Nous sommes nombreuses à assister à la conférence sur la guerre civile espagnole de Monique Dollin du Fresnel, ancienne directrice de la bibliothèque de Sciences Po Bordeaux, ayant enseigné la culture générale à Sciences Po, aux universités de Bordeaux et Bordeaux Montaigne.

Un peu d’histoire sur les origines de cette guerre fratricide…
A la fin du XIXe siècle, l’Espagne n’a pas fait sa révolution industrielle comme la France ou l’Angleterre. Elle s’appauvrit et vit sur les richesses acquises lors de ses conquêtes. Son « Age d’or » correspond aux XVIe et XVIIe siècle, époque où elle a vécu un formidable rayonnement culturel, politique, militaire et économique.
Mais, en 1898, sous la présidence de McKinley, la guerre avec les Etats-Unis fait tomber Cuba aux mains des Etats-Unis qui prennent également le contrôle des Philippines et de Porto-Rico. En dehors des pertes de territoires, les luttes monarchiques seront tout autant préjudiciables à l’Espagne.
A partir des années 1830, trois prétendants au trône s’affrontent :
- Ferdinand VII de Bourbon (1784-1833)
- Isabelle II (1830-1904)
- Don Carlos de Bourbon (1788-1855)
A la mort de Ferdinand VII, une crise monarchique éclate entre la régente Marie-Christine, épouse de Ferdinand, qui veut voir monter sur le trône sa fille unique Isabelle, et le frère de Ferdinand VII, don Carlos.
Ces tensions provoqueront une première guerre civile, touchant surtout le nord de l’Espagne, entre conservateurs et libéraux. Proche des libéraux, la régente est en opposition avec les partisans carlistes, absolutistes. La guerre carliste, qui verra la victoire des partisans d’Isabelle, engendrera de graves difficultés économiques et politiques.
Elle aura des répercussions sur le plan international, et notamment en France et en Angleterre.
Grâce à l’abolition de la loi salique, Isabelle II sera reine de 1833 (elle a trois ans) à 1868, d’abord sous la régence de sa mère, puis du général Espartero qui met en place une dictature miliaire jusqu’à la majorité de la reine en 1843, à l’âge de 13 ans. Le règne d’Isabelle II sera marqué par une grande instabilité politique. En 1868, elle est détrônée par la révolution et part en exil à Paris.
Son fils Alphonse XII, lui succède. Ce prince, qui a suivi sa mère en exil, a acquis une expérience d’autres régimes politiques, en France, en Autriche et au Royaume Uni. Il a commencé sa scolarité à Paris, au collège Stanislas, puis l’a poursuivi à Genève, Vienne, et à l’Académie royale militaire de Sandhurst en Angleterre.
En 1870, sa mère renonce à ses droits dynastiques en sa faveur, alors qu’en Espagne les gouvernements se succèdent jusqu’au coup d’état de Manuel Pavia qui met fin à la première république espagnole et restaure la monarchie des Bourbon.

Wikimedia Commons Battle of the First Carlist war (1830-1846). Par Francisco de Paula Van Halen Oil on canvas. Museo del Carlismo, Estella, Navarre

En 1875, le prince Alphonse rentre en Espagne où il est proclamé roi à 17 ans. Alphonse XII mettra toute son énergie à mettre fin à la guerre carliste qui ravage l’Espagne. Il permettra une trêve de la guerre coloniale de Cuba et proclamera la constitution de 1876. Son règne verra une alternance au pouvoir des conservateurs et des libéraux, inspiré du modèle anglais. Marié d’abord avec l’infante d’Orléans et Bourbon, après le décès rapide de celle-ci, il épousera l’archiduchesse d’Autriche, Marie-Christine dont il aura deux filles et un fils. Fils qu’il ne connaîtra pas car il meurt de la tuberculose avant sa naissance. Cet enfant deviendra le roi Alphonse XIII.
Le roi Alphonse XIII Par Kaulak — Museu Nacional d’Art de Catalunya, Domaine public, https://commons.wikimedia.org
L’Espagne se tiendra à l’écart de la guerre de 14, en profitant pour se développer et s’enrichir, mais un revers de son armée au Maroc, dans la guerre du Rif, amène au pouvoir le général Miguel Primo de Rivera en 1923. A la demande du roi humilié par la défaite, Primo de Rivera forme un nouveau gouvernement et prend le plein pouvoir. S’inspirant de Mussolini, il suspend la Constitution, dissout l’Assemblée et instaure la censure. C’est le début de la dictadura blanda (ou dictature douce). Des technocrates participent au gouvernement et modernisent avec énergie les infrastructures, très en retard sur le reste de l’Europe : barrages, routes, travaux d’irrigation…Mais l’autoritarisme de Primo de Rivera lui vaut bientôt des ennemis y compris parmi les militaires. Désavoué par l’armée ; il se retire à Paris en janvier 1930 et y mourra peu après.
La deuxième république espagnole (1931-1939) :
Les élections municipales ayant montré une profonde hostilité envers Alphonse XIII, celui-ci se refuse à abdiquer mais, craignant pour sa vie, décide de quitter son pays. Il se réfugie d’abord à Paris, puis à Rome.
Pendant les quelques années de cette deuxième république, l’Espagne passera d’une obédience à une autre. Wikimedia Commons, drapeau de l’Espagne sous la seconde république ((1931-1939) Auteur : Sancho Panza XXI

