Découverte d'Aubusson et Felletin
Un peu d’histoire :
Plusieurs théories s’affrontent sur les origines de la tapisserie à Aubusson :
L’une d’elles est que ce sont les sarrasins qui, à la suite de la bataille de Poitiers au VIIIe siècle, auraient importé dans la Creuse un savoir-faire venu du Moyen-Orient.
La réalité est plutôt à chercher dans les mariages entre les comtes de Marche, ancienne région où se situait jadis Aubusson, et les riches familles venues de Flandres où la tapisserie était pratiquée déjà depuis plusieurs siècles.

Carte de la Marche (1753)
wikimedia Commons Gouvernemens généraux de la Marche, du Limousin, et de l'Auvergne, Robert de Vaugondy, 1753
Des artisans lissiers apportèrent leur savoir-faire et s’installèrent à Aubusson et Felletin, villes riches en cours d’eau. Les premières traces écrites mentionnant l’activité de la tapisserie datent du milieu du XVe siècle.
Les tapisseries servaient à l’origine à réchauffer les murs des châteaux en les isolant du froid et de l’humidité. Elles présentaient en outre un caractère décoratif et didactique non négligeable à une époque où peu de gens savaient lire. Les tisserands créaient des images à sujet religieux ou des scènes profanes représentant des batailles, de rois ou des personnages mythologiques.
La manufacture d'Aubusson, spécialisée dans la tapisserie de « basse lisse », tissée sur un métier vertical, connut un essor progressif. Jusqu'à son apogée sous Louis XIV où son Premier Ministre Colbert, éleva Aubusson au rang de Manufacture Royale en 1664.
Comme dans d'autres manufactures, la révocation de l'édit de Nantes entraîna le départ de nombreux lissiers calvinistes, provoquant la baisse de l'activité d'Aubusson. Au cours des siècles, une chute de l’intérêt pour la tapisserie s’opéra peu à peu, due en particulier aux progrès du chauffage dans les châteaux, et, aussi, à son coûté levé pour les acheteurs particuliers.
Dans les années 1930/1940, l'art de la tapisserie s’est renouvelé sous l'impulsion de Jean Lurçat et du lissier François Tabard.

-LE CARTON :
Le carton de tapisserie consiste dans la réalisation d’un modèle ou maquette. Une sorte de patron qui, agrandi aux dimensions voulues de la tapisserie servira de modèle au lissier. Au départ, ces modèles étaient exécutés par les tapissiers eux-mêmes, puis leur réalisation deviendra une activité à part entière, celle des peintres cartonniers. Des artistes renommés pouvaient être sollicités pour créer des modèles destinés à la tapisserie, c’est le cas du peintre Boucher qui créa des modèles à la demande de Louis XV.
Souvent utilisés et réutilisés, ces cartons (qui peuvent être aussi des toiles), constituent souvent de véritables œuvres d’art. Au fil du temps, ils finissent par s’user et sont jetés ou mis au rebut.
Heureusement, à l’Atelier-Musée des Cartons de Tapisserie, situé dans le quartier de la Terrade, Madame Chantal Chirac a pu récupérer et exposer beaucoup de ces cartons que nous pouvons découvrir avec les commentaires de son mari.
Dans la même demeure, ancien octroi d’Aubusson, Madame Chirac elle-même a son propre atelier de restauration de tapisserie.


Après la découverte des cartons, nous partons vers la maison des lissiers où une lissière à l’ouvrage nous explique son travail. Nous sommes toutes ouïes devant ce savoir-faire fascinant qui allie patience et passion.
Le lendemain, nous sommes attendues aux ateliers de tapisserie Pinton à Felletin qui, depuis 1867, produisent des tapisseries, des tapis et des moquettes. Les ateliers Pinton sont célèbres, notamment, pour avoir tissé la plus grande tapisserie du monde.
Mesurant 12m x 22m, cette tapisserie représentant le Christ en Gloire, dont le carton est l’œuvre du peintre et graveur britannique Graham Sutherland, orne depuis 1962 le chœur de la cathédrale de Coventry en Grande-Bretagne. Ville bombardée puis reconstruite après la dernière guerre.


Nous faisons une pause dans notre découverte de la tapisserie pour explorer une autre activité aujourd’hui éteinte à Felletin, celle de la taille des diamants.
Car la fin du XIXème et au début du XXème siècles, la taille du diamant fut pratiquée à la coopérative "La Felletinoise". Un habitant de Felletin ayant appris la taille des diamants à Paris, décida de créer son propre atelier.
En 1906, un groupement d’artisans crée la Société coopérative des ouvriers diamantaires de Felletin qui travaillera à l’international pour la joaillerie puis pour l’industrie (forages, meules, outils de coupe résistants à l’abrasion, équipements de gravure, découpe de verre etc.).
Concurrencée par les diamants synthétiques, la coopérative, déjà en déclin dès les années 30, a fermé ses portes en 1982, laissant sur place, tous ses outils et son matériel. A l’initiative de la mairie de Felletin, aidée par la Fondation du Patrimoine, cette coopérative est devenue un musée de la diamanterie inauguré en 2023.
- LA FILATURE :
Toujours à Felletin, La visite de la filature Terrade va nous instruire sur cette étape importante de la tapisserie. Cette entreprise familiale, installée sur les bords de la rivière Creuse depuis 1912, perpétue les savoir-faire liés à la fabrication et à la teinture du fil de laine.
Avec notre guide, nous observons toutes les étapes, depuis la transformation de la laine des moutons, jusqu'à sa filature et sa teinture.


