Conférence de Patrick SERRE, historien

Louise Michel naît à Vroncourt la Côte (52) en 1830. Elle est la fille adultérine d’une servante, Marie-Anne Michel, et du châtelain où elle est domestique, Monsieur Demahis, ou de son fils Laurent. Elle est élevée au château comme la petite-fille des propriétaires, reçoit une éducation classique (Voltaire, Rousseau). Elle fait preuve d’une intelligence précoce, et est la meilleure élève du canton.

Ses grands-parents décèdent en 1847 et 1850, ainsi que Laurent. Elle et sa mère doivent quitter le château, elle ne peut plus garder le nom de Demahis et prend celui de sa mère, Michel. Ses rêves de poétesse s’écroulent (malgré tout elle continuera à communiquer avec Victor Hugo pendant plus de 30 ans). Elle doit subvenir à ses besoins.

Elle obtient un diplôme de „sous-maîtresse“ (institutrice auxiliaire) en 1852. Mais refusant de prêter serment à Napoléon III, elle ne peut être „maîtresse principale“. Elle s’affiche déjà républicaine, indomptée et indomptable.

Elle ouvre alors une école à Audeloncourt (52) en 1852 pour enseigner gratuitement aux paysans modestes. Sa mère la place à Paris où elle ne reste qu’un an, et en 1854 et 1855 elle ouvre successivement deux écoles „libres“ à Clefmont (52) et Millières (52).

Sa pédagogie est avant-gardiste : rationalisme, observation et analyse.

Affichant son anticléricalisme, elle doit partir pour Paris en 1856. Elle y restera jusqu’en 1870 avec une vie intense et bien remplie : elle prend des cours du soir et enseigne dans la pension de madame Villiers, puis ouvre 2 externats.

Elle rencontre Jules Vallès, Théophile Ferré, Eugène Verlin, qui sont socialistes et révolutionnaires. Elle adhère aux idées d’Auguste Blanqui (éternel enfermé, insurgé opposé aux Bourbons, Orléanistes, Bonapartistes, …)

Ces milieux considérés comme terroristes d’ultragauche sont très surveillés.

En 1867, elle crée la „société des équitables“ (premier circuit court), qui revendique pour les droits des femmes, et elle adhère à la société „pour la moralisation du travail des jeunes filles ouvrières arrivant à Paris“. Dès 1870, elle est fichée comme militante et révolutionnaire car elle s’oppose au gouvernement en place.

La guerre franco-prussienne de 1870 survient alors. Elle participe au Comité de vigilance des citoyennes du 18° arrondissement de Paris.

Paris assiégé souffre de la faim, elle ouvre une cantine pour ses élèves.

Elle milite pour que les femmes puissent prendre les armes et se battre aux côtés des hommes contre les prussiens, ce qui sera reconnu (bataille des Vosges).

En janvier et mars 1871, elle participe activement, armée, aux émeutes dites de „la commune“, contre Adolphe Thiers réfugié à Versailles. Elle est aux côtés des anarchistes. Elle est ambulancière, monte sur les barricades (avril-mai 1871, Place Blanche).

Sa mère est arrêtée en mai, elle décide alors de se rendre pour la faire libérer. Elle est tout d’abord enfermée à la prison des Chantiers à Versailles, puis est transférée à Arras.

Elle sera jugée en conseil de guerre en décembre 1871, continue de revendiquer son combat politique. Après l’abbaye d’Auberive où elle est jusqu’en 1873, elle part pour la déportation en Nouvelle-Calédonie (décembre 1873). Elle y est considérée anarchiste, s’essaie à l’instruction des kanaks. En 1880 elle revient en France (acclamée) après une remise de peine en 1879.

Elle aura tout le temps été soutenue par Clémenceau.

Elle continue son engagement anarchiste (drapeau noir, manifestations) et est à nouveau emprisonnée à plusieurs reprises.

Jusqu’à sa mort elle sera antimilitariste, libertaire, elle donne des conférences. Elle meurt de pneumonie à Marseille en 1905.

Elle est considérée comme la pionnière du féminisme, a été initiée en franc-maçonnerie.

Surnommée la Vierge noire, la louve avide de sang, elle aura toujours défendu les prolétaires dans ses actes et ses écrits.

Marie Maire