Quelques dates clés :
- 19 avril 1931 : Élections municipales et proclamation de la Seconde République (14 avril) ; formation du gouvernement de Manuel Azaña avec l’appui des socialistes (13 octobre) ; adoption d’une nouvelle Constitution.
- 14 février 1936 : Victoire électorale du Frente Popular, coalition de gauche soutenue par les anarchistes
- 17-18 juillet 1936 : Soulèvement militaire contre le front populaire, à partir du Maroc, mené par le général Franco
- 24 juillet 1936 : l’Allemagne d’Hitler fournit des avions aux nationalistes, imitée par l’Italie de Mussolini
- 27 septembre 1936 : prise de Tolède par les troupes nationalistes. Les russes du Komintern crée les brigades internationales.
- 1er octobre 1936 : Franco se proclame chef de l’état dans la zone nationaliste
- 26 avril 1937 : Bombardement de Guernica par la légion Condor, composée de militaires allemands
- 1er mai 1937 : Picasso commence ses études pour son tableau Guernica. André Malraux écrit l’Espoir où il fait le récit de son engagement au côté des Républicains.
- 23 juillet 1938 : C’est le début de la bataille de l’Ebre, principale offensive républicaine de la guerre
- 29 janvier 1939 : prise de Barcelone par les nationalistes
- 5-10 mars 1939 : affrontements internes dans le camp républicain à Madrid
1er avril 1939 : fin de la guerre. Le bilan de la guerre est de 600.000 victimes civiles et militaire. La suite fut terrible pour les vaincus. La répression franquiste ou « Terreur Blanche » dura environ jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Les républicains furent emprisonnés et torturés. Il existe en Espagne des centaines de charniers de républicains et d’opposants à la dictature franquiste. Franco n’a jamais pardonné à ses opposants. Des milliers de réfugiés quittèrent l’Espagne pour la France.
Wikimedia Commons, Jules Verne Times Two / www.julesvernex2.com


Pendant la guerre, et longtemps après, près de 30.000 bébés, nés de femmes soupçonnées d’être républicaines, furent enlevés à leur mère à qui l’on faisait croire qu’ils étaient morts à la naissance, et adoptés par des familles « bien pensantes ». Longtemps escamoté aux yeux de l’opinion, le scandale des « bébés volés » éclata dans les années 2.000 et donna lieu à des procès retentissants intentés par des personnes voulant retrouver leurs enfants volés, ou d’autres recherchant leur vraie famille.
Le camp de réfugiés d’Argelès-sur-Mer by Albert Belloc – http://archives.cd66.fr/mdr/index.php/rechercheTheme/requeteConstructor/8/2/A/366271/ARGEL%C3%88S-SUR-MER#truc, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=117492491
A la fin de la guerre, Franco ordonna l’édification d’un monument El Valle de Cuelgamuros, précédemment Valle de los Caídos, près de Madrid.
Construit par les prisonniers politiques républicains, il contient les restes de l’ensemble des combattants de la guerre, y compris républicains (à condition qu’ils aient été catholiques). La dépouille de Franco y fut inhumée en 1975, puis exhumée et transférée dans son caveau familial en 2019.
File:Santa Cruz del Valle de los Caídos.jpg Image taken by Tonywieczorek — Originally uploaded in the English Wikipedia.

