PEUT-ON PARLER DE CIVILISATION DU VIN ?

Professeure émérite à l’université Bordeaux-Montaigne, chercheuse en littérature portugaise, spécialisée dans la thématique du vin, Ana Binet organise des colloques et participe aux « Vendanges du Savoir » qui, depuis quelques années, mènent une action pluridisciplinaire unissant l’université de Bordeaux et l’institut des Sciences de la Vigne et du Vin permettant ainsi au grand public, et aux professionnels, d’accéder aux résultats de recherches de spécialistes concernant tout ce qui touche à la vigne et au vin.
Ana commence son propos en tentant de définir le terme de « civilisation ». A nos yeux, le mot englobe un ensemble de conditions matérielles et culturelles dans lesquelles vit un peuple ou un ensemble de peuples. La notion de civilisation implique un degré de développement économique, social, politique et culturel qui permet à l’individu d’atteindre une condition humaine dépassant la simple lutte pour la survie (cf. l’historien Fernand Braudel 1902 -1985).
Les anglo-saxons, parleront plutôt de culture, terme qui s’oppose à la barbarie. Pendant longtemps le mot civilisation a impliqué l’idée d’une supériorité des sociétés occidentales.
I) La culture de la vigne participe-t-elle à la structuration des sociétés où elle est cultivée ?
Dans beaucoup de pays occidentaux, la présence de la vigne et du vin est une telle évidence que nous n’éprouvons pas le besoin d’y réfléchir.
En Grèce, le vin tenait un rôle majeur dans la vie sociale. Le symposium permettait aux hommes d’accéder à l’univers de Dionysos. Tout y était codifié et contrôlé : le vin était coupé d’eau et l’on ne s’enivrait pas
Le vin était conservé dans de grands vases ou cratères et bu dans des coupes : les kylix .
Photo : Symposium grec, wikimedia commons


A Rome, l’aristocratie se réunissait dans les « convivia », banquet dont le but était éminemment culturel. Le vin y était coupé d’eau, chaude ou froide et l’on établissait déjà une hiérarchie des vins.
Lors des conquêtes romaines, les vignes s’étendront dans les régions conquises, et l’intégration des peuples « barbares » se fera par l’adoption du vin. La romanité s’accomplira donc, en partie, par le biais de la vigne et du vin.
Wikimedia Commons : Fresque représentant un banquet romain, Herculanum, photographe Yann Forget
En Gaule, la vigne est plantée dès le 1er siècle de notre ère. Le vin y est fortement lié à la religion. Il est considéré comme un élément magique et régénérateur et l’ivresse permettait de se rapprocher des divinités.
Après la chute de l’empire romain, la qualité du vin et la façon de le boire entreront en décadence dans les territoires romanisés et ne retrouveront leur excellence qu’à partir du XVIIème siècle.
Wikimedia Commons Bas-relief représentant le transport du vin par les gaulois à travers la Durance à l'époque romaine.


Pendant le Moyen-Age, l’eau étant rarement potable, on ne boit pratiquement que du vin, y compris les enfants. Plus qu’une boisson, le vin est alors, et le sera longtemps, considéré comme un médicament, fortifiant, analgésique et euphorisant. D’ailleurs, bien avant le Moyen-Age, Hippocrate ainsi que Pline l’Ancien recommandaient sa consommation !
Wikimedia Commons. Vendanges médiévales, domaine public, auteur inconnu

À la Renaissance, le vin circule par la route, par mer, par fleuves et canaux, en fûts, en barriques et en vaisseaux... Un nouveau type de contenant, la bouteille de verre, est adopté, et l'usage du liège devient de mise pour la fabrication des bouchons.
Lors des longues traversées maritimes de l’époque des découvertes, on buvait plus de vin que d’eau et l’on note que le vin transporté par voie maritime s’améliore en navigant.
Bouteille en verre environ 1740. Domaine public : Frank Papenbroock Transféré de de.wikipedia allemand à Commons.
- Au niveau européen, le vin a toujours marqué l’histoire des relations commerciales entre les différents pays, entre ceux, surtout, où la culture de la vigne est développée et ceux dont le climat ne le permet pas.
Il en va ainsi à Bordeaux où, dès le XVIIème siècle, Anglais et Hollandais règnent sur le commerce du vin. Ils exercent alors une forte pression pour créer une qualité constante des vins. Les prix augmentent avec l’excellence et la manne financière qui en résulte permet aux propriétaires d’investir dans tout ce qui peut améliorer la qualité de leurs vins. Les anglais, en particulier seront de grands consommateurs du « French Clairet ». Un vin rouge clair qu’ils apprécient particulièrement.
En 1663, le parlementaire Samuel Pepys parle d’un vin qu’il juge exceptionnel et qu’il nomme « Ho Bryan ». Il s’agit en fait du Haut-Brion, propriété créée en 1533 par Jean de Pontac, parlementaire bordelais. Mais on sait que la vigne y était déjà présente au 1er siècle de notre ère, plantée par une tribu celtique.

Dès le XVIIème, anglais et hollandais s’installent non loin du port, dans le quartier des Chartrons. Le quartier doit son nom au couvent des moines chartreux qui s’était implanté en 1381 dans ces lieux alors marécageux et insalubres. Toujours synonyme du négoce du vin, le quartier des Chartrons affiche son riche passé dans les immeubles cossus du cours Xavier Arnazon.
Wikimedia Commons : Cours Xavier Arnozan dans le quartier des Chartrons à Bordeaux, France.
Ana Binet nous rappelle que les anglais nous ont transmis la pratique de la décantation du vin dans une carafe en verre ou en cristal pour en éliminer les impuretés, ainsi que le rituel de la dégustation, pratique codifiée à l’extrême et assorti d’un langage très riche. C’est aussi aux anglais que nous devons l’emploi du bouchon de liège (le meilleur liège est portugais nous signale Ana !).
Si les anglais furent les premiers et meilleurs connaisseurs des vins de Bordeaux, ils sont maintenant détrônés par les asiatiques. Les milliardaires chinois ont acheté des châteaux… que la crise les amène parfois à revendre !
Sur le plan culinaire, n’oublions pas l’importance de l’harmonisation mets/vins, surtout chez les grands chefs cuisiniers, mais cela nous concerne aussi et nous y sommes tous sensibles à notre niveau.
Wikimedia Commons. Author : Greg Wagoner. 25 january 2009


