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Découverte d'Aubusson et Felletin

12 juin 2025
|In Clubs, Sorties culturelles, BORDEAUX
|By bordeaux

Un peu d’histoire :

Plusieurs théories s’affrontent sur les origines de la tapisserie à Aubusson :

L’une d’elles est que ce sont les sarrasins qui, à la suite de la bataille de Poitiers au VIIIe siècle, auraient importé dans la Creuse un savoir-faire venu du Moyen-Orient.

La réalité est plutôt à chercher dans les mariages entre les comtes de Marche, ancienne région où se situait jadis Aubusson, et les riches familles venues de Flandres où la tapisserie était pratiquée déjà depuis plusieurs siècles.

Carte de la Marche (1753)

wikimedia Commons Gouvernemens généraux de la Marche, du Limousin, et de l’Auvergne, Robert de Vaugondy, 1753

Des artisans lissiers apportèrent leur savoir-faire et s’installèrent à Aubusson et Felletin, villes riches en cours d’eau. Les premières traces écrites mentionnant l’activité de la tapisserie datent du milieu du XVe siècle.

Les tapisseries servaient à l’origine à réchauffer les murs des châteaux en les isolant du froid et de l’humidité. Elles présentaient en outre un caractère décoratif et didactique non négligeable à une époque où peu de gens savaient lire. Les tisserands créaient des images à sujet religieux ou des scènes profanes représentant des batailles, de rois ou des personnages mythologiques.
La manufacture d’Aubusson, spécialisée dans la tapisserie de « basse lisse », tissée sur un métier vertical, connut un essor progressif. Jusqu’à son apogée sous Louis XIV où  son Premier Ministre Colbert, éleva Aubusson au rang de Manufacture Royale en 1664.

Comme dans d’autres manufactures, la révocation de l’édit de Nantes entraîna le départ de nombreux lissiers calvinistes, provoquant la baisse de l’activité d’Aubusson. Au cours des siècles, une chute de l’intérêt pour la tapisserie s’opéra peu à peu, due en particulier aux progrès du chauffage dans les châteaux, et, aussi, à son coûté levé pour les acheteurs particuliers.

Dans les années 1930/1940, l’art de la tapisserie s’est renouvelé sous l’impulsion de Jean Lurçat et du lissier François Tabard.

–LE CARTON :

Le carton de tapisserie consiste dans la réalisation d’un modèle ou maquette. Une sorte de patron qui, agrandi aux dimensions voulues de la tapisserie servira de modèle au lissier. Au départ, ces modèles étaient exécutés par les tapissiers eux-mêmes, puis leur réalisation deviendra une activité à part entière, celle des peintres cartonniers. Des artistes renommés pouvaient être sollicités pour créer des modèles destinés à la tapisserie, c’est le cas du peintre Boucher qui créa des modèles à la demande de Louis XV.

Souvent utilisés et réutilisés, ces cartons (qui peuvent être aussi des toiles), constituent souvent de véritables œuvres d’art. Au fil du temps, ils finissent par s’user et sont jetés ou mis au rebut.

Heureusement, à l’Atelier-Musée des Cartons de Tapisserie, situé dans le quartier de la Terrade, Madame Chantal Chirac a pu récupérer et exposer beaucoup de ces cartons que nous pouvons découvrir avec les commentaires de son mari.

Dans la même demeure, ancien octroi d’Aubusson, Madame Chirac elle-même a son propre atelier de restauration de tapisserie.

Après la découverte des cartons, nous partons vers la maison des lissiers où une lissière à l’ouvrage nous explique son travail. Nous sommes toutes ouïes devant ce savoir-faire fascinant qui allie patience et passion.

Le lendemain, nous sommes attendues aux ateliers de tapisserie Pinton à Felletin qui, depuis 1867, produisent des tapisseries, des tapis et des moquettes. Les ateliers Pinton sont célèbres, notamment, pour avoir tissé la plus grande tapisserie du monde.

Mesurant 12m x 22m, cette tapisserie représentant le Christ en Gloire, dont le carton est l’œuvre du peintre et graveur britannique Graham Sutherland, orne depuis 1962 le chœur de la cathédrale de Coventry en Grande-Bretagne. Ville bombardée puis reconstruite après la dernière guerre.

Nous faisons une pause dans notre découverte de la tapisserie pour explorer une autre activité aujourd’hui éteinte à Felletin, celle de la taille des diamants.

Car la fin du XIXème et au début du XXème siècles, la taille du diamant fut pratiquée à la coopérative « La Felletinoise ». Un habitant de Felletin ayant appris la taille des diamants à Paris, décida de créer son propre atelier.

En 1906, un groupement d’artisans crée la Société coopérative des ouvriers diamantaires de Felletin qui travaillera à l’international pour la joaillerie puis pour l’industrie (forages, meules, outils de coupe résistants à l’abrasion, équipements de gravure, découpe de verre etc.).

Concurrencée par les diamants synthétiques, la coopérative, déjà en déclin dès les années 30, a fermé ses portes en 1982, laissant sur place, tous ses outils et son matériel. A l’initiative de la mairie de Felletin, aidée par la Fondation du Patrimoine, cette coopérative est devenue un musée de la diamanterie inauguré en 2023.

– LA FILATURE :

Toujours à Felletin, La visite de la filature Terrade va nous instruire sur cette étape importante de la tapisserie. Cette entreprise familiale, installée sur les bords de la rivière Creuse depuis 1912, perpétue les savoir-faire liés à la fabrication et à la teinture du fil de laine.

Avec notre guide, nous observons toutes les étapes, depuis la transformation de la laine des moutons, jusqu’à sa filature et sa teinture.

La dernière matinée de notre séjour est consacrée à une visite de la Cité Internationale de la Tapisserie d’Aubusson.

Nous y découvrons des merveilles 

Depuis la plus ancienne tapisserie tissée à Aubusson « Millefleurs à la Licorne » jusqu’à de récentes adaptations de films japonais « La peur du Hauru » de Miyasaki ou d’œuvres cubistes comme les mains de le Corbusier.

Enfin, le projet George Sand, imaginé par l’artiste Françoise Petrovitch : artiste plasticienne française  qui travaille le dessin et la peinture, ainsi que la céramique et la vidéo

Ce projet inédit de tapisserie-installation grand format (23m x 2.15m), est en cours de réalisation à Aubusson, afin de rendre hommage à George Sand à l’occasion des 150 ans de sa disparition en 2026. Le tissage, commencé au printemps 2024, a été confié à La Manufacture Robert Four avec un dévoilement prévu en juin 2026.

Crédits Photos : Marie-Christine Mechin

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