trésors des Cathédrales, Nouvelle Espagne XVIIe siècle, les Trésors des Couvents, nouvelle Espagne XVIIe siècle, Les Vêpres de Saint-Jacques et d’autres suivront dont la Semaine Sainte à Mexico.
Amoureux fervent de la musique, ancienne ou non, Jean-Christophe Candau souhaite améliorer la pédagogie liée à la pratique du chant. C’est ainsi que, parallèlement à son activité de festival, il s’est lancé, à La Réole, dans des ateliers, s’adressant aux chanteurs et musiciens amateurs.
