Le parcours proposé par notre guide, du Jardin de Ville au temple protestant construit en 1866, en passant par les places de Gordes et de la Cimaise, fut une longue promenade dans l’Histoire du Dauphiné : l’occasion de voir le rôle très important qu’il joua dans le développement et la vie de la religion réformée.
De fait, dès 1170, un marchand lyonnais, Pierre Valdès ou Valdo, conteste certains aspects de la religion catholique, ce qui lui vaut d’être excommunié.
Cependant, ses positions font des émules, connus sous le nom de Vaudois. Nombre d’entre eux, persécutés, se réfugient dans les hautes vallées alpines.
Ces idées vont se développer pendant plus de trois siècles, là où la vie est vraiment difficile, là où circulent les fameux colporteurs, qui véhiculent aussi les idées. De même avec l imprimerie, des bibles deviennent un peu plus accessibles. C’est l’ensemble de ces éléments qui permettent à Luther, en 1517, de s’insurger fermement contre le trafic des indulgences, les décisions du pape, le culte de la Vierge et des Saints, ce qui permet la diffusion des idées réformatrices, dans les Alpes, en Suisse et en Allemagne.
Au début de son règne en 1515, François 1er est plutôt favorable à ces nouvelles idées, mais ensuite des enjeux de pouvoir le conduisent à une politique beaucoup plus sévère à l’égard des Huguenots. Ce durcissement se prolonge lors de 8 guerres de religion de 1562 à 1598, date de promulgation de l’Edit de Nantes par Henri IV. Au cours de ce siècle bien mouvementé émergent quatre chefs militaires protestants célèbres dans la région.
Le Baron des Adrets, tristement renommé pour ses saccages et ses massacres, surnommé « le boucher »
Charles du Puy –Montbrun combattit à ses côtés.
François de Bonne, duc de Lesdiguières, compagnon d’Henri IV, finit par se convertir lui aussi au catholicisme ; excellent gestionnaire, constructeur, administrateur et stratège, il a laissé de nombreuses traces encore bien visibles dans la ville.
Enfin le baron de Gordes, lieutenant général fit preuve de tolérance à l égard des protestants du Dauphiné. C’est en partie grâce à lui que le Dauphiné fut relativement épargné et que les Protestants purent développer une communauté assez importante, entre l Ardèche, le Diois, la Drôme , le Trièves, l’Oisans, la Matheysine, les hautes vallées des Alpes et le Piémont. 
A partir de 1661, date d’arrivée au pouvoir de Louis XIV, la liberté de culte promue par l’Edit de Nantes se restreint et la situation s’aggrave en 1685 lors de la révocation de cet Edit. Aussi, pendant presque un demi-siècle, de nombreux Protestants s’exilent vers la Suisse et l’Allemagne en traversant les Alpes, empruntant un chemin, reconstitué sous la forme des 1600 km du GR 965.
Ces persécutions prennent entre autres la forme des ‘dragonnades’ où des Protestants étaient obligés d’accueillir les dragons du roi, qui ensuite les massacraient et détruisaient leurs maisons.
Les plans les plus anciens montrent l’emplacement d’un premier temple, au XVIème siècle, à l extérieur de l’enceinte de Lesdiguières, dont la rue du Vieux Temple évoque le souvenir. En 1866 le temple actuel fut construit dans un style néo-roman, en ciment moulé, avec la sobriété adaptée aux convictions religieuses. Sylviane Spindler, membre actif de la communauté nous y accueillit et nous donna de nombreuses explications sur l Eglise Réformée, son culte, son organisation. Au cours de cet échange, aussi instructif que chaleureux, elle nous parla de l’orgue, récemment restauré, qui accompagne les nombreux psaumes chantés, lors des offices.
Pendant la guerre, des communautés protestantes se manifestèrent lors d’actions de résistance : écrits contre le nazisme dès 1939, établissement d’un camp à Tréminis, ou actions de protection de jeunes filles juives par Eva Pages à la villa ‘Brise des Neiges’ de La Tronche.
Ce parcours passionnant nous a offert un nouveau regard sur l’histoire et le rôle particulier du Dauphiné dans la vie du protestantisme.
07.10.2021 – L B