La dernière matinée de notre séjour est consacrée à une visite de la Cité Internationale de la Tapisserie d’Aubusson.
Nous y découvrons des merveilles
Depuis la plus ancienne tapisserie tissée à Aubusson "Millefleurs à la Licorne" jusqu’à de récentes adaptations de films japonais "La peur du Hauru" de Miyasaki ou d’œuvres cubistes comme les mains de le Corbusier.
Enfin, le projet George Sand, imaginé par l’artiste Françoise Petrovitch : artiste plasticienne française qui travaille le dessin et la peinture, ainsi que la céramique et la vidéo
Ce projet inédit de tapisserie-installation grand format (23m x 2.15m), est en cours de réalisation à Aubusson, afin de rendre hommage à George Sand à l’occasion des 150 ans de sa disparition en 2026. Le tissage, commencé au printemps 2024, a été confié à La Manufacture Robert Four avec un dévoilement prévu en juin 2026.

Crédits Photos : Marie-Christine Mechin
Visite de Sauveterre-de-Guyenne
Qu’est-ce qu’une bastide ? Au Moyen-Age, les bastides constituaient des centres de peuplement et d’échanges commerciaux. Elles étaient destinées à regrouper des paysans, commerçants et marchands pour mettre en valeur des terres agricoles et à occuper un territoire convoité. Le commerce était donc le noyau de la vie de la bastide, ce qui explique l’emplacement central choisi pour la place du marché. L’église, secondaire mais bien présente au quotidien, était souvent construite sur une place située à l’est de la place centrale. Le plan de la bastide est une forme urbaine innovante, même si le tracé orthogonal de ses voies laisse penser aux formes urbaines grecques et gallo-romaines. Une bastide se compose, dans le sens de la longueur, de 1 à 8 rues, selon l’importance de la bastide. Une cité classique en damier possède au moins 4 rues parallèles.
Voici quelques caractéristiques propres à ces villes neuves du Sud-Ouest :
Une ville ou un village sur un terrain octroyé par un suzerain laïc ou religieux, voire les deux ; Un plan original sur la base d’un modèle unique en Europe ; L’existence d’un acte fondateur appelé la Charte des Coutumes et/ou des textes originels ; Un projet politique fondé notamment sur l’égalité des habitants, leur autonomie pour la gestion de la ville et aussi l’allègement du poids fiscal et juridique pour le suzerain.
La charte des coutumes
Il s'agit d'un contrat social qui organisait la vie de la communauté en délimitant les droits et devoirs de chacun. C'est une sorte de constitution avant l'heure !
Cela signifie aussi la fin de l’arbitraire fiscal : fiscalité précise, régulière et modérée. L'impôt foncier était lié à la dimension du terrain bâti et des terres cultivées (le cens), il y avait une taxe sur les marchandises (droit du leude) ... Les règles commerciales étaient identiques pour tous, et strictes : par exemple, les produits en vente étaient obligatoirement pesés au préalable, il était ainsi plus difficile d’escroquer les clients.
Source : Les bastides du Sud-Ouest : origines, vie quotidienne...coeurdebastides.com
La bastide de Sauveterre-de-Guyenne fut créée en 1281 par le roi d’Angleterre Edouard 1er. La ville est implantée sur une légère pente, à l’emplacement d’une motte fortifiée, le castellum de Salabaterra, lieu mentionné dès la fin du XIIème siècle. Elle est née d’un conflit féodal entre le damoiseau Jordan du Puch, l’abbé de Blasimon et le seigneur Gilles d’Escoussans au sujet de terres dont ils se prétendaient tous propriétaires. Pour régler la querelle, le roi s’approprie l’ensemble du territoire disputé pour y fonder une ville nouvelle. Une charte de coutumes est accordée en 1283. La ville est le siège d’une prévôté qui regroupe alors une dizaine de communes.
Sauveterre-de-Guyenne est construite sur le modèle typique des bastides. Entourée d’une enceinte dont il ne subsiste rien, en dehors de quelques fragments de murailles accrochés aux portes, elle possède quatre portes qui existent toutes encore : les portes Saubotte, Saint-Romain, Saint léger et de la Font (photos : les portes de Sauveterre-de-Guyenne en 1860 par Léo Drouyn










