Le 13 octobre 2022, nous étions 20 lycéennes de 3 clubs voisins (Fontainebleau, Orléans et Dijon) à nous retrouver sur le site médiéval de Guédelon dans l‘Yonne. Malheureusement le soleil automnal nous avait abandonnées, mais nous avons fait contre mauvaise fortune bon coeur, et chaussées solidement nous avons découvert ce site unique.

L‘aventure de Guédelon est née de l‘initiative du propriétaire du château voisin, Saint Fargeau, qui eut l‘idée de fouiller sous son château, où il découvrit des fondations médiévales. L‘idée lui vint alors de construire un château-fort avec les méthodes de l‘époque, pour faire un chantier exemplaire ouvert au public.

Le site de Guédelon fut choisi en raison de sa situation et de ses ressources : une carrière de pierre (grès ferrugineux qui permet d‘obtenir du métal par réduction), du sable et de l‘ocre, du bois, de l‘argile, de l‘eau, tout était réuni pour construire sans avoir besoin de transporter les matériaux (sauf la chaux pour le mortier, des pierres calcaires sont achetées et chauffées), y compris 5 étangs.

Une société exploite et gère le personnel (dont les 20 personnes chargées de l‘accueil et de la restauration), une association est propriétaire des 10 ha du site. Un comité de scientifiques peut être sollicité si un problème survient. L‘ensemble fonctionne sans argent public, uniquement grâce à des fonds propres et du mécénat. Aucun bénévole n‘y travaille, des apprentis et stagiaires payants sont accueillis sur demande.

La première pierre fut posée en 1997, et le chantier ouvert en 1998 „construire pour comprendre“.

Les modèles pris pour ce château sont : Dourdan, le Louvre, etc… et les travaux s‘appuient sur les manuscrits enluminés et la documentation médiévale écrite.

Il s‘agit donc d‘un château du 13° siècle (époque des fondations de Saint Fargeau), et 1228 est la date choisie pour le début de la construction. C‘est l‘époque de Philippe Auguste, qui instaura la défense active pour mettre l‘ennemi en fuite, grâce à un modèle de château rationalisé sur le territoire : des tours reliées par des courtines (murs hauts et épais), un logis seigneurial à l‘intérieur, une porte d‘entrée entre 2 tours (2 vantaux et une herse). Guédelon est entouré d‘un fossé sec.

Le seigneur du lieu a été inventé : il est sous la suzeraineté du baron de Toucy. Il épouse la nièce du baron, et devient ainsi seigneur de la terre de Guédelon.

A l‘époque un tel chantier aurait demandé 12 à 15 ans avec une centaine d‘ouvriers, le château actuel sera terminé d‘ici 7 à 8 ans, et sa construction aura donc demandé presque 30 ans, avec 40 ouvriers seulement (seul Château Gaillard en Normandie fu construit en 2 ans à l‘époque).

Des „loges“ entourent le château et abritent les artisans qui travaillent comme au Moyen Age, et font des démonstrations au public :

tailleurs de pierres, carriers, vanniers (paniers de transport), corderie, tuilerie (tuiles et carreaux du pavement, pots), charpentiers, charrons, bûcherons, meunier (moulin hydraulique), charretiers, forgerons, maçons, atelier de couleurs pour les tissus et la décoration des murs intérieurs, à partir de plantes.

Un potager, un jardin de plantes tinctoriales, des ânes, des chevaux et autres animaux (poules, oies, ..) sont présents sur le site.

Un puits profond de 6 mètres est à l‘intérieur de l‘enceinte. Sous les courtines et les tours se trouvent des salles pouvant abriter des vivres en cas de siège (la population à l‘entour venant se réfugier au château).

A ce jour sont terminés : la tour de la chapelle, le logis seigneurial, les courtines. La tour maîtresse devra encore être rehaussée d‘un étage plus la toiture.

Pour monter les pierres sur les murs en construction, des „cages à écureuil“ actionnées par 2 hommes qui marchent à l‘intérieur actionnent une corde à laquelle est fixé un plateau. Les murs de 3 mètres d‘épaisseur en bas et 2 mètres en haut sont faits alternativement de pierres taillées et non taillées, en deux parements séparés par du remplissage (déchets de pierre).

Une poterne à l‘arrière du logis seigneurial permet un accès caché en cas d‘envahisseurs.

Cette passionnante visite nous a plongées dans la vie médiévale et sa rusticité, dans une très bonne ambiance!

Ces interclubs sont d‘excellentes occasions de resserrer les liens d‘amitié lycéenne.

Marie Maire