Après Picasso, Braque et Miro, c’est sur Fernand Léger « peintre humaniste » que Marie Castelain a attiré notre regard en cette belle matinée d’automne chez Christine Astruc.

Fernand Léger naît à Argentan en 1881. Fils unique, il n’a que quatre ans  quand meurt son père. Sa mère douce et attentive souhaite lui donner le meilleur mais Fernand est un mauvais élève, un chahuteur plus enclin à caricaturer ses maîtres et ses amis qu’à étudier sérieusement. Avisée, sa mère le place comme apprenti chez un architecte. Vers 1900, Fernand Léger s’installe à Paris,  échoue au concours d’entrée à l’Ecole des Beaux Arts mais suit les cours de Jean-Léon Gérôme et enfin réussit le concours des Arts Décoratifs. C’est la promesse d’une autre vie.

            De ses premières œuvres il ne reste presque rien. L’artiste les a détruites les estimant sans doute trop sentimentales et ne correspondant pas à la modernité qu’il voulait interpréter. Citons néanmoins Le Jardin de ma mère (1905) ou Gamins au soleil (1907). Un séjour en Corse l’hiver 1907-1908 – en raison de sa santé fragile –  lui fait  découvrir la lumière du midi. Ses peintures changent radicalement. En témoigne « Le compotier », œuvre déjà déconstruite et « La couseuse » aux formes géométriques, aux traits durs et sans douceur de sa mère.

Sa production, à partir de ce moment, évoque des mannequins, des robots. L’Homme devient pour lui une sorte d’objet. Pour transcrire le dynamisme de son époque, il développe une peinture basée sur les contrastes de formes et de couleurs.   Ces années 1907-1914 sont décisives : installé à la Ruche dans l’effervescence artistique de Montparnasse, il se lie d’amitié avec Robert Delaunay, Marc Chagall, Blaise Cendrars … En 1913, le marchand Daniel-Henry Kahnweiler lui propose un contrat d’exclusivité.

            Son départ pour la guerre en août 1914 marque une rupture brutale. Au front, Léger dessine sur des supports de fortune, avant d’être hospitalisé – il a été gazé –  puis réformé en 1917.  L’expérience de la guerre et la rencontre avec des hommes très différents de ceux qu’il fréquente habituellement lui font découvrir une vraie fraternité humaine.  A son retour le thème de la ville et de la machine et des ses rouages  – qui tout à la fois entrainent et broient – devient prépondérant. Une peinture « tubiste » comme il la  nomme. Parmi ses tableaux les plus connus citons « Le mécanicien » (1918) conservé au Musée d’Art moderne de Villeneuve d’Ascq.

Dans les années 20, Fernand Léger  s’ouvre à d’autres champs de création : la littérature,  l’architecture avec Le Corbusier… Fasciné par le cinéma, Léger travaille avec les réalisateurs Abel Gance et Marcel L’Herbier. (ci-dessous : « La Lecture » 1924)

            Au début de la seconde guerre, l’artiste s’installe à New York, « le plus formidable spectacle du monde ». Sa technique évolue. Il invente le principe de la couleur en dehors, par lequel il dissocie couleurs et formes. La guerre finie,  Fernand Léger adhère au parti communiste français et rentre en France. Il se lance alors  dans de nombreux projets monumentaux, pour des commandes d’art sacré (chapelle d’Assy, église du Sacré-Cœur d’Audincourt…). Ses peintures comme « La Grande Parade » et « La Partie de campagne » (ci-dessous) évoquent le monde des loisirs et les progrès sociaux.

            Fernand Léger meurt le 17 août 1955 à Gif‑sur-Yvette. En 1960, Nadia Léger, sa veuve, et Georges Bauquier, son assistant, inaugurent le musée national Fernand Léger, sur le terrain acheté par l’artiste, juste avant sa mort, au pied du village de Biot.

            La collection présentée au Musée national Fernand Léger rassemble près de 350 œuvres de l’artiste.

Ecoutons ce magnifique message que l’artiste nous a livré :

« Le Beau est partout, dans l’ordre de vos casseroles, sur le mur blanc de votre cuisine, plus peut-être que dans votre salon XVIIIe ou dans les musées officiels. Il est partout autour de nous, il fourmille, mais « il faut le voir », l’isoler, l’encadrer par l’objectif. »

Marie-Laure Cortot