Une conférence passionnante a réuni les Lycéennes au Cercle Interallié, sur le thème de l’Afghanistan, exposant en particulier le sort des femmes Afghanes.

La conférencière, Margaux Benn, est grand-reporter au service international du Figaro et réalisatrice de documentaires. Elle a travaillé plusieurs années pour l’Agence France-Presse, et a aussi longtemps été journaliste indépendante en Afrique de l’Est et Centrale, ainsi qu’en Afghanistan, pour des chaînes télévisées, journaux, magazines et radios francophones et anglophones. Depuis février 2022 elle couvre la guerre en Ukraine, tout en continuant dès qu’elle le peut à se rendre en Afghanistan. En France, elle s’investit de manière bénévole dans des programmes d’éducation aux médias, et a cofondé le collectif Accueillir les Afghanes, qui milite pour que la France accorde l’asile systématique, en raison de leur genre, aux femmes désirant fuir le régime des mollahs. Son travail a été récompensé, entre autres, par le prix Albert-Londres, le prix Bayeux des correspondants de guerre, le prix italien Marco Luchetta, et une Étoile de la Scam. 

Margaux Benn, après un historique du retour des Talibans au pouvoir, a dressé la situation telle qu’elle existe aujourd’hui pour les femmes en Afghanistan : un recul immense des libertés, notamment celles des femmes et des jeunes membres de la génération ayant pu accéder à des études, des postes, rêves rendus accessibles par la démocratisation du pays post-2001 et les fonds considérables injectés par la Communauté Internationale pour des projets de développement du pays. Aujourd’hui, Human Rights Watch considère qu’en Afghanistan se déroule la plus grave crise du droit des femmes au monde.

Les secteurs de la recherche, de l’éducation, de la culture, des médias ont été anéantis. Destruction d’instruments de musique, décapitation de mannequins, plus de musique en voiture sur la route, barbes obligatoires pour les chauffeurs de taxi…

En novembre 2022, le chef suprême des talibans a ordonné aux juges d’appliquer la charia, et les exécutions et flagellations en public ont débuté.

L’essentiel des restrictions concernent les femmes.Les talibans ont supprimé presque toutes les institutions mises en place par le gouvernement précédent pour lutter contre les violences fondées sur le genre : restrictions vestimentaires ; pancartes sur les places publiques encourageant les femmes à porter la burqa. Des femmes et des filles accusées de porter des vêtements colorés ou des voiles pas assez couvrants ont été emmenées de force dans des véhicules de police et accusées de porter un « mauvais hijab » et détenues au secret dans des espaces surpeuplés dans les commissariats de police, ne recevant qu’un seul repas par jour, et certaines d’entre elles auraient été soumises à des violences physiques, à des menaces et à des intimidations. La libération des femmes ne se fait que si un membre masculin de sa famille fournit une assurance, souvent par écrit, qu’elles respecteront dorénavant le code vestimentaire prescrit par les Talibans.

Exclusion du monde du travail. Interdiction pour les femmes de voyager plus de 75Km sans un homme de leur famille proche, elles ne peuvent donc pas non plus prendre l’avion seules ou sans être accompagnées par un homme de leur famille proche. Interdiction pour les femmes de participer à des compétitions sportives, et même de pratiquer du sport de manière générale puisque même les gymnases leur sont aujourd’hui interdits

interdiction pour les femmes de conduire, de passer le permis, et même de s’asseoir à l’avant d’une voiture, même en tant que passagères. Etc, etc…

Et, bien sûr : l’Afghanistan est devenu le seul pays au monde à interdire l’éducation pour les filles au-delà de l’école primaire.

En ce qui concerne les garçons et les jeunes hommes: les programmes scolaires collent à la ligne talibane, et de nombreuses matières et sujets ne sont plus enseignés, remplacés par des cours de religion qui collent à la lecture ultra rigoriste du Coran des Talibans. RESULTAT : Toute une génération, voire deux puisqu’on parle d’enfants comme d’étudiants, n’a pas accès à l’éducation, et baigne dans un milieu empreint d’idéologie extrémiste. Après une période de 20 ans pendant lesquels garçons et filles pouvaient aspirer à des espaces de liberté.

Depuis le retour au pouvoir des Taliban, environ 500,000 Afghans ont fui le pays. D’abord, bien sûr, dans la folie qui a suivi immédiatement l’arrivée au pouvoir des Talibans ; Puis au compte-goutte, essentiellement vers l’Iran et le Pakistan.

Pour l’heure, le caractère particulièrement vulnérable des femmes afghanes seules, et la particularité des dangers qu’elles ont fui en Afghanistan en raison de leur genre, ne sont pas reconnus par les gouvernements étrangers ; Et les consulats sont dépassés.

Ce témoignage, très émouvant a fait prendre conscience de la vulnérabilité et des difficultés extrêmes des Afghans et encore plus, des Afghanes, qu’ils soient encore dans leur pays, ou dans un pays qui les a accueillis.