Bordeaux est particulièrement marquée par la culture de la vigne et du vin. Notre ville est mondialement connue grâce cette saga du « sang de la vigne » et de ses terroirs : Graves, Médoc, Saint-Emilion, Sauternes, Pauillac, Pessac-Léognan.
Accentuant cette course à l’excellence, le classement des grands crus en 1855, a intensifié l’image de compétitivité des vins de Bordeaux, de même que le concept de « châteaux » a promu au XIXème siècle les acteurs de l’exploitation viti-vinicole au noble rang de « l’aristocratie du bouchon » dont parlait Mauriac. Producteurs, négociants, courtiers participent tous à soutenir la haute qualité de nos vins et vignobles.
Un nouveau défi se pose avec l’évolution du climat qui oblige à utiliser de nouveaux cépages adaptés à des températures plus élevées, en même temps que la protection de l’environnement impose une moindre utilisation des pesticides. L’arrachage fait aussi malheureusement partie des contraintes auxquelles sont soumises certaines propriétés.
Carte du vignoble bordelais Photo Ana Binet
Art architectural lié à notre patrimoine viticole :



Chais du Château Margaux par Norman Foster - Chais du château Lynch-Bages par Pei Partnersship - Chais du château Cheval Blanc par Christian de Porzamparc - Photos Ana Binet
II)- Cette culture joue-t-elle un rôle dans une autre forme de structuration, celle des imaginaires, du tissu symbolique qui est partie intégrante de notre être et explique parfois nos réactions, nos comportements, notre vision du monde ?
Le vin a toujours été considéré comme un don des dieux et il est lié à différents rituels religieux.
Ces rituels peuvent être païens ou judéo-chrétiens. Le vin est mentionné plus de 500 fois dans la Bible.
Dans la Genèse, Noë est le premier à planter la vigne, il serait donc l’inventeur de la viticulture… Il est aussi le premier et seul personnage de la Bible à s’enivrer !
L’Arche de Noë. Photo Ana Binet
Toujours dans la Bible, Isaïe chante la vigne de son bien-aimé Yahvé (5, 1-7) :
« Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile.
Il la bêcha, l’épierra, y planta du raisin vermeil ;
Au milieu d’elle il bâtit une tour et y creusa aussi une cuve.
Il en attendait des raisins, et elle donna des grappes sauvages. »

Cette apparition décevante de « grappes sauvages » symbolise la relation de Yahvé et des Israëlites. La vigne est malade et ses raisins sont impropres à faire du vin. Dieu punit ainsi les Israëlites qui lui ont désobéi.
Ailleurs, au contraire, Dieu récompense les hommes et on peut lire dans la Genèse (27, 28) : « Et le Seigneur des armées préparera à tous les peuples sur cette montagne un festin de viandes délicieuses, un festin de vin (…) tout pur et sans aucune lie ».
Le vin dans la Bible est donc synonyme de récompense et d’alliance avec Dieu ainsi que des hommes entre eux.
Dans les Evangiles également, la vigne est souvent présente. Comme dans les Noces de Cana où Jésus changea l’eau en vin, et la Cène ou dernier repas du Christ avec ses disciples. Saint Thomas d’Aquin lui-même a d’ailleurs écrit cette phrase étonnante : « Il faut goûter le vin avec modération mais sans cesse, parce que l’on atteint grâce lui l’ivresse du sacré. L’ordre religieux du monde repose sur le vin » !

Dans le domaine viticole, les monastères eurent une importance capitale. Grâce au travail de défrichement et de plantation des moines, les vignes prospérèrent. En Bourgogne, notamment, les moines cisterciens sont à l’origine du mondialement célèbre « Clos Vougeot ».
La présence du vin lors de rituels religieux lui a conféré un statut sacré. On en versait quelques gouttes sur le front des nouveaux nés et Henri IV lui-même fut, selon la légende, baptisé au vin de Jurançon.
Le vin avait sa place sur la table des malades à qui la médecine préconisait l’absorption de ce remède censé favoriser leur guérison. Chez les travailleurs manuels, une partie du salaire était versée en bouteilles de vin jusqu’au début du XXème siècle (jusqu’à 5 litres par jour dans le bordelais !). Quant au Champagne, toutes les occasions sont bonnes pour en déboucher une bouteille…
Wikimedia Commons Navin75 - Chateau du Clos de Vougeot
Dans le judaïsme, le vin est bien présent. La vigne de Noë plantée sur le mont Ararat en témoigne.
Dans l’Islam, la position concernant le vin est plus ambigüe. L’ivresse est bannie. Mais dans la poésie médiévale, le vin est bien présent. Spécialement dans la poésie soufie où il est une métaphore de l’extase du croyant avec le divin.
Dans d’autre civilisations, la vigne a connu aussi une importance qui a laissé sa trace, par exemple
Chez les Egyptiens : dans les tombes, peintures et bas-reliefs montrent le peuple s’activant dans les vignes et le commerce du vin.
Wikimedia Commons Ägyptischer Maler um 1500 v. Chr. - The Yorck Project (2002)

- Le vin et la littérature :
Dans une culture où le vin tient une place importante, la littérature s’en empare. On peut citer :
. Rabelais :
« Le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement ».
. Montaigne :
« On ne boit pas le vin, on lui donne un baiser et il vous rend une caresse »
. Montesquieu :
« Le raisin, le vin et l’humour des gascons sont d’excellents antidotes contre la mélancolie. »
. Victor Hugo :
« Dieu n'avait fait que l'eau, mais l'Homme a fait le vin. »
. Roland Barthes :
« le vin est capable de retourner les situations et les états, et d’extraire des objets leur contraire : de faire par exemple, d’un faible un fort, d’un silencieux, un bavard »
. Et n’oublions pas Colette :
« La vigne et le vin sont de grands mystères. Seule, dans le règne végétal, la vigne nous rend intelligible ce qu'est la véritable saveur de la terre. Quelle fidélité dans la traduction ! Elle ressent, exprime par la grappe les secrets du sol… »
BORDEAUX : DE BURDIGALA AU XIXème SIECLE

En ce premier jeudi février, nous nous retrouvons pour écouter une conférence Madame Bénédicte Boyrie-Fénié intitulée" Bordeaux, de Burdigala au XIXème siècle".
Madame Boyrie-Fénié est une linguiste spécialiste de la toponymie gasconne.
Très attachée depuis l’adolescence à la préservation des langues régionales, docteure en géographie historique, elle est l’auteure, seule ou en association avec son mari Jean-Jacques Fénié (agrégé de géographie qui enseigne aussi l’occitan) de plusieurs ouvrages de vulgarisation sur la toponymie de différents domaines occitans.
Devant un public attentif, Madame Boyrie-Fénié donne un aperçu de sa science toponymique dont elle nous explique d’abord le sens.
La toponymie, mot issu du grec ancien (topos =lieu et nomos =nom) est l’étude des noms de lieux. La recherche toponymique, en mêlant histoire, géographie et linguistique enquête sur les indices laissés par les sociétés passées sur les territoires. Pour prouver l’importance de cette science peu connue, elle cite une phrase de l’écrivain et lexicographe Frédéric Mistral qui s’exprimait en provençal et fut un fervent défenseur des langues occitanes.


