Jeudi 7 avril 2022

C’est par une belle journée ensoleillée et très venteuse qu’une vingtaine de Lycéennes et d’accompagnants se sont retrouvés dans les Flandres pour une escapade culturelle visant à découvrir les retables, véritables trésors de nos églises

Le retable (positionné à l’arrière de la table de l’autel), est un élément décoratif phare de l’aménagement liturgique au Moyen-Age et à la Renaissance qui compte parmi les témoignages fondamentaux de l’apogée de l’art chrétien d’occident. Destiné à attirer l’attention des fidèles il trouve son origine dans un changement du rituel de la messe décidé par le Concile de Latran en 1215.

Il est souvent composé de pierre ou de bois sculpté ou encore de matières précieuses et sa dimension ornementale est liée directement à sa fonction cultuelle, c’est-à-dire mettre en exergue la présence divine. Le rôle de l’image comme source d’enseignement en constitue alors un fondement.

Elément central de la piété médiévale, le retable a fait l’objet d’investissements esthétiques et artistiques considérables et, à la Renaissance, sa composition a pris la forme d’une véritable architecture.

Il connait son apogée notamment dans nos églises des Flandres grâce au « Concile de trente » (1542-1563) de l’église catholique romaine qui s’est tenu afin de contrer le développement de la Réforme protestante amorcée par Luther. Ce Concile a alors placé le retable au centre du dispositif liturgique.

La révolution française de 1 789 a mis un coup d’arrêt aux retables et les églises construites après cette date n’en possèdent plus.

Avec le Concile Vatican II (1962-1965), l’aménagement liturgique est redéfini et le prêtre doit désormais célébrer la messe face aux fidèles. L’utilisation des retables devient alors obsolète. Ils disparaissent parfois de l’environnement sacré par des actes de vandalisme.

Néanmoins, ces retables sont encore des pièces maîtresses du riche mobilier de nos églises et quasiment aucune région Française ne rivalise par la qualité et la densité de nos œuvres d’art.

Depuis quelques années, la place du retable dans le décor religieux se développe à nouveau et les retables des Flandres, dans nos églises du milieu rural, un temps négligés, font l’objet de campagnes de restauration soignées.

La plupart des retables des Flandres figurent ainsi au patrimoine des Monuments historiques

Cette visite nous a été commentée par notre guide, Madame Faes vraiment passionnante. Elle débute par :

Herzeele.      Eglise Notre Dame de l’Assomption

Elle est placée dans un enclos paroissial entourée de maisons et du cimetière. Construite en briques blondes au XVII ème siècle, c’est une église de type hallekerque, (un style typique des Flandres) constituée de 3 nefs accolées. Il faut remarquer l’exceptionnel mobilier, en particulier les confessionnaux, les stalles, le banc de communion, l’un des plus beaux de Flandres et le buffet d’orgue. Elle abrite par ailleurs 3 retables classés Monuments historiques depuis 1 980.

D ’une richesse iconographique exceptionnelle : le retable central en bois polychrome de 1 741 dédié à Notre Dame, le retable nord, de 1 738 dédié au Sacré Cœur, et le retable sud de 1 739, dédié à Saint Antoine. La chaire, remarquable, date de 1 765. La cuve repose sur la statue de Saint Joseph portant l’Enfant. Elle est ornée de bas reliefs séparés par

des angelots.

On y invoque Saint Antoine de Padoue contre la fièvre et les tentations.

Oudezeele.      Eglise Saint Jean-Baptiste

Le suffixe « zeele » signifie « la maison du Seigneur »

Au XIIème siècle, le comte de Flandre offrit les 2/3 du village à l’abbaye de Bergues, puis en 1 458, les moines guillelmites de l’ordre de Saint Guillaume occupèrent les lieux. L’église est construite en briques rouges, mais la maçonnerie présente un emploi conséquent de grès ferrugineux. Elle a été restaurée après un incendie en 1 727.

Elle possède 4 autels à retables classés aux Monuments historiques :

Le retable de Sainte Anne dont le tableau d’autel représente la famille terrestre et la famille céleste de Jésus et le retable de la vierge où le tableau d’autel représente le couronnement de Marie. A noter, une petite statue de la vierge de Pontmain apparue en 1871 pendant la guerre contre la Prusse.

