Notre conférence du 16 octobre au Cercle de l’Union Interalliée sur ce sujet d’actualité était animée par Nathalie Heinich. Celle-ci est sociologue émérite au CNRS, membre de l’EHESS, et a écrit de nombreux ouvrages de sociologie portant sur des thèmes variés comme les identités en crise, les ambivalences de l’émancipation féminine, la relation mère fille, ou encore l’histoire de la sociologie.

Récemment importé dans le vocabulaire français depuis l’Amérique du Nord, le « wokisme » demeure obscur aux yeux de beaucoup, tandis que, pour
ceux qui y sont exposés – notamment à l’Université et dans le secteur culturel –, il se repère immédiatement. A cette particularité s’en ajoute une
autre, moins évidente : il dissimule derrière des allures progressistes – la lutte contre les discriminations – des conceptions et des pratiques relevant du
totalitarisme. En cela, il renoue, sans que ses promoteurs ni même souvent ses détracteurs en soient conscients, avec une position politique familière
dans l’après-guerre, à savoir le stalinisme, mais qu’ignorent les nombreux jeunes tentés par cette mouvance aux allures novatrices.

Trois conséquences du wokisme :

  • il oblige chacun à se définir comme appartenant à une communauté, avec un effet d’enfermement des individus dans un groupe, et mettant ainsi l’accent sur ce qui oppose les groupes d’individus plutôt que ce qui les rapprochent.
  • il fait semblant de s’appuyer sur la science, mais s’appuie en fait sur de l’idéologie. Avec un effet d’appauvrissement des connaissances dans l’université et la recherche.
  • par l’effet de la « cancel culture », il est un instrument de censure. Au nom de leurs convictions, leurs partisans empêchent les individus de s’exprimer.

Ce sont ces phénomènes qu’a éclairés cette conférence, en s’appuyant sur de multiples exemples, de façon à donner à la fois des clés pour en comprendre les fondements et des arguments pour mettre en évidence les menaces qu’il fait courir à la démocratie.