En révélant le sens des noms, nous dit Madame Boyrie-Férié, la toponymie, bien que n’étant pas une science exacte, révèle bien des choses sur la petite et la grande histoire.
En Gascogne, et particulièrement à Bordeaux, ville marquée par un important mélange linguistique, son étude permet d’approcher et de percer ses différentes strates langagières.
Un peu d’histoire des noms de lieu :
- au paléolithique (2,6 millions d’années à 10.000 ans avant J.C.), l’homme éprouve le besoin de nommer ce qui est dangereux et ce qui est utile.
- au néolithique (2.800 à 2.500 ans avant J.C. environ), l’homme se sédentarise et commence à nommer et circonscrire les lieux. Les habitations sont regroupées dans des lieux nommés, limités par des pieux. Il faut protéger les habitants mais aussi le bétail qui représente alors la notion de richesse.
Cette sédentarisation entraîne donc l’apparition des noms de lieux.
Quelques exemples surprenant de noms de lieu :
En France, le nom de village le plus court est Y, commune de la Somme. Sa signification est « lieu habité par Ido », ou « lieu dont Ido est le propriétaire ».
Wikimedia Commons Pixeltoo Route de Y, Somme, Picardie


-Au Pays de Galles, Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch, petite ville située sur l'île d'Anglesey, avec ses 58 caractères répartis en 18 syllabes, serait celle qui possède le nom le plus long d'Europe et le deuxième nom de lieu le plus long au monde, composé d'un seul mot.
By Missvain - Own work, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=158282755
La palme revient pour le monde entier, à un lieu situé en Nouvelle-Zélande, qui comporte 85 caractères.
Taumatawhakatangihangakoauauotamateaturipukakapikimaungahoronukupokaiwhenuakitanatahu
Par Mattgrosso sur Wikipédia anglais — Transféré de en.wikipedia à Commons par Kr-val., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3922715

TOPONYMIE DE LA GASCOGNE :
Dans notre région de Gascogne, certains toponymes, très anciens, remontent à une époque où on ne parlait pas encore gascon. Ils désignent surtout des reliefs et des cours d’eau. Ainsi, la racine « GAR », d’origine indo-européenne, qui désigne une pierre ou un caillou, se retrouve dans le nom Garos dans les Pyrénées Atlantiques, le Pic du Gar dans les Pyrénées et, certainement, également dans Garonne.
En gascon, le mot « Garroc » signifie rocher, hauteur, mont et en basque il évolue en garai qui a la même signification…
De la même façon, la racine « pal », également issue du pré-indo-européen et qui signifie aussi rocher escarpé, va se retrouver aussi bien dans le col de Pau, en vallée d’Aspe, que dans la ville de Pau.

Si l’on revient aux origines, le gascon est la variété de l’occitan propre au triangle aquitain délimité par les Pyrénées, l'Océan et la vallée de la Garonne.
Les aquitains ont laissé des noms en os ou osse : Andernos, Biscarosse, Pissos, Biganos…
Mais de nombreux toponymes sont d’origine latine. On peut citer la racine ACOS (du latin acum, signifiant « domaine de ») qui a laissé ses traces autour de Bordeaux, avec Listrac, Marciac, Podensac, Préchac. Et son dérivé an dans Draguignan, Caudéran, Léognan…
Les Celtes ont peu pénétré en Gascogne, sauf le long de la Garonne et en val d’Aran mais leur langue a laissé quelques traces : Cambo (méandre) a donné Cambo au pays basque. Condomages (marché de la confluence) a donné Condom.
Mais revenons à Bordeaux dont la langue, d’origine romane, est donc le gascon malgré son peuplement par les Bituriges Vivisques, venus de Bourges en pays d’oil, comme le remarque le géographe grec Strabon, au 1er siècle après J.C.
Après la conquête romaine, notre langue a peu à peu évolué vers le gallo-roman, celui-ci se divisant entre gallo-roman du nord : la langue d’oïl, et le gallo-roman du sud : la langue d’oc. Bordeaux se trouve aux confins de l’aire gasconne, mais elle en fait bel et bien partie.
En termes de toponymie, le nom ancien de Burdigala se compose de deux racines : une racine aquitaine BURD qui signifie boueux et une racine proto-basque CAL qui voudrait dire abri ou crique. Notre ville est donc définie comme une crique boueuse…
N’oublions pas qu’à l’origine, Bordeaux n’était qu’un vaste marécage. A ce sujet, nous pouvons rendre hommage à Alphonse d’Ornano, maire de Bordeaux de 1599 à 1610 qui fit assécher les marais de Bordeaux et édifier des fontaines monumentales.
Wikimédia Commons : Plan de la ville de Bordeaux, bâtie par les Romains l'an de JC 260. Extrait de l'Histoire de la ville de Bordeaux, de Dom Devienne, paru en 1771.

A partir de l’an mil, et suite aux invasions, le langage s’est mêlé à diverses influences. Le bordeluche n’est pas différent du gascon parlé ailleurs mais il comporte un nombre non négligeable de termes et expressions particulières liées à l’économie de la vigne et de la pêche.
D’autres noms peuvent prêter à confusion, ainsi la rue de la Vache ne fait pas allusion, comme la légende veut le faire croire, à une vache qui se serait échappée dans les rues de Bordeaux, mais vient du terme « baisha » qui signifie la déclivité, la pente, le Château Trompette tire son origine de tropeyte ou troupeau, l’endroit devait être à l’origine un lieu de pâture…
Comme on le voit, s’intéresser à la toponymie, c’est comme mener une enquête sur l’histoire d’un lieu ou une commune et rechercher, finalement son identité.
Cette quête est difficile car les noms de lieux ont été francisé au cours du XIXe siècle. C’est donc dans la consultation des documents anciens (actes notariés, cadastres que l’on arrive à trouver l’origine et la racine des noms de lieu) ce qu’a fait et continue de faire Madame Boyrie- Fénié.
Cet article n'est qu'une partie de cette passionnante conférence sur laquelle on pourrait encore écrire mille choses !
Crédit photos : Nicole Ride, Lyceum Club International de Bordeaux
Lectures de Février 2026

Dernier opus de la série sur Les Années Glorieuses et la Famille Pelletier
Après "Le Grand Monde", "Le Silence et la Colère", et "Un avenir radieux", Pierre Lemaitre termine la série avec "Les Belles Promesses" et sa plongée mouvementée et jubilatoire dans le Paris et la France des années 60.
Voilà qui promet de bons échanges lors de la réunion 10 février....
SARAH BERNHARDT Une femme libre aux mille visages et talents
Pour notre dernière conférence de l’année 2025, Dominique de Malafosse vient nous conter l’histoire de l’une des plus importantes comédiennes françaises du XIXe et du début du XXe siècle : la grande Sarah Bernhardt.

