17/12 : C’est en faisant, en Auvergne, des recherches généalogiques sur les origines de sa famille, que notre conférencier, Jean-Louis Marsset, découvre, dans les archives des “Indépendants d’Auvergne”, des courriers concernant un personnage féminin hors du commun : Marguerite-Angélique le Boursier. Née en 1712, avec un caractère bien trempé, cette dernière était ce qu’on appelait au début du XVIII e s. une “matrone” ou “accoucheuse”. Le métier, exclusivement féminin, procurait à ces anciennes sages-femmes un rôle médical, social et religieux extrêmement importants dans la société et, de ce fait, concurrençait le corps médical masculin de l’époque.

Aucun diplôme n’était nécessaire pour l’exercer. Le savoir et l’expérience se transmettaient, plus ou moins, bien d’une accoucheuse à l’autre (d’où une mortalité importante à la naissance). Mais au XVIII e on devient plus exigeant avec une enquête sur la vie de la future sage-femme, une obligation de suivre un enseignement et la délivrance d’une autorisation royale d’exercer.

De mauvaises conditions de vie dues à des épidémies, une baisse des récoltes et de grandes famines provoquent une baisse importante de la population. Il faut donc “repeupler” et, entre autres mesures, améliorer la qualité des accouchements afin de diminuer le taux de mortalité à la naissance. Angélique du Coudray sera très engagée dans ce combat.

Moderne et pédagogique, avec l’autorisation de louis XV, puis de Louis XVI, elle concevra une “machine” de démonstration en toile et peau, rembourrée de coton. L’appareil représente la partie inférieure du corps d’une femme et une poupée (2 pour des jumeaux), de la taille d’un nouveau-né, est rattachée à ce denier par un cordon ombilical en tissu…

Munie de son brevet royal, Marguerite-Angélique, qui est devenue “du Coudray”, sillonnera pendant 25 ans le Royaume de France pour faire ses démonstrations et former plusieurs milliers de sages-femmes, avec l’appui des intendants dans chaque province.

Progressivement, des chirurgiens lui feront confiance et viendront bénéficier également de son enseignement.

On peut relever, dans les Archives, son passage à Caen (ville très insalubre à l’époque avec beaucoup de mortalité) où elle fut soutenue dans son action par l’intendant de Fontette qui commanda 14 copies de sa “machine”.
Chacune d’elles rapportait 100 livres à notre accoucheuse qui n’oubliera pas d’être une femme d’affaires en vendant mannequins et manuels à chacun de ses stages.

Au XVIII e le mouvement en faveur des naissances devint quasiment général mais un décret de 1782 supprima le diplôme de sage-femme pour en laisser l’exclusivité aux “chirurgiens” ce qui n’