Rencontre avec les lycéennes d'Amsterdam à Paris






Fondation Vuitton, Musée Albert Kahn et son jardin japonais, pour le côté culture, Visite de Dior pour la mode….
Et beaucoup de rires et d'amitié pour cet échange avec les lycéennes du Lyceum Club International d'Amsterdam
Photos : Nicole Ride (LCIB)
BORDEAUX : DE BURDIGALA AU XIXème SIECLE

En ce premier jeudi février, nous nous retrouvons pour écouter une conférence Madame Bénédicte Boyrie-Fénié intitulée" Bordeaux, de Burdigala au XIXème siècle".
Madame Boyrie-Fénié est une linguiste spécialiste de la toponymie gasconne.
Très attachée depuis l’adolescence à la préservation des langues régionales, docteure en géographie historique, elle est l’auteure, seule ou en association avec son mari Jean-Jacques Fénié (agrégé de géographie qui enseigne aussi l’occitan) de plusieurs ouvrages de vulgarisation sur la toponymie de différents domaines occitans.
Devant un public attentif, Madame Boyrie-Fénié donne un aperçu de sa science toponymique dont elle nous explique d’abord le sens.
La toponymie, mot issu du grec ancien (topos =lieu et nomos =nom) est l’étude des noms de lieux. La recherche toponymique, en mêlant histoire, géographie et linguistique enquête sur les indices laissés par les sociétés passées sur les territoires. Pour prouver l’importance de cette science peu connue, elle cite une phrase de l’écrivain et lexicographe Frédéric Mistral qui s’exprimait en provençal et fut un fervent défenseur des langues occitanes.


En révélant le sens des noms, nous dit Madame Boyrie-Férié, la toponymie, bien que n’étant pas une science exacte, révèle bien des choses sur la petite et la grande histoire.
En Gascogne, et particulièrement à Bordeaux, ville marquée par un important mélange linguistique, son étude permet d’approcher et de percer ses différentes strates langagières.
Un peu d’histoire des noms de lieu :
- au paléolithique (2,6 millions d’années à 10.000 ans avant J.C.), l’homme éprouve le besoin de nommer ce qui est dangereux et ce qui est utile.
- au néolithique (2.800 à 2.500 ans avant J.C. environ), l’homme se sédentarise et commence à nommer et circonscrire les lieux. Les habitations sont regroupées dans des lieux nommés, limités par des pieux. Il faut protéger les habitants mais aussi le bétail qui représente alors la notion de richesse.
Cette sédentarisation entraîne donc l’apparition des noms de lieux.
Quelques exemples surprenant de noms de lieu :
En France, le nom de village le plus court est Y, commune de la Somme. Sa signification est « lieu habité par Ido », ou « lieu dont Ido est le propriétaire ».
Wikimedia Commons Pixeltoo Route de Y, Somme, Picardie


-Au Pays de Galles, Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch, petite ville située sur l'île d'Anglesey, avec ses 58 caractères répartis en 18 syllabes, serait celle qui possède le nom le plus long d'Europe et le deuxième nom de lieu le plus long au monde, composé d'un seul mot.
By Missvain - Own work, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=158282755
La palme revient pour le monde entier, à un lieu situé en Nouvelle-Zélande, qui comporte 85 caractères.
Taumatawhakatangihangakoauauotamateaturipukakapikimaungahoronukupokaiwhenuakitanatahu
Par Mattgrosso sur Wikipédia anglais — Transféré de en.wikipedia à Commons par Kr-val., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3922715

TOPONYMIE DE LA GASCOGNE :
Dans notre région de Gascogne, certains toponymes, très anciens, remontent à une époque où on ne parlait pas encore gascon. Ils désignent surtout des reliefs et des cours d’eau. Ainsi, la racine « GAR », d’origine indo-européenne, qui désigne une pierre ou un caillou, se retrouve dans le nom Garos dans les Pyrénées Atlantiques, le Pic du Gar dans les Pyrénées et, certainement, également dans Garonne.
En gascon, le mot « Garroc » signifie rocher, hauteur, mont et en basque il évolue en garai qui a la même signification…
De la même façon, la racine « pal », également issue du pré-indo-européen et qui signifie aussi rocher escarpé, va se retrouver aussi bien dans le col de Pau, en vallée d’Aspe, que dans la ville de Pau.

