Le 10 mars Dominique Bordessoule, ancienne cheffe du service d’hématologie du CHU de Limoges, professeur des universités et lycéenne a fait une conférence très suivie sur l’histoire des femmes médecins.

Le tour d’horizon commence il y a 24000 ans par la découverte de « L’homme de Menton » qui s’est avéré plutôt « La dame de Cavillon » laquelle devait être chef et guérisseuse si l’on en juge par la sacoche où des herbes étaient rangées soigneusement.

En s’appuyant sur les textes qui nous sont parvenus, on constate l’importance de certaines femmes dans l’élaboration de l’art médical en Europe essentiellement.

Ainsi, en Egypte 2700 ans av. J. – C Pseshet est médecin et même enseignante en médecine et Hatchepsout, en 1479 av. J. -C une école de médecine.

En Grèce, les écrits de Hyginus 3 siècles avant notre ère, relatent l’odyssée de Agnodice obligée de se faire passer pour un homme appelé Miltiade, pour pouvoir exercer la médecine, se spécialisant dans les maladies féminines, les accouchements et réduisant la mortalité de 50 à 70 %.

On possède peu de sources documentaires sur Rome qui porte peu d’intérêt à la science médicale. Les femmes sont essentiellement accoucheuses et leur savoir ancestral se transmet au fil des générations. Le christianisme , quant à lui, a apporté l’idée de compassion essentielle à la pratique médicale.

Au moyen-âge, si la « médecienne »est souvent assimilée à une sorcière vivant dans la solitude des forêts, capable de concocter des poisons grâce à sa connaissance de herbes, quelques femmes exceptionnelles se détachent comme Trotula de Ruggiero au XIème siècle, pionnière de la gynécologie, enseignante et directrice de la fameuse école de Salerne mais aussi Hildegarde Von Bingen au XIIème siècle, autrice de deux ouvrages Physica et Causae et Curae. Naturopathe avant l’heure, son savoir botanique indiscutable, ajouté à des règles d’hygiène, guérissait à la fois âme et corps. Magistra Hersanda au XIIIème siècle accompagna Louis XI à la deuxième croisade en qualité de chirurgienne et Jacqueline de Almonia au XIVème siècle pratiqua la médecine à Paris jusqu’à ce qu’on le lui interdise malgré tous les témoignages en sa faveur.

L’Inquisition mélangea les guérisseuses assimilées aux sorcières et les hérétiques et le XVIIIème créa certes un diplôme de médecine bienvenu mais…excluant les femmes dont le statut recule.

Cela perdure au XIXème siècle mais quelques femmes se sont courageusement rebellées contre cet ostracisme comme Margaret Ann Bulkley qui fit une brillante carrière de chirurgien militaire…mais sous le nom d’emprunt de James Barry c’est à dire en tant qu’homme ( lire à ce sujet le livre de E.J Leroy ed. L’Olivier LE MEDECIN DE CAPE TOWN) . De même, Madeleine Brès fut la première française à faire des études de médecine mais sans avoir le droit de se présenter au concours malgré son travail irréprochable pendant la guerre de 70 et la Commune et elle fut la première à présenter-avec succès- une thèse de médecine . Pour finir, on ne peut que citer Marie Curie , deux fois prix Nobel dans deux discipline différentes.

Au XXème siècle la science s’ouvre aux femmes mais celles-ci sont malheureusement souvent spoliées de leur découverte. Ce fut le cas de Rosalind Franklin qui n’est même pas mentionnée par Watson et Crick lors de l’attribution de leur prix Nobel en 1962 alors que ce sont ses clichés qui ont permis d’établir la structure bi-hélicoïdale de l’ADN. Jérôme Lejeune va être le premier signataire de l’article dévoilant que la trisomie 21 est due à un chromosome surnuméraire, s’attribuant par là le mérite de la découverte alors que ce sont les travaux de Marthe Gautier qui en sont à l’origine. Et que dire de Lise Meitner, certes souvent décorée mais jamais prix Nobel, alors que ses recherches ont permis la découverte de la fission nucléaire ( Lire le livre de Cyril Gel ed. Albin Michel LE PRIX)

Ainsi va le combat des femmes mais on peut s’interroger sur cette misogynie persistante …

Nicole LABBE


Crédit Photos : Béatrice THEILLAUD