
Thierry Soulard, professeur d’université, est venu nous parler de façon vivante et détaillée,du statut de la femme au moyen-âge du V ème au XV ème siècle.
Dès le départ, le conférencier soulève le problème des sources qui occultent souvent ce qui concerne les femmes de sorte que leur image officielle diffère souvent de la réalité des faits. L’image de la femme est double : soit Eve, soit Marie, soit « la porte du diable »par sa faiblesse qui la fait succomber, soit la vierge protectrice adorée mais non imitée. Si Saint Augustin lui accorde une âme semblable à celle d’un homme, l’Eglise, à la suite d’Aristote, la considère comme un homme raté !
L’amour courtois chanté par les troubadours dans la fin’amor met certes la Dame sur un piédestal mais Jean de Meung dans Le Roman de la Rose accentue le cynisme de la femme à travers le personnage de la vieille entremetteuse et Le Lai d’Aristote au début du XIII ème fait une satire de la femme dominatrice.
Sur le plan du droit, la femme passe de la tutelle du père à celle du mari. Toutefois il existe des variations géographiques : les régions relevant du droit germanique accordent plus de rôle aux femmes que celles relevant du droit romain.
La dot appartient à la femme mais elle est gérée par le mari. Le douaire accorde de un tiers à la moitié des terres à la veuve et l’héritage varie selon les régions.
De même, il y a des différences de liberté dans le veuvage selon qu’on possède du patrimoine ou pas : des aristocrates ont pu gérer de grands domaines mais pour les autres c’est souvent une situation catastrophique et l’Eglise exhorte chacune à entrer au couvent.
Le viol est puni de mort mais la femme doit prouver sa résistance et trouver des témoins. La prostitution est condamnée …mais réglementée peu à peu et la clausure devient totale pour les femmes au couvent alors même qu’apparaissent les ordres mendiants qui permettent aux hommes l’éloignement du monastère pour prêcher.
Les hérésies, celle des Vaudois et des Cathares, sont condamnées en partie parce qu’elles accordent une place prépondérante aux femmes.
Sur le plan économique, on constate une souplesse dans la distribution des rôles qui varient selon les besoins. A travers le veuvage, les femmes accèdent au commerce et la finance. En l’absence de leur mari, les châtelaines gèrent des domaines, les femmes peuvent devenir médecins et certaines corporations sont exclusivement féminines. Toutefois, les béguines, ni nonnes ni mariées et autonomes, attirent la suspicion. Le XIV et XV ème siècles voient un retournement et les hommes finissent par s’approprier les métiers lucratifs en y excluant alors les femmes.
Alors il y eut Héloïse d’Argenteuil, Hildegarde Von Bingen, Aliénor d’Aquitaine, Marguerite Porete, Blanche de Castille, Catherine de Sienne, Christine de Pisan, Jeanne d’Arc , femmes de pouvoir ou de lettres, mystiques révérées ou brûlées vives. Elle prouvent que l’histoire des femmes est faite de conquêtes et de reculs, de liberté arrachée comme pendant la peste noire du XIV ème siècle, puis perdue car récupérée par les hommes. Des conditions féminines très diverses ont pu coexister.
Prenons connaissance de cette histoire car, et c’est par ces mots que Thierry Soulard conclut sa conférence , « l’histoire ancienne c’est l’histoire en cours »
Nicole LABBE


Crédit photos : Florence VIGNAUD
