Nicolas de Staël (Saint Pétersbourg 1913 -Antibes 1955) par Marie Castelain, historienne de l’Art

« Une illumination sans précédent »


Nicolas de Stael est né à Saint-Pétersbourg dans une famille aristocratique. Son père était un proche du Tsar. En 1922, il devient orphelin et les 3 enfants : Marina, Nicolas et Olga sont pris en charge par leur tutrice « Nia Nia » mais sa vie mondaine ne lui permet pas d’assurer l’éducation des enfants.
La famille Fricero, qui habite Bruxelles, va les recueillir et les élever comme ses propres enfants. Nicolas entre à l’école des Beaux Arts de Bruxelles et se prend de passion pour Rembrandt et Vermeer.

A 19 ans il parcourt à vélo le sud de la France, l’Espagne et le Maroc où il rencontre Jeannine Guillou, elle-même peintre déjà confirmé et mère d’un petit Anton. (Portrait de Jeannine 1941-1942)

L’année suivante ils entreprennent un long voyage en Algérie puis en Italie. En 1939, Nicolas s’engage dans la Légion étrangère. Démobilisé deux ans plus tard, il s’installe à Nice avec Jeannine, et trouve un atelier.
C’est à cette époque que naît sa fille Anne en 1942. De retour à Paris, il expose dans la galerie de Jeanne Bucher à Montparnasse qui est le temple de l’avant garde artistique.
Elle l’expose aux côtés de Kandinsky, César Domela. Il se lie à Lanskoy, Braque. Il peint de façon acharnée. Ses toiles, très largement travaillées, sont recouvertes d’une matière épaisse constituée par des retouches très fortes au couteau.
En 1946, Jeannine meurt. La faim, les privations ont eu raison de sa santé fragile. Nicolas, désemparé, s’isole.

En 1949, son ciel s’éclaircit enfin. Il rencontre et épouse Françoise Chapouton avec qui il aura trois enfants : Laurence, Jérôme et Gustave. Elle lui redonne l’envie de peindre sans relâche mais Nicolas, très exigeant avec lui-même, jette beaucoup de ses œuvres qu’il juge mauvaises.
Pourtant à cette époque le succès commence à venir ; il expose à Paris, Londres, New York et s’oriente vers une peinture nettement figurative, plus vibrante aussi.

En 1952, au paroxysme de la lumière, il peint “Les footballeurs” après avoir assisté avec sa femme au match de football France-Suède en nocturne au Parc des Princes ; “Les mâts” , cette toile où il saisit la lumière d’Antibes à son point d’aveuglement. Il se lie d’une amitié profonde avec le poète René Char. En 1953, il rencontre Jeanne Polge, la muse du poète. Nicolas en tombe éperdument amoureux. Avec Françoise et les enfants, avec Jeanne cette femme qui l’attire, ils entreprennent en camionnette un inimaginable voyage en Sicile. Sa peinture explose, se libère de toutes ses angoisses.
Mais Jeanne ne voudra pas donner suite à leur histoire. Nicolas, écartelé, désespéré peint sans discontinuer.
“Le concert (4mx6m)” sera sa dernière toile ; elle fait référence au concert Schonberg/Webern auquel il a assisté à Paris. Elle restera inachevée.


En 1955, il dira « Je suis perdu, peut être ai- je assez peint ».
Dans la nuit du 15 au 16 mars 1955, Nicolas de Staêl se suicide en se jetant par la fenêtre de son atelier d’Antibes. Chaque tableau – il nous en laisse plus de 1000 – est d’une intensité unique et c’est dans un élan de création qu’il mettra un terme à sa vie.