Au début du XVII e s. les terrains marécageux sur lesquels le Palais Bourbon et l’hôtel de Lassay ont été construits sont à peine occupés par “des chantiers pour des bois à brûler” et “quelques maisons mal bâties”.
La Cour vient de lâcher Versailles et s’est installée aux Tuileries. On cherche alors à acheter et agrandir dans les faubourgs champêtres de la Capitale pour y bâtir grand et noble tout en restant le plus près possible de Paris.
C’est ainsi que le Marquis Léon de Madaillan de Lesparre, Comte de Lassay, amant de la fille légitimée de Louis XIV, Louise-Françoise de Bourbon, fait acheter à celle-ci des terrains en bord de Seine. Grâce à ses actions florissantes du Mississipi, il y fait construire, avec elle, deux palais jumeaux qui symboliseront le lien qui les unit.

L’architecte Giardini conçoit les plans “à l’italienne” en vogue à l’aube du règne de Louis XV, relayé par Jean Aubert et Lassurance. Respectant le rang de ses commanditaires, il fait construire un palais luxueux pour la Duchesse et un édifice plus modeste et plus sobre pour le Marquis.

Le Prince de Condé, petit-fils de la Duchesse, rachètera l’hôtel de Lassay, mais il en sera expulsé lors de la Révolution, en 1791. Les lieux (Bourbon et Lassay) seront occupés par le Corps Législatif et le président de la Nouvelle Assemblée, puis restitués, en 1814, au Prince qui louera le Palais Bourbon à l’Etat, et logera dans l’hôtel de Lassay.

Par la suite, l’Etat rachètera l’ensemble, en 1848,. Les locaux seront transformés en hôpital en 1870, occupés en 1939-45, puis restaurés en 1998-99 dans leur état actuel.

Seul le rez-de-chaussée peut être visité dans l’hôtel (étage réservé au président de l’Assemblée Nationale) et les décors datent surtout du début du XIX e s. peints par Heim. Ainsi nous parcourons le Salon des Eléments et Arts du feu, le Salon des Quatre Saisons où nous avons particulièrement admiré une table de l’Ecole Boule, le Salon de la Musique, le Salon de Réception, la Salle à manger où le couvert venait d’être dressé pour un repas officiel, avec verrerie de Saint-Louis, argenterie et porcelaine de Sèvres. Un décor floral d’orchidée assorti aux couleurs des pays reçus complète souvent cet ensemble raffiné. Les lustres sont en cristal de Bohème et les tapisseries de laine, soie et fils d’or, nous renseignent sur l’histoire du XIX e (conquête de la Louisiane, exploitation sucrière). Certains nous rappellent le goût de l’époque pour la philosophie et l’Antique : Platon, Socrate, Alexandre le Grand, Michel-Ange, Pythagore, Euclide, etc.. figurent parmi les 58 personnages d’une superbe tapisserie inspirée de l’Exode de Raphaël. Notons la présence d’un magnifique tapis de La Savonnerie.
La peinture contemporaine est présente dans les peintures d’Alechinsky qui s’intègrent bien dans les panneaux et boiseries malgré leur modernisme.

Notre après-midi est consacré, dans la Cité de l’Architecture et du Patrimoine (Palais de Chaillot), à la visite d’une exposition présentant l’œuvre d’un architecte et ornemaniste méconnu, du XVI e Jacques Androuët du Cerceau. Cette dernière est considérable et d’une importance capitale pour son époque. Plus d’un millier de gravures représentant à la fois des bâtiments réels (mais on ignore s’il les a faits réaliser) et des édifices imaginaires, avec une passion pour la perspective et une volonté de se démarquer du style italien (modèle à la française“). Elles révèlent l’intérrêt pour l’architecture au XVI e (François 1 e , Catherine de Médicis, Henri II …)
Androuët du Cerceau sera même très novateur en imaginant monuments, palais et habitations “modulaires”, à partir d’un élément de base qu’il démultiplie à l’infini, et il utilisera en perspective des vues plongeantes, nouvelles dans les représentations de l’époque.

Sa descendance directe perpétuera la notoriété de son nom jusqu’à la fin du XVII e s.

Oublié par la suite, il est réhabilité par cette superbe exposition qui met en valeur son œuvre multiple et féconde aussi bien dans le domaine de l’architecture que de la gravure et de l’ornementation.