RAOUL WALLENBERG : Le destin d'un Juste

Pour notre dernière conférence de l’année 2024, nous sommes nombreuses à venir écouter celle que nous propose notre amie Dominique de Malafosse sur la vie et le destin du diplomate et industriel suédois Raoul Wallenberg.
Né à Stockholm le 4 août 1912, Raoul Wallenberg est issu d’une richissime famille suédoise, comptant des banquiers et des industriels spécialisés dans les branches les plus diverses. Il n’a jamais connu son père, officier de marine, mort avant sa naissance. Peu après le décès de ce dernier, sa mère se remaria avec Frederik von Dardel, directeur du grand hôpital Karolinska.
Poussé par son grand-père paternel, Raoul Wallenberg reçoit une éducation poussée et particulièrement exigeante. Les membres de la famille Wallenberg n'ont pas droit à l'échec. Le précepte éducatif en vigueur peut se résumer à "travail et dépassement de soi".
Destiné à devenir citoyen du monde, R.Wallenberg, après ses études secondaires en Suède, partit étudier l'architecture à l'Université du Michigan.
Photo : Public Domain, photo du passeport de Raoul Wallenberg

Après son diplôme obtenu en 1935, divers voyages d'étude et d'affaires le mènent en Amérique du Sud et en Palestine. Il travaille également pour plusieurs banques à l'étranger.
En 1939, il s'associe à un réfugié juif-hongrois, Koloman Lauer qui dirige une société d'import-export. Parlant plusieurs langues étrangères, Raoul Wallenberg voyage à travers l'Europe, notamment en Allemagne, dans la France (alors occupée par les nazis), et en Hongrie.
La Hongrie fut le point de départ de sa prise de conscience du sort réservé aux juifs par le régime d'Hitler. Il décida alors de se consacrer à défendre leur cause.
En effet, en juillet 1944, alors que l'Europe commence à être libérée, la grande communauté juive de Budapest, va être déportée. Pendant des mois, Raoul Wallenberg négociera afin que des milliers de juifs hongrois échappent à la mort, leur distribuant des passeports suédois au péril de sa propre vie.
En janvier 1945, l'Armée Rouge entrera à Budapest. Selon des sources crédibles, Wallenberg, considéré comme espion par les soviétiques, est arrêté et disparaît. Sans nouvelles de lui, sa famille entreprit des recherches, sans véritable succès. Selon la version officielle russe, il est mort en prison à Moscou des suites d'une crise cardiaque deux ans et demi plus tard.
Quelques précisions au sujet de la mystérieuse disparition de Raoul Wallenberg :
Après avoir annoncée officiellement, mi-janvier et fin mars 44, que Raoul était sous leur protection, les soviétiques, en janvier 47, affirment que Raoul n’est jamais venu en Union Soviétique et qu’il a probablement été assassiné à la fin du mois de janvier par la Gestapo.
Cette version fut partiellement confirmée. En janvier 1957 le ministre des affaires étrangères soviétique fit valoir qu’un certificat médical établissait que Raoul était mort en prison, le 17 juillet 47, sans doute d’une crise cardiaque.
A l’occasion d’un symposium médical en 1961, un professeur de médecine soviétique et un adjoint du vice-ministre des affaires étrangères, soviétiques indiquaient à un professeur en médecine suédoise que Raoul était en vie mais malade.
En juin 1965, le premier ministre soviétique révélait au premier ministre suédois que Raoul était décédé en 1964, des suites d’une terrible erreur médicale.
De nombreux témoignages, dont certains dignes de foi, ont pourtant indiqué que Raoul était encore en vie après 1965. Le dernier d’entre eux a été connu en 1978, et selon lui, Raoul était encore en vie en 1975.
Raoul a été fait, citoyen d’honneur d’honneur d’Israël, mais aussi des États-Unis, de la Hongrie et du Canada.
Les Russes ont réhabilité Raoul et son chauffeur en 2000 indiquant que, bien qu’étant totalement innocents, ils avaient été fusillés en 1947.

C’est aujourd’hui la version officielle, mais sur le buste de Raoul, érigé dans la cour de l’institut des langues étrangères à Moscou, son piédestal porte certes sa date de naissance, mais seul un point d’interrogation est mentionné comme date de sa mort.
Raoul Wallenberg est reconnu Juste parmi les nations en 1963 et citoyen d'honneur des Etats-Unis, d’Israël, de la Hongrie et du Canada.
Photo : Mémorial Raoul Wallenberg à Tel-AvivBy צילום:ד"ר אבישי טייכר, CC BY 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7806511
Plusieurs pays l’honorent par un monument en sa mémoire ou par des rues portant son nom (à Paris, il en existe une dans le XIXème arrondissement).
Photo : By Chabe01 - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=104570902