Si l’on revient aux origines, le gascon est la variété de l’occitan propre au triangle aquitain délimité par les Pyrénées, l'Océan et la vallée de la Garonne.
Les aquitains ont laissé des noms en os ou osse : Andernos, Biscarosse, Pissos, Biganos…
Mais de nombreux toponymes sont d’origine latine. On peut citer la racine ACOS (du latin acum, signifiant « domaine de ») qui a laissé ses traces autour de Bordeaux, avec Listrac, Marciac, Podensac, Préchac. Et son dérivé an dans Draguignan, Caudéran, Léognan…
Les Celtes ont peu pénétré en Gascogne, sauf le long de la Garonne et en val d’Aran mais leur langue a laissé quelques traces : Cambo (méandre) a donné Cambo au pays basque. Condomages (marché de la confluence) a donné Condom.
Mais revenons à Bordeaux dont la langue, d’origine romane, est donc le gascon malgré son peuplement par les Bituriges Vivisques, venus de Bourges en pays d’oil, comme le remarque le géographe grec Strabon, au 1er siècle après J.C.
Après la conquête romaine, notre langue a peu à peu évolué vers le gallo-roman, celui-ci se divisant entre gallo-roman du nord : la langue d’oïl, et le gallo-roman du sud : la langue d’oc. Bordeaux se trouve aux confins de l’aire gasconne, mais elle en fait bel et bien partie.
En termes de toponymie, le nom ancien de Burdigala se compose de deux racines : une racine aquitaine BURD qui signifie boueux et une racine proto-basque CAL qui voudrait dire abri ou crique. Notre ville est donc définie comme une crique boueuse…
N’oublions pas qu’à l’origine, Bordeaux n’était qu’un vaste marécage. A ce sujet, nous pouvons rendre hommage à Alphonse d’Ornano, maire de Bordeaux de 1599 à 1610 qui fit assécher les marais de Bordeaux et édifier des fontaines monumentales.
Wikimédia Commons : Plan de la ville de Bordeaux, bâtie par les Romains l'an de JC 260. Extrait de l'Histoire de la ville de Bordeaux, de Dom Devienne, paru en 1771.

A partir de l’an mil, et suite aux invasions, le langage s’est mêlé à diverses influences. Le bordeluche n’est pas différent du gascon parlé ailleurs mais il comporte un nombre non négligeable de termes et expressions particulières liées à l’économie de la vigne et de la pêche.
D’autres noms peuvent prêter à confusion, ainsi la rue de la Vache ne fait pas allusion, comme la légende veut le faire croire, à une vache qui se serait échappée dans les rues de Bordeaux, mais vient du terme « baisha » qui signifie la déclivité, la pente, le Château Trompette tire son origine de tropeyte ou troupeau, l’endroit devait être à l’origine un lieu de pâture…
Comme on le voit, s’intéresser à la toponymie, c’est comme mener une enquête sur l’histoire d’un lieu ou une commune et rechercher, finalement son identité.
Cette quête est difficile car les noms de lieux ont été francisé au cours du XIXe siècle. C’est donc dans la consultation des documents anciens (actes notariés, cadastres que l’on arrive à trouver l’origine et la racine des noms de lieu) ce qu’a fait et continue de faire Madame Boyrie- Fénié.
Cet article n'est qu'une partie de cette passionnante conférence sur laquelle on pourrait encore écrire mille choses !
Crédit photos : Nicole Ride, Lyceum Club International de Bordeaux
SARAH BERNHARDT Une femme libre aux mille visages et talents
Pour notre dernière conférence de l’année 2025, Dominique de Malafosse vient nous conter l’histoire de l’une des plus importantes comédiennes françaises du XIXe et du début du XXe siècle : la grande Sarah Bernhardt.

L’ENFANCE ET L’ADOLESCENCE
Sarh Bernhardt est née à Paris le 22 octobre 1844. Sa mère, Judith-Julie Van Hard, surnommée Youle, est modiste au Havre, puis elle s’installe à Paris et devient courtisane sous le pseudonyme de Julie Bernhardt.
Dès sa naissance, Julie Bernhardt place sa fille (dont le vrai prénom est Henriette-Rosine), en nourrice à Quimperlé, en Bretagne. Sarah y passera sa petite enfance jusqu’à l’âge de 5 ans. Puis sa mère la rappelle à Paris et la place chez une autre nourrice à Neuilly puis dans le 9e arrondissement, rue de Provence.
Wikimedia Commons : Sarah Bernhardt and her mother.jpg : Revision history

En 1853, à la naissance de sa sœur Jeanne, Sarah est envoyée en pension au couvent du Grandchamp, à Versailles, où elle restera jusqu’en 1858. Elle aime la vie calme et réglée du couvent et demande à être baptisée à l’âge de 12 ans. C’est à Granchamp qu’elle joue pour la première fois la comédie en tenant le rôle de l’ange Gabriel.
Au couvent, elle développe une pleurésie qui la met entre la vie et la mort pendant plus de trois semaines. L’épreuve de la maladie lui laissera un goût morbide pour le macabre qui marquera toute sa vie. Guérie de sa pleurésie, elle revient chez sa mère. Devant le désir de Sarah de retourner au couvent pour se faire religieuse, Youle et son amant, le duc de Morny, réunissent un conseil de famille pour l’en empêcher et l’orienter vers le Conservatoire. Après avoir assisté à la pièce Britannicus au Théâtre-Français, Sarah, conquise par le jeu des acteurs, renonce à sa vocation religieuse et décide qu’elle sera comédienne.