L’ENFANCE ET L’ADOLESCENCE
Sarh Bernhardt est née à Paris le 22 octobre 1844. Sa mère, Judith-Julie Van Hard, surnommée Youle, est modiste au Havre, puis elle s’installe à Paris et devient courtisane sous le pseudonyme de Julie Bernhardt.
Dès sa naissance, Julie Bernhardt place sa fille (dont le vrai prénom est Henriette-Rosine), en nourrice à Quimperlé, en Bretagne. Sarah y passera sa petite enfance jusqu’à l’âge de 5 ans. Puis sa mère la rappelle à Paris et la place chez une autre nourrice à Neuilly puis dans le 9e arrondissement, rue de Provence.
Wikimedia Commons : Sarah Bernhardt and her mother.jpg : Revision history

En 1853, à la naissance de sa sœur Jeanne, Sarah est envoyée en pension au couvent du Grandchamp, à Versailles, où elle restera jusqu’en 1858. Elle aime la vie calme et réglée du couvent et demande à être baptisée à l’âge de 12 ans. C’est à Granchamp qu’elle joue pour la première fois la comédie en tenant le rôle de l’ange Gabriel.
Au couvent, elle développe une pleurésie qui la met entre la vie et la mort pendant plus de trois semaines. L’épreuve de la maladie lui laissera un goût morbide pour le macabre qui marquera toute sa vie. Guérie de sa pleurésie, elle revient chez sa mère. Devant le désir de Sarah de retourner au couvent pour se faire religieuse, Youle et son amant, le duc de Morny, réunissent un conseil de famille pour l’en empêcher et l’orienter vers le Conservatoire. Après avoir assisté à la pièce Britannicus au Théâtre-Français, Sarah, conquise par le jeu des acteurs, renonce à sa vocation religieuse et décide qu’elle sera comédienne.

LE CONSERVATOIRE ET LA COMEDIE FRANCAISE
Au concours d’entrée au Conservatoire, elle choisit de réciter la fable « les deux pigeons » de La Fontaine et, bien qu’elle ait joué sans partenaire pour lui donner la réplique, elle est admise.
En même temps qu’elle travaille la comédie, Sarah pratique aussi le dessin, la peinture et l’escrime !... C’est donc une sportive aussi bien qu’une artiste complète.
Wikimedia Commons Public Domain. Sculpture Ophelia Par sarah Bernhardt .1880.
En 1862, elle rentre à la Comédie Française où son premier rôle sera Iphigénie, Mais elle y restera peu de temps : elle est renvoyée en 1863 pour avoir rendu une claque à une sociétaire qui avait giflé sa petite sœur.
Sans ressources, elle devient femme galante comme sa mère et, en 1864, tombe enceinte d’un aristocrate belge, le prince de Ligne. Devant son refus d’abandonner son métier de comédienne, ce dernier la laisse seule avec son fils Maurice. Elle développe alors un amour fusionnel pour cet enfant qui deviendra la prunelle de ses yeux.
Devenu adulte, Maurice produira quelques pièces où jouera sa mère, et dirigera plusieurs théâtres grâce à la protection de celle-ci. Il mourra en 1928, cinq ans après sa mère, à l’âge de 64 ans, et sera enterré auprès d’elle au cimetière du Père Lachaise.
Wikimedia commons Public Domain File:Sarah Bernhardt with her son.jpg Created: 1879


LES DEBUTS DE COMEDIENNE
Seule avec un enfant à charge, elle accepte de jouer dans des rôles mineurs et est finalement engagée par le directeur du Théâtre de l’Odéon où elle restera six ans, y perfectionnant les dons d’actrice qui feront sa réputation. Elle y remportera un succès considérable.
Elle reviendra triomphalement à la Comédie Française et y jouera les grands rôles du répertoire (Junie dans Britannicus, Andromaque, Phèdre…) et des rôles écrits par des auteurs modernes, dont l’Etrangère d’Alexandre Dumas. Mais la pièce l’Aventurière d’Emile Augier recevra des avis défavorables de la critique, entraînant la rupture définitive de Sarah Bernhardt avec la prestigieuse maison de Molière. Elle entamera alors une carrière à l’étranger (Londres, l’Amérique) qui rencontrera un succès phénoménal, lui donnant une renommée mondiale. Sarah inaugure le personnage de la « star internationale», enchaînant les succès, repoussant toujours les limites de ses nombreux talents, et justifiant aux yeux du monde entier sa devise : « QUAND MÊME ».
Wikimedia Commons. Public Domain. Le sceau de Sarah Bernhardt. Created 1899. Uploaded: 16 July 2014
Elle dirigera successivement le théâtre de la Renaissance, puis un théâtre qui portera son nom, aujourd’hui Théâtre de la Ville et y créera Lorenzaccio de Musset ou Hamlet. Son physique androgyne lui permettait en effet de jouer aussi bien des rôles masculins que féminins.
Devenue un « monstre sacré », comme la surnomma Jean Cocteau, Sarah jouera jusqu’à sa mort en 1923, alors même que, souffrant de tuberculose osseuse, elle avait été amputée d’une jambe en 1915 (à la clinique Saint-Augustin de Bordeaux).
Wikimedia commons, Sarah-Bernhardt (Hamlet) / Lafayette - photo - London.


LA CROQUEUSE D’HOMMES
Sarah multiplia toute sa vie les liaisons amoureuses : Victor Hugo, Edmond Rostand, Gustave Doré, Georges Feydeau, le prince de Galles…
Mes ses passions véritables allèrent aux « favoris » : Charles Haas, célèbre homme du monde qui inspira Proust pour son personnage de Swann et avec qui elle resta liée jusqu’à la fin de sa vie…
Wikimedia Commons Théobald Chartran – portrait de Charles Hass -1850- Public Domain
... les comédiens Jean Mounet-Sully et Lucien Guitry Ainsi que le médecin Samuel Pozzi, fondateur de la gynécologie. Homme à femmes, marié, volage, il eut le grand mérite de dissuader Sarah de se faire greffer une queue de tigre !
Wikimedia Commons Mounet-Sully, Sociétaire de la Comédie-Française vers 1880, J. M. Lopez - CAMEES ARTITISQUES - Théâtre, Littérature... n° 31 - 04-12-1880

Wikimedia Commons French actor Lucien Guitry (1860-1925) by Auguste Bert

Sarah, est devenue très riche et s’offre de somptueuses demeures et villas, un immeuble à Paris, rue Fortuny, des villas à Sainte-Adresse et à Belle-Île-en-Mer où elle reçoit sans compter ses amis. S’ajoutent à cela : robes de grands couturiers, wagons de train privatisés…