Sur le vitrail patriotique attenant, (rare) cette vierge est représentée au sein d’une scène évoquant la guerre 14-18. Deux retables de pilier sont dédiés à Saint Joseph et au « Christ au lien ».La table de communion en bois sculpté de 1 780 comporte des symboles eucharistiques et des armoiries de la famille Frohad de Lamette (donatrice). 15 tableaux représentent les mystères du rosaire (5 mystères joyeux, 5 mystères douloureux, 5 mystères glorieux).

Après une pause déjeuner sympathique dans un typique estaminet d’Esquelbecq, « village du livre » nous sommes repartis vers : Zegerscappel

Qui Signifie « chapelle des Victorieux » et qui possède un riche patrimoine religieux.

L’église SaintOmer est inscrite au titre des Monuments Historiques depuis 2006.

C’est l’une des plus remarquables en Flandre. Sa tour est en pierres blanches calcaires et les murs sont constitués de grès ferrugineux et de briques.

L’édifice date du temps de Clovis. Détruit par les Gueux, il a été reconstruit plusieurs fois et finalement entièrement reconstruit en 1614, date que l’on peut lire à l’extérieur sur la nef nord.

Sa forme « hallekerque » comporte deux grandes nefs parallèles de dimensions à peu près égales. La troisième nef n’a pas été construite, par manque de finances, semble-t-il.

L’église est entourée du cimetière que la langue flamande

appelle du nom poétique de “kerhof” c’est à dire jardin de l’église… Sur les pignons, on trouve des dessins en briques plus foncées incrustées dans la maçonnerie. On parle assez souvent de runes qui comportent les marques des maçons.

Comme treize autres églises de Flandre, celle de Zegerscappel est dédiée à Saint Omer

Audomar (Omer) est né près du lac de Constance aux environs de l’an 600. Le roi Dagobert 1er le nomma évêque de Noyon-Tournai (627-640), puis évêque de Thérouanne. Il meurt aveugle en 670 à Wavrans-sur-l’Aa (62). Il est fêté le 9 septembre.

Dès que nous avons passé le hall d’entrée, nous avons pu admirer la tribune et le buffet d’orgue composé d’anciennes boiseries Renaissance Flamande du XVIIème siècle. L’instrument date de la fin du XVIIIème siècle Au centre de la tribune, la statue en bois de Sainte Cécile, patronne des musiciens est entourée de 5 anges musiciens.

Le retable nord est dédié à la vierge au manteau d’or, celui du sud est dédié au Sacré Cœur après l’avoir été à Saint Nicolas. La table de communion de 27 mètres de long est particulièrement remarquable avec ses bustes d’anges adorateurs.

Un très joli triptique de 1618 représente la pré-annonciation avec les donateurs figurant sur les panneaux latéraux. La chaire de vérité ainsi que sa rampe et les confessionnaux datent de 1 723 et sont merveilleusement sculptés.

A noter, un meuble assez rare de la confrérie du Saint Sacrement datant de 1 770 qui peut recevoir les noms de ses membres (600 cases). Enfin, on peut remarquer 2 vitraux :

Le premier comprend 3 lancettes : la 1ère représente Saint François d’Assise qui institue les tiers ordres masculin et féminin, la 2èmeSaint François qui reçoit les stigmates et la 3ème où l’on voit Saint Bonaventure qui protège l’église de Zegerscappel.

Le second où l’on voit Saint Gilles protégeant la biche poursuivie par des chasseurs. C’est lui qui arrête la flèche de la main.

Il s’agit là d’une verrière exceptionnelle par l’originalité de son décor et l’intensité de ses couleurs.

Nous avons terminé cette journée, déjà bien remplie, par la visite de « l’Atelier des GIGOTTOS » et nous y avons retrouvé notre âme d’enfant.

Cet atelier de création d’automates surprenants et rigolos contient une belle collection de personnages tous créés sur place par Bruno Dehondt, le propriétaire des lieux passionné et passionnant.

  • Ciboulette la biquette qui chante, conte et déambule. Emmanuelle David a même procédé à la traite de Ciboulette qui lui a donné du bon lait frais.
  • Félicifelle la Géante articulée qui se balade, danse du ventre et nettoie les vitres du 1er étage,

– Monsieur le curé qui a confessé Patrick Isaert.

– Rigobert le peintre caricaturiste, plutôt barbouilleur

– La Fanfare des Gigottos qui a déjà déambulé dans les carnavals parmi les plus prestigieux (Nice, Barcelone, Paris …).

– Ou encore le cireur de chaussures, le jongleur, le ronfleur, le renard conteur de fables Célestine qui tricote et bien d’autres personnages stupéfiants !

Un beau moment de détente, de bonheur et d’amitié