L'Humanité augmentée ou l'Humanité 2.0

Madame Aude Fleury, conférencière, est intervenue sur le thème de L’Humanité Augmentée ou Humanité 2.0.
Elle aborde en introduction le rapport entre Humanité Augmentée et Design.
Le mot « design » lui-même, d’origine française, se situe à la croisée de deux mots : dessin et dessein.
L’objet design doit être à la fois innovant, viable et désirable.
Exemples d’objets réalisées à partir du design, les prothèses portées par les athlètes des jeux paralympiques ne sont pas de la science-fiction mais bien une réalité tangible et efficace.
Les exemples les plus frappants de l’utilisation de la technologie appliquée à l’augmentation des capacités humaines sont, en effet, ceux qui concernent les infirmités telles que la cécité, le mutisme ou la surdité.
Photo Michèle Mechin
L’essor fulgurant de l’impression en trois dimensions (3D) a permis des progrès rapides en la matière. C’est ainsi que la start-up française Pixium Vision a créé un couple « implant-lunette » permettant de remédier à des cécités profondes en transmettant l’information visuelle au cerveau via le nerf optique.
Les lunettes connectée Google Glass répondaient à un rêve de vie connectée mais sa production a été rapidement abandonnée, particulièrement en raison de son coût trop élevé pour un produit nécessitant une constante réadaptation.

Photo : Wikimedia Commons English: Google's augmented reality head mounted display as glass form 5 mai 2013 (d'après les données Exif). Source Flickr. Auteur Ted Evans
Les jeux paralympiques, nous dit madame Fleury, ont montré au monde entier, ce que la science peut apporter à l’homme en termes de renforcement de ses capacités physiques :

Dans le domaine cardiaque, les progrès sont nombreux. Certains sont déjà anciens comme le pacemaker implantable sur les humains inventé en 1960. Aujourd’hui, le bracelet connecté Oxitone permet d’avertir son porteur ou un professionnel de santé de l’imminence d’une crise cardiaque.
Dans le domaine cérébral, on peut :
- augmenter sa force, son énergie, son endurance avec le casque Hale Sport,
- améliorer sa productivité avec les playlists de musique Focus Will,
- améliorer la qualité de son sommeil avec le masque Intelclinic,
Photo : Wikimedia Commons Finale du saut en longueur féminin T64 au stade de France lors des Jeux paralympiques d'été de Paris 2024. Daieuxetdailleurs - Own work
Toutes ses avancées ont conduit les scientifiques à concevoir l’Human Brain Project (HBP), projet européen de modélisation du cerveau entrepris de 2013 à 2023, à l’initiative de la Commission européenne. L’HBP visait à construire une infrastructure de recherche collaborative sur le cerveau dans les domaines des neurosciences, de l’informatique et de la médecine. Aujourd’hui abandonné, le HBP, financé à hauteur de 600M€ a donné lieu à plus de 3000 publications et à des événements scientifiques de haut niveau, mais il n’a pas réussi à réellement unir la communauté des neurosciences derrière un objectif commun.
Madame Fleury conclut sa conférence en évoquant le mouvement du Transhumanisme. Cette idéologie prône l’usage des sciences et techniques afin d’améliorer radicalement la condition humaine par l’augmentation des capacités physiques et mentales du corps, jusqu’à la suppression du vieillissement et de la mort. Idée séduisante pour certains mais dangereuse pour d’autres. Il existera toujours des apprentis sorciers et, ajoute-t-elle, n’oublions pas la phrase de Rabelais « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »…

Photo Nicole Ride
LES EMPREINTES GENETIQUES EN PRATIQUE JUDICIAIRE

Christian Doutremepuich est venu nous parler d’un sujet dont il est éminent spécialiste, celui des empreintes génétiques en pratique judiciaire. Christian Doutremepuich est « docteur en pharmacie ainsi que docteur en médecine et en biologie humaine.
Il a été professeur d’hématologie à la faculté de pharmacie de Bordeaux et vice-président de l’Université Bordeaux II Victor Ségalen. Il est membre de l’Académie des Sciences, Belles lettres et Arts de Bordeaux.
Après avoir effectué de nombreuses expertises ADN, notamment dans les dossiers criminels, Christian Doutremepuich a créé, en janvier 1996, le Laboratoire d’Hématologie Médico-Légale à Bordeaux.
Ce laboratoire n’agit que sur mission ou réquisition judiciaire et est spécialisé uniquement dans les analyses génétiques destinées à l’identification humaine.
M. Doutremepuich nous expose ce que furent les débuts de la science de l’ADN (ou acide désoxyribonucléique) et de son développement au fil du temps, depuis les années 50. Il évoque les travaux de l’américain James Watson, de l’anglais Francis Crick, jusqu’à la découverte faite par l’anglais Sir Alec Jeffreys, dans les années 1980-85 ,démontrant qu’il existe sur l'ADN des variations qui rendent unique l’ADN de chaque individu.
Au début des années 1990, cette découverte déclencha de nombreuses controverses avant qu’elle soit reconnue et acceptée par le monde scientifique et judiciaire. Elle permit non seulement de condamner des criminels mais d’innocenter des individus condamnés par erreur. Les analyses portent sur le sang (l’ADN est présent dans les globules blancs), le sperme, les éléments pileux, les urines, les cellules épithéliales et les os.
La France développe à cette époque ses compétences en la matière. Le professeur Doutremepuich crée en 1996 le laboratoire d’hématologie médico-légale ;
Ce laboratoire est spécialisé dans l’expertise au profit de l’appareil judiciaire. Son domaine concerne :
Les recherches de filiation (paternité, maternité, fratrie) dans le cas de procédures pénales ou civiles.
L’identification des traces biologiques sur les scènes criminelles dans le cas de procédures pénales.