Elle est aussi de plus en plus excentrique et possède une véritable ménagerie d’animaux exotiques, plus ou moins sauvages, qui terrorisent parfois ses visiteurs : le singe Darwin, des caméléons, un alligator et même un guépard.
Rien n’arrête Sarah lorsqu’il s’agit de faire parler d’elle et de ses folies, telle l’image publiée dans la presse où elle est allongée dans le cercueil qui lui sert de lit et dans lequel elle apprend ses rôles.
Wikimedia Commons Sarah Bernhardt dans son cercueil-1880.Own work. Auteur : SiefkinDR
LA FEMME DE CŒUR
Excentrique et dépensière, Sarah est aussi une femme au grand cœur. Elle le prouvera à plusieurs reprises.
Ainsi, pendant la guerre de 70, elle fait transformer le théâtre de l’Odéon en hôpital de campagne et suit une formation de soignante pour secourir les blessés pour lesquels elle chante et déclame. Elle accueillera chez elle sa sœur Régina qui succombera à la tuberculose en 1874 et veille sur sa sœur Jeanne qui se drogue et mourra malheureusement d’overdose.
C’est d’ailleurs par sa sœur Jeanne qu’elle fait la connaissance en 1881 de celui qui deviendra son mari : le diplomate grec Aristide Damalas, drogué notoire qui s’essaya sans succès à la comédie et dont elle se séparera rapidement. Installé en Russie, son mari continuera à profiter, des largesses de sa femme qui l’entretiendra jusqu’à sa mort d’overdose dans une chambre d’hôtel en 1889.
Wikimedia commonsPhoto of Greek-French actor Jacques Damala (1855-1889) Tucker Collection - New York Public Library Archives


Avec son talent habituel, la sculptrice fit un touchant portrait funéraire de celui qui était resté son mari jusqu’à la fin, les convictions catholiques de Sarah l’empêchant de divorcer.
Wikimedia Commons Funerary Portrait of Jacques Damala by Sarah Bernhardt Circa 1889
Généreuse avec sa famille et son entourage, Sarah était aussi une femme de conviction, farouchement opposée à la peine de mort. Elle défendit Louise Michel et Alfred Dreyfus…ce qui lui valut de féroces critiques et caricatures antisémites de la part des anti-dreyfusards.
Pendant la guerre de 14, elle finança une boulangerie coopérative pour venir en aide aux habitants de Belle-Ile-En-Mer.
C’est aussi une femme de courage dans l’adversité. La maladie ne l’a pas épargnée. Souffrant d’insuffisance rénale, elle perdit l’usage d’un rein. Enfant, elle avait été atteinte, comme sa sœur, de tuberculose et se mit, par la suite, à souffrir du genou droit atteint de tuberculose osseuse. Elle jouait avec une canne et se fera amputer de la jambe en 1915, ce qui ne l’empêchera pas de se faire transporter sur scène en chaise à porteur pour jouer au Théâtre des Armées devant les soldats. C’est ainsi qu’elle fut surnommée la « Mère La Chaise » par son public de poilus !
Fin 1916, elle part aux Etats-Unis pour demander aux américains de rentrer en guerre aux côtés de la France.

Après la guerre, elle est obligée de jouer le plus souvent assise.
Pour éponger ses dettes, en 1923, elle joue au cinéma dans le film « La Voyante » avec une prothèse en cellulose. Elle a alors 79 ans et ne finira pas le tournage car elle meurt chez elle d’une infection rénale, le 26 mars 1923, dans les bras de son fils Maurice. Plus de 400.000 personnes suivront le cortège de ses funérailles dans Paris jusqu’au cimetière du père Lachaise !
Wikimedia commons Sarah Bernhardt's grave in Père-Lachaise cemetery, ParisIlPasseggero - Own work
LES FEMMES OUBLIEES DE L'HISTOIRE

Jeudi 20 novembre, nous nous retrouvons à l’Automobile Club pour écouter une conférence donnée par Véronique Matteoli. Elle est entrée en 2010 au Lyceum Club de Paris et en a été présidente de 2013 à 2017 avant de devenir présidente de la Fédération Nationale.
A travers les âges, nous dit-elle, les femmes, très souvent, ont été oubliées, effacées de la réalité quand ce n’est pas carrément niées. Et pourtant, elles furent souvent pionnières, ou auxiliaires indispensables, dans leur domaine : art, sciences ou esprit d’invention.
Ces femmes « oubliées » sont légion, et, pour sa conférence, Véronique a choisi de braquer son projecteur sur cinq d’entre elles :
- Jeanne Barret
- Alice Guy Blaché
- Hedy Lamarr
- Rosalind Franklin
- Maggie Lena Draper Walker


Jeanne Barret(1740-1807) :
Fille de paysan, Jeanne Barrett serait née en 1740 dans le village de La Cormelle en Bourgogne. D’abord gouvernante des enfants de Philibert Commerson, un veuf médecin et botaniste, elle se prend de passion pour la science des plantes et s’initie à la reconnaissance et la classification des plantes avec son maître. Une liaison naîtra entre eux et c’est ensemble qu’ils participeront à une expédition commandée par le roi Louis XV.
Les femmes étant interdites à bord du bateau, c’est sous un déguisement d’homme que Jeanne embarqua à Rochefort sur « la Boudeuse » avec l’équipage de Bougainville.
Cheveux coupés, poitrine bandée, vêtue d’un pantalon, Jeanne se fait appeler « Jean » et prétend être le serviteur de Commerson qui est de mèche avec elle. Grâce à la complicité de son amant, Jeanne passera le détroit de Magellan, visitera Rio, Tahiti, l’île Maurice, Madagascar, la Réunion… Elle sera la première femme à avoir fait le tour du monde.
Au cours de ses pérégrinations, le couple découvrira l’hortensia dans l’est des Etats-Unis et, au Brésil, un nouvel arbre, qu’ils baptiseront “bougainvillier” en hommage au capitaine de l’expédition.
Wikimedia Commons File: Forest & Kim Starr 030418-0058 Bougainvillea spectabilis.jpg


Anne Barret et Commerson constitueront un herbier avec les plantes qu’ils auront récoltées :
Philibert Commerson meurt pendant le voyage, en 1773, à l’île Maurice. Jeanne ouvre alors un cabaret et épouse un officier de marine. Elle recevra par la suite l’héritage de Commerson et Louis XVI lui attribuera une pension.
Revenue en France, Jeanne Barrett s’installe en Périgord où elle mourra en 1807. Elle ne sera pas totalement oubliée, car plusieurs plantes lui sont dédiées, un timbre est créé à son effigie et des rues baptisées à son nom dans plusieurs villes, ainsi qu’une chaîne de montagne sur la planète Pluton, dont le nom, Monts Baret, est approuvée par l'Union Astronomique Internationale en 2018 !
Alice Guy Blaché (1873-1968)
Née en 1873, Alice Guy fut une pionnière du cinéma de fiction.
En 1894, elle entre comme secrétaire sténodactylo, métier novateur à l’époque, au service de Léon Gaumont au Comptoir Général de la Photographie. Léon Gaumont rachètera bientôt la société et s’intéresse au cinématographe alors à ses débuts.
Alice Guy put ainsi assister à la projection du film « La sortie des usines Lumière » qui l’enthousiasmera.
Wikimedia Commons Portrait d'Alice Guy, Studio Apeda New York 1896.