LE CONSERVATOIRE ET LA COMEDIE FRANCAISE
Au concours d’entrée au Conservatoire, elle choisit de réciter la fable « les deux pigeons » de La Fontaine et, bien qu’elle ait joué sans partenaire pour lui donner la réplique, elle est admise.
En même temps qu’elle travaille la comédie, Sarah pratique aussi le dessin, la peinture et l’escrime !... C’est donc une sportive aussi bien qu’une artiste complète.
Wikimedia Commons Public Domain. Sculpture Ophelia Par sarah Bernhardt .1880.
En 1862, elle rentre à la Comédie Française où son premier rôle sera Iphigénie, Mais elle y restera peu de temps : elle est renvoyée en 1863 pour avoir rendu une claque à une sociétaire qui avait giflé sa petite sœur.
Sans ressources, elle devient femme galante comme sa mère et, en 1864, tombe enceinte d’un aristocrate belge, le prince de Ligne. Devant son refus d’abandonner son métier de comédienne, ce dernier la laisse seule avec son fils Maurice. Elle développe alors un amour fusionnel pour cet enfant qui deviendra la prunelle de ses yeux.
Devenu adulte, Maurice produira quelques pièces où jouera sa mère, et dirigera plusieurs théâtres grâce à la protection de celle-ci. Il mourra en 1928, cinq ans après sa mère, à l’âge de 64 ans, et sera enterré auprès d’elle au cimetière du Père Lachaise.
Wikimedia commons Public Domain File:Sarah Bernhardt with her son.jpg Created: 1879


LES DEBUTS DE COMEDIENNE
Seule avec un enfant à charge, elle accepte de jouer dans des rôles mineurs et est finalement engagée par le directeur du Théâtre de l’Odéon où elle restera six ans, y perfectionnant les dons d’actrice qui feront sa réputation. Elle y remportera un succès considérable.
Elle reviendra triomphalement à la Comédie Française et y jouera les grands rôles du répertoire (Junie dans Britannicus, Andromaque, Phèdre…) et des rôles écrits par des auteurs modernes, dont l’Etrangère d’Alexandre Dumas. Mais la pièce l’Aventurière d’Emile Augier recevra des avis défavorables de la critique, entraînant la rupture définitive de Sarah Bernhardt avec la prestigieuse maison de Molière. Elle entamera alors une carrière à l’étranger (Londres, l’Amérique) qui rencontrera un succès phénoménal, lui donnant une renommée mondiale. Sarah inaugure le personnage de la « star internationale», enchaînant les succès, repoussant toujours les limites de ses nombreux talents, et justifiant aux yeux du monde entier sa devise : « QUAND MÊME ».
Wikimedia Commons. Public Domain. Le sceau de Sarah Bernhardt. Created 1899. Uploaded: 16 July 2014
Elle dirigera successivement le théâtre de la Renaissance, puis un théâtre qui portera son nom, aujourd’hui Théâtre de la Ville et y créera Lorenzaccio de Musset ou Hamlet. Son physique androgyne lui permettait en effet de jouer aussi bien des rôles masculins que féminins.
Devenue un « monstre sacré », comme la surnomma Jean Cocteau, Sarah jouera jusqu’à sa mort en 1923, alors même que, souffrant de tuberculose osseuse, elle avait été amputée d’une jambe en 1915 (à la clinique Saint-Augustin de Bordeaux).
Wikimedia commons, Sarah-Bernhardt (Hamlet) / Lafayette - photo - London.