Ces analyses peuvent être soumises à des sources d’erreur : mauvaise numération en laboratoire, mélange des scellés judiciaires, addition d’ADN extérieur sur les scènes de crime ou au laboratoire, contamination des gants… C'est pourquoi toutes les analyses répondent à un cahier des charges très strict, et le laboratoire est contrôlé régulièrement .
Aux assises, le laboratoire doit être sûr de ses résultats. Les difficultés rencontrées sont nombreuses mais on arrive à résoudre des « cold cases » parfois vieilles de 20, 30 ou même 40 ans, si les scellés ont été bien conservés !
Une meilleure identification des individus est désormais possible , grâce à une base de données génétiques établie à partir de volontaires et permettant de définir entre autres, la couleur des yeux, de la peau et des cheveux.
L’ADN a fait ses preuves depuis des années et pourrait encore aider à résoudre nombre d’affaires non résolues car il existe, depuis 1998, un fichier national des empreintes génétiques qui rassemble le profil de plus de 5 millions de personnes.
Visite de Sauveterre-de-Guyenne
Qu’est-ce qu’une bastide ? Au Moyen-Age, les bastides constituaient des centres de peuplement et d’échanges commerciaux. Elles étaient destinées à regrouper des paysans, commerçants et marchands pour mettre en valeur des terres agricoles et à occuper un territoire convoité. Le commerce était donc le noyau de la vie de la bastide, ce qui explique l’emplacement central choisi pour la place du marché. L’église, secondaire mais bien présente au quotidien, était souvent construite sur une place située à l’est de la place centrale. Le plan de la bastide est une forme urbaine innovante, même si le tracé orthogonal de ses voies laisse penser aux formes urbaines grecques et gallo-romaines. Une bastide se compose, dans le sens de la longueur, de 1 à 8 rues, selon l’importance de la bastide. Une cité classique en damier possède au moins 4 rues parallèles.
Voici quelques caractéristiques propres à ces villes neuves du Sud-Ouest :
Une ville ou un village sur un terrain octroyé par un suzerain laïc ou religieux, voire les deux ; Un plan original sur la base d’un modèle unique en Europe ; L’existence d’un acte fondateur appelé la Charte des Coutumes et/ou des textes originels ; Un projet politique fondé notamment sur l’égalité des habitants, leur autonomie pour la gestion de la ville et aussi l’allègement du poids fiscal et juridique pour le suzerain.
La charte des coutumes
Il s'agit d'un contrat social qui organisait la vie de la communauté en délimitant les droits et devoirs de chacun. C'est une sorte de constitution avant l'heure !
Cela signifie aussi la fin de l’arbitraire fiscal : fiscalité précise, régulière et modérée. L'impôt foncier était lié à la dimension du terrain bâti et des terres cultivées (le cens), il y avait une taxe sur les marchandises (droit du leude) ... Les règles commerciales étaient identiques pour tous, et strictes : par exemple, les produits en vente étaient obligatoirement pesés au préalable, il était ainsi plus difficile d’escroquer les clients.
Source : Les bastides du Sud-Ouest : origines, vie quotidienne...coeurdebastides.com
La bastide de Sauveterre-de-Guyenne fut créée en 1281 par le roi d’Angleterre Edouard 1er. La ville est implantée sur une légère pente, à l’emplacement d’une motte fortifiée, le castellum de Salabaterra, lieu mentionné dès la fin du XIIème siècle. Elle est née d’un conflit féodal entre le damoiseau Jordan du Puch, l’abbé de Blasimon et le seigneur Gilles d’Escoussans au sujet de terres dont ils se prétendaient tous propriétaires. Pour régler la querelle, le roi s’approprie l’ensemble du territoire disputé pour y fonder une ville nouvelle. Une charte de coutumes est accordée en 1283. La ville est le siège d’une prévôté qui regroupe alors une dizaine de communes.
Sauveterre-de-Guyenne est construite sur le modèle typique des bastides. Entourée d’une enceinte dont il ne subsiste rien, en dehors de quelques fragments de murailles accrochés aux portes, elle possède quatre portes qui existent toutes encore : les portes Saubotte, Saint-Romain, Saint léger et de la Font (photos : les portes de Sauveterre-de-Guyenne en 1860 par Léo Drouyn


