Elle se mit alors à créer ses propres films, dont le premier sera « La Fée aux choux ».
Ce film rencontrera un franc succès auprès du public populaire et encouragera Alice Guy à poursuivre sa carrière. Du cinéma muet, elle passe au cinéma parlant dont elle sera l’une des pionnières.
Wikipedia Commons Public Domain La Fée aux choux Created: 1896 .png
Ce film rencontrera un franc succès auprès du public populaire et encouragera Alice Guy à poursuivre sa carrière. Du cinéma muet, elle passe au cinéma parlant dont elle sera l’une des pionnières.
En 1907, mariée au caméraman Herbert Blaché, elle suit son mari aux Etats-Unis et fonde sa propre société de production, la Solax Company , créant et produisant des centaines de films, et lançant la carrière de plusieurs acteurs américains qui deviendront célèbres.
Jusqu'en 1917, Alice Guy domine le cinéma mondial, mais, au début des années 20, à la suite d’une série de déboires, la Solax est saisie par le fisc, le studio est détruit. Alice divorce et rentre en France où, ignorée par un secteur qu’elle a pourtant contribué à créer, elle se résout à abandonner sa carrière cinématographique et, pour survivre, écrit des livres pour enfants et fait des traductions.
Parmi ses nombreux films, seule une centaine sera reconnue comme sa création, le reste sera attribué à d’autres… Alice Guy expliquera cet effacement par le fait qu’elle était une femme isolée dans un monde d’hommes. Elle reçut cependant la Légion d’honneur en 1955 et une rétrospective de ses films lui sera consacrée en 1954 par Henri Langlois.

Hedy Lamarr (1914-2000)
Wikimedia Commons. Public Domain Hedy Lamarr in the Heavenly Body 1944
Née en 1914 à Vienne, en Autriche, l’actrice et productrice autrichienne naturalisée américaine, Hedy Kiesler (qui prit pour pseudonyme Hedy Lamarr) eut un début de carrière scandaleux dans les années 1930 pour avoir joué nue dans le film « Extase ». Très belle, Hedy Lamarr eut 6 maris et de nombreux amants. C’était l’une des stars les plus glamours de l’époque, son visage servit de modèle aux studios Walt Disney pour le personnage de Blanche-Neige.
Wikimedia Commons Hedy Lamarr and George Antheil’s patent for a “Secret Communication System” 1941
Mais la beauté n’était pas son seul atout : Hedy Lamarr, autodidacte, était également une scientifique de haut niveau. Avec le compositeur et pianiste George Antheil, elle inventa pendant la guerre, un système de codage des transmissions. Malgré l’importance de ses inventions (à l’origine du wifi et du GPS), Hedy Lamarr mourra en 2.000 dans l’anonymat. Selon son souhait, ses cendres furent en partie répandues par son fils dans les bois de Vienne, en Autriche, son pays natal.
Wikimedia Commons Hedy Lamarr and George Antheil’s patent for a “Secret Communication System” 1941


Rosalind Franklin (1920-1958)
Née en 1920 à Londres, dans une famille d’origine juive, Rosalind est une physicochimiste britannique. Pionnière de la biologie moléculaire, elle joua un rôle de premier plan dans la découverte de la structure hélicoïdale de l’ADN et travailla également à la découverte du virus de la mosaïque du tabac.
Après un doctorat en physique-chimie à Cambridge, elle s’installe en France où elle a obtenu un poste de chercheuse en France, au CNRS.
En 1950, elle crée un laboratoire de diffraction des rayons X au King’s College de Londres et travaille avec le physicien Maurice Wilkins. Elle y fera des découvertes majeures sur l’évolution de la stucture de l’ADN
Wikimedia Commons, Rosalind Franklin with microscope in 1955. From the personal collection of Jenifer Glynn. MRC laboratory of Molecular biology
Rosalynd Fanklin mourra prématurément en 1958 d’un cancer de l’ovaire, sans doute dû à trop d’exposition aux rayons X. Après, sa mort, trois scientifiques, Maurice Wilkins, James Watson et Francis Crick, passant sous silence les recherches de Rosalind Franklin dont ils avaient largement tiré profit, obtinrent en 1962 un prix Nobel de chimie qui aurait dû lui revenir.
Comme tant d’autres femmes, Rosalind Franklin a, été victime de « l'effet Matilda », phénomène démontrant le fait que les recherches effectuées par des femmes sont souvent oubliées au profit de celles réalisées par des hommes. La France a quand même reconnu sa valeur car un square porte son nom à Paris, et le prix Louisa Gross Horwitz qui récompense les chercheurs en biolochimie et biologie les plus remarquables lui a été décerné à titre posthume aux Etats-Unis, en 2008, soit 50 ans après sa mort !
La France a quand même reconnu sa valeur car un square porte son nom à Paris, et le prix Louisa Gross Horwitz qui récompense les chercheurs en biolochimie et biologie les plus remarquables lui a été décerné à titre posthume aux Etats-Unis, en 2008, soit 50 ans après sa mort !
Wikimedia Commons résumé graphique de l'effet Matilda concernant le refus de reconnaître les contributions des femmes en science IlluScientia - Own work