LA CROQUEUSE D’HOMMES
Sarah multiplia toute sa vie les liaisons amoureuses : Victor Hugo, Edmond Rostand, Gustave Doré, Georges Feydeau, le prince de Galles…
Mes ses passions véritables allèrent aux « favoris » : Charles Haas, célèbre homme du monde qui inspira Proust pour son personnage de Swann et avec qui elle resta liée jusqu’à la fin de sa vie…
Wikimedia Commons Théobald Chartran – portrait de Charles Hass -1850- Public Domain
... les comédiens Jean Mounet-Sully et Lucien Guitry Ainsi que le médecin Samuel Pozzi, fondateur de la gynécologie. Homme à femmes, marié, volage, il eut le grand mérite de dissuader Sarah de se faire greffer une queue de tigre !
Wikimedia Commons Mounet-Sully, Sociétaire de la Comédie-Française vers 1880, J. M. Lopez - CAMEES ARTITISQUES - Théâtre, Littérature... n° 31 - 04-12-1880

Wikimedia Commons French actor Lucien Guitry (1860-1925) by Auguste Bert

Sarah, est devenue très riche et s’offre de somptueuses demeures et villas, un immeuble à Paris, rue Fortuny, des villas à Sainte-Adresse et à Belle-Île-en-Mer où elle reçoit sans compter ses amis. S’ajoutent à cela : robes de grands couturiers, wagons de train privatisés…

Elle est aussi de plus en plus excentrique et possède une véritable ménagerie d’animaux exotiques, plus ou moins sauvages, qui terrorisent parfois ses visiteurs : le singe Darwin, des caméléons, un alligator et même un guépard.
Rien n’arrête Sarah lorsqu’il s’agit de faire parler d’elle et de ses folies, telle l’image publiée dans la presse où elle est allongée dans le cercueil qui lui sert de lit et dans lequel elle apprend ses rôles.
Wikimedia Commons Sarah Bernhardt dans son cercueil-1880.Own work. Auteur : SiefkinDR
LA FEMME DE CŒUR
Excentrique et dépensière, Sarah est aussi une femme au grand cœur. Elle le prouvera à plusieurs reprises.
Ainsi, pendant la guerre de 70, elle fait transformer le théâtre de l’Odéon en hôpital de campagne et suit une formation de soignante pour secourir les blessés pour lesquels elle chante et déclame. Elle accueillera chez elle sa sœur Régina qui succombera à la tuberculose en 1874 et veille sur sa sœur Jeanne qui se drogue et mourra malheureusement d’overdose.
C’est d’ailleurs par sa sœur Jeanne qu’elle fait la connaissance en 1881 de celui qui deviendra son mari : le diplomate grec Aristide Damalas, drogué notoire qui s’essaya sans succès à la comédie et dont elle se séparera rapidement. Installé en Russie, son mari continuera à profiter, des largesses de sa femme qui l’entretiendra jusqu’à sa mort d’overdose dans une chambre d’hôtel en 1889.
Wikimedia commonsPhoto of Greek-French actor Jacques Damala (1855-1889) Tucker Collection - New York Public Library Archives


Avec son talent habituel, la sculptrice fit un touchant portrait funéraire de celui qui était resté son mari jusqu’à la fin, les convictions catholiques de Sarah l’empêchant de divorcer.
Wikimedia Commons Funerary Portrait of Jacques Damala by Sarah Bernhardt Circa 1889
Généreuse avec sa famille et son entourage, Sarah était aussi une femme de conviction, farouchement opposée à la peine de mort. Elle défendit Louise Michel et Alfred Dreyfus…ce qui lui valut de féroces critiques et caricatures antisémites de la part des anti-dreyfusards.
Pendant la guerre de 14, elle finança une boulangerie coopérative pour venir en aide aux habitants de Belle-Ile-En-Mer.
C’est aussi une femme de courage dans l’adversité. La maladie ne l’a pas épargnée. Souffrant d’insuffisance rénale, elle perdit l’usage d’un rein. Enfant, elle avait été atteinte, comme sa sœur, de tuberculose et se mit, par la suite, à souffrir du genou droit atteint de tuberculose osseuse. Elle jouait avec une canne et se fera amputer de la jambe en 1915, ce qui ne l’empêchera pas de se faire transporter sur scène en chaise à porteur pour jouer au Théâtre des Armées devant les soldats. C’est ainsi qu’elle fut surnommée la « Mère La Chaise » par son public de poilus !
Fin 1916, elle part aux Etats-Unis pour demander aux américains de rentrer en guerre aux côtés de la France.

Après la guerre, elle est obligée de jouer le plus souvent assise.
Pour éponger ses dettes, en 1923, elle joue au cinéma dans le film « La Voyante » avec une prothèse en cellulose. Elle a alors 79 ans et ne finira pas le tournage car elle meurt chez elle d’une infection rénale, le 26 mars 1923, dans les bras de son fils Maurice. Plus de 400.000 personnes suivront le cortège de ses funérailles dans Paris jusqu’au cimetière du père Lachaise !
Wikimedia commons Sarah Bernhardt's grave in Père-Lachaise cemetery, ParisIlPasseggero - Own work