Maggie Lena Rapper Walker (1867-1934)
Maggie Lena Rapper Walker naît en 1867 en Virginie aux Etat-unis. Elle est la fille d’une esclave noire et d’un journaliste irlandais qui ne la reconnaît pas et ne s’occupera jamais d’elle. Sa mère est cuisinière au service d’Elizabeth Van Lew, célèbre pour avoir été une philanthrope abolitionniste qui créa et dirigea un réseau d'espionnage au profit de l'armée de l'Union pendant la guerre de Sécession.
Peu après la naissance d ‘Elizabeth Walker, sa mère se maria avec William Mitchell qui travaillait comme majordome dans la même famille et aura un autre enfant. Affranchi par leur maîtresse, le couple déménage dans une maison proche habitée par plusieurs familles noires. Sa mère s’installe comme lingère tandis que son beau-père entre comme majordome dans le meilleur hôtel de Richmond.
Wikimedia Commons, Maggie L Walker National Historic Site (35403023113).jpg
Pour aider sa mère, la petite Elizabeth qui n’a que 9 ans, transporte le linge de ses clientes blanches dans un panier posé sur sa tête. Elle n’oubliera jamais cette période de sa vie et l’injustice ressentie alors la poussera plus tard à militer pour l’émancipation de la femme noire.
Malgré sa pauvreté, sa mère tient à ce que sa fille étudie. Maggie ira donc à l’école et sera une élève brillante. Déjà d’un caractère affirmé, en 1883, elle organisera l’une des premières grèves d’étudiants noirs pour que ces derniers, comme les étudiants blancs, aient le droit d’organiser leur remise de diplôme dans leur école. Elle obtiendra gain de cause.
Après un diplôme d’institutrice, elle enseignera jusqu’en 1883, date à laquelle elle épouse un entrepreneur noir de travaux publics nommé Armstead Walker. Comme le veut la coutume chez les femmes mariées, elle arrête alors de travailler pour s’occuper de ses trois enfants dont l’un mourra en bas âge.
Sans emploi, elle se consacre à la défense et à l’émancipation de la communauté noire.
Elle milite au sein de l’ordre de Saint Luke, ordre religieux caritatif qui apporte une aide matérielle et financière aux familles noires. L’ordre ne compte alors que 2.000 membres, er manque cruellement d’argent.
Sous l’impulsion de Maggie, l’ordre se développera considérablement, et comptera 100.000 membres en 1920. Maggie sillonne les Etats-Unis, militant et créant de nouvelles antennes à travers les états. L’ordre de Saint Luke deviendra une immense organisation présente dans 22 états et dirigée depuis Richmond par une équipe de 50 personnes, toutes noires.

L’infatigable Maggie ne s’arrête pas là, elle fonde aussi un journal le « St Luke Herald Tribune ». En fin, en 1903, elle crée la première banque noire des Etats-Unis, la St Luke Penny Saving Bank, devenant la première femme de l’histoire des Etats-Unis à créer et à diriger une banque. Fusionnant dans les années 1930 avec deux autres banques afro-américaines, elle inaugure la Consolidated Bank and Trust Company, qui existe toujours de nos jours et reste la première banque américaine spécifiquement dédiée aux besoins de la communauté afro-américaine.
Malgré les épreuves qui jalonneront sa vie, elle continuera à mener une existence vouée à la défense et l’émancipation de ses frères noirs. En 1928, âgée de 61 ans, elle est atteinte de paralysie et se déplace en fauteuil roulant. Mais elle continuera à gérer ses innombrables activités jusqu’à son décès en 1934. Après sa mort, elle sera saluée unanimement comme une personnalité de premier ordre de la communauté noire des Etats-Unis, mais aussi comme un modèle universel de dévouement et d’entraide à la communauté humaine.
Cette conférence nous fait découvrir des femmes que nous ignorions parfois, reliant leurs mérites au but de Constance Smedley, créatrice de notre club du Lyceum qui voulait œuvrer pour la reconnaissance des femmes. Et rappelant à notre mémoire toutes les femmes méritantes par leur talent ou leur dévouement à une cause, dont on ne parle jamais assez…


L'EVOLUTION DE LA PROFESSION D'INFIRMIERE

Notre présidente Martine Grocq et sa consoeur Valérie Berger nous ont présenté une conférence sur le thème de l’évolution de la profession d’infirmière.
Martine Grocq fut, entre autres, lors de sa carrière d’infirmière, directrice des Soins au CHU de Bordeaux et Valérie Berger est, elle aussi, infirmière ainsi que coordinatrice de la Recherche Paramédicale au CHU de Bordeaux et Professeur associé à l’Université de Bordeaux et à la Faculté des Sciences Infirmières de Montréal.
Retour historique sur ce que furent les débuts et le développement du métier d’infirmière à travers les âges :
Dans l’antiquité, les pratiques de Phénarète, sage-femme et mère de Socrate inspirèrent à ce dernier le principe de la maïeutique qui consiste à faire accoucher les âmes plutôt que les corps. Aussi bien en Grèce qu’à Rome, il n’était pas question de voir une femme devenir médecin. Le serment d’Hippocrate (IVe siècle av. JC) exclut d’ailleurs les femmes de l’accès à la profession de médecin.
L’histoire d’Agnocide, illustre cette interdiction. Rêvant d’être médecin dans la Grèce antique, cette jeune femme choisit de transgresser la loi en se coupant les cheveux et en s’habillant en homme. Elle se forma auprès d’un médecin nommé Hérophile, devint gynécologue et, une fois passé le scandale provoqué par la révélation de son sexe véritable, elle fut à l’origine d’une loi autorisant les femmes à étudier et pratiquer la médecine.
Agnocide parlait déjà de contraception et d’avortement, ce qui provoqua l’ire des hommes, mécontents de voir la gent féminine acquérir un début de liberté sexuelle.

Au début du Moyen-Age, les femmes comme les hommes, pratiquent la médecine ou la chirurgie. Mais la professionnalisation de la médecine, surtout dans les villes universitaires, en a évincé peu à peu les femmes. D'abord en interdisant l'accès des femmes à l'Université, puis en les excluant des professions règlementées. Mais pour soigner les populations, il faut des infirmières : c’est aux religieuses qu’incombe ce rôle. Monastères et abbayes accueillent les malades et les soignent sur la base de l’esprit chrétien.
En 1398, le mot « enfermerie » apparaît pour désigner le lieu fermé qui héberge et où l’on prend soin, d’abord des pauvres et des lépreux, puis des malades en général. Par extension, les soignants qui y exercent seront nommés « enfermiers ».

A partir du XVIIe siècle, la laïcisation des hôpitaux découlera de la mise à distance de l’Église catholique par les protestants.
Pourquoi plutôt des soignantes femmes ?
Les femmes sont considérées comme plus aptes à prendre soin des malades car plus attentives et délicates que les hommes
Au XVIIIe siècle, Diderot et d’Alembert écrivent dans l’Encyclopédie : « Dans les hôpitaux bourgeois et maisons de charité ; ce sont des femmes ou des sœurs hospitalières qui sont chargées des fonctions des infirmiers et l’on est généralement content de la manière dont elles s’en acquittent. On ne peut nier que les femmes ne soient plus propres à ces fonctions que les hommes ; en effet, par la sensibilité et la douceur naturelle à leur sexe, elles sont plus capables qu’eux de ces soins touchants, de ces attentions délicates, si consolantes pour les malades et si propres à hâter leur guérison ».
Malgré tout, l’infirmière, aussi indispensable soit-elle, est longtemps considérée comme une simple garde-malade, une servante au service des médecins.
Ce n’est vraiment qu’à partir desguerres des guerres du XIXe et XXe sièclesque l’on verra les hommes s’illustrer comme infirmiers sur les champs de bataille.
Wikimedia Commons, Infirmier militaire pendant la guerre de 70. Litographie. Musée Carnavalet
Valérie Berger évoque le personnage de la « Dame à la lampe », la célèbre Florence Nightingale
Infirmière britannique et pionnière des soins infirmiers modernes, Florence Nightingale (1820-1910), issue de la bonne société britannique, fut une véritable légende de son vivant. Par son courage, son implication notamment pendant la guerre de Crimée, elle a contribué à moderniser le métier d’infirmière. Après sa mort se développera véritablement une science des soins infirmiers s’appuyant sur ses études et ses statistiques.
Valérie Berger, insiste aussi sur l’importance de la personnalité qu’est Florence Nightingale. Véritable scientifique, en avance sur son temps et la condition féminine de l’époque, elle se rendit compte, pendant la guerre de Crimée, que, parmi les soldats, de nombreux décès étaient dus au manque d’hygiène. Elle mit alors l’accent sur l’importance de l’asepsie, soulignant, ce qui nous semble évident aujourd’hui, mais ne l’était pas du tout à l’époque, que l’un des moyens les plus simples et efficaces pour prévenir la propagation des maladie nosocomiales était le lavage des mains.
Wikimedia Commons. Florence Nightingale. Colour reproduction of drawing by R. Kirchner, 1917.

- Quelques dates importantes à Bordeaux :
- 1884 : création de l’école d’infirmières protestante de Bagatelle.
- 1902 : création de l'école d'infirmières de l'hôpital St André, dirigée par la congrégation des Sœurs de Saint Vincent de Paul.
- 1904 : ouverture de l’école d’infirmières laïque de l’hôpital du Tondu
- Quelques dates marquantes de l’évolution de la profession d’infirmière :
- 1901 : La Nouvelle-Zélande est le premier pays à enregistrer sur le plan national la liste des infirmières.
- 1922 : Uniformisation des programmes par Léonie Chaptal et décret instaurant un brevet de capacité professionnelle pour les infirmiers.
- 1946 : Dispositions légales de la profession d’infirmière. L’infirmière devient une professionnelle.
- 1951 : Création du diplôme d’état d’infirmière.
- 1978 : la loi du 31 mai 1978 reconnaît un rôle propre à l’infirmière et lui octroie une autonomie sur certains actes.
- 1993 : Décret relatif aux règles professionnelles de l’infirmière.
- 2002 : Décret énonçant la liste des actes que peut réaliser un infirmier diplômé d’état, sur prescription médicale et sous la vigilance d’un médecin.
- 2004 : Décret sur les compétences et les charges déontologiques des infirmiers. Prise en charge de la douleur et notion de santé mentale en psychiatrie.
- 2006 : Création de l’ordre national des infirmiers.
- 27 juin 2025 : Reconnaissance et définition du statut législatif de l’infirmière. L’infirmière est habilitée à mener des consultations, avec un droit de prescription limité.
- Il existe quatre catégories d’infirmières :
- Infirmière puéricultrice,
- Infirmière anesthésiste,
- Infirmière de bloc opératoire
- Infirmière coordinatrice, chargée d’effectuer la liaison entre plusieurs catégories de personnes (dans les hôpitaux, les EHPAD…)
- Une autre spécialité est celle de l’infirmière de l’éducation nationale qui assure l’accueil et l’écoute des élèves sur le plan de la santé et de la scolarité.

Elle présente également Léonie Chaptal, autre héroïne dans l’histoire des soins infirmiers.
Léonie Chaptal est l’architecte de la profession infirmière en France. Très investie pour la profession et notamment pour la formation, elle est également mondialement reconnue pour son action contre la tuberculose.
Portrait de Léonie Chaptal By Geni.com - Geni.com, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=59949836htt
Marie-Françoise Collière (1930-2005), infirmière et femme d’exception, co-fondatrice en 1965 de l’Ecole internationale d’enseignement infirmier supérieur de Lyon, fut également une militante de l'évolution des droits infirmiers. Profondément altruiste, cette infirmière mettait l’accent sur le contact, non seulement le malade en tant qu’individu mais comme faisant partie d’une famille, d’une communauté humaine qu’il convient absolument de prendre en compte dans une vision globale du soin.
Les diplômes d’infirmière :
Concernant les diplômes à l’étranger, Valérie Berger cite le cas des Etats-Unis où, depuis 1934, il existe un doctorat en sciences infirmières, plaçant les infirmiers à un très haut niveau de connaissances et de compétence.
Pour l’Europe, elle insiste sur le processus des Accords de Bologne sur l’enseignement supérieur, auquel a adhéré la formation infirmière en 2009.
Le diplôme d’Etat infirmier, avec 3 ans d’études, attribue le niveau licence, le système LMD (licence, master, doctorat) permettant aux élèves infirmières d’accéder à plusieurs formations allant jusqu’au master. Il faut noter à ce niveau, l’influence de Roselyne Bachelot, ministre de la santé entre 2007 et 2010, qui a œuvré à l’évolution du métier d’infirmière et mis en place l’appel à projet de recherche infirmière élargi aux professions para-médicales
En 2019, Dans le cadre de la réforme du métier, un décret a officialisé la création de la discipline des sciences infirmières.
Enfin, en juin 2025, face à la crise majeure de l’accès aux soins, le déficit du nombre de médecins, le vieillissement de la population et le développement des maladies chroniques, est créé le nouveau métier de l’IPA (Infirmière en Pratique Avancée). Titulaires d’un master II, les IPA interviennent en complémentarité des médecins et, grâce à leurs compétences, peuvent les délester d’une part de leurs charges.
Pour devenir IPA, l'infirmière doit suivre une formation dispensée sur 3 ans. Cette formation fait l'objet d'un diplôme d'État de niveau master.
En Aquitaine, trois universités proposent cette formation : Bordeaux, Poitiers et Limoges. A l’Université de Bordeaux, 60 étudiants IPA sont répartis sur 5 spécialités : Pathologie chronique stabilisée, Oncologie et hémato-oncologie, Maladies rénales, Psychiatrie et santé mentale, Urgence.

Marie-Françoise Collière (1930-2005), infirmière et femme d’exception, co-fondatrice en 1965 de l’Ecole internationale d’enseignement infirmier supérieur de Lyon. Profondément altruiste, cette infirmière mettait l’accent sur le contact, non seulement le malade en tant qu’individu mais comme faisant partie d’une famille, d’une communauté humaine qu’il convient absolument de prendre en compte dans une vision globale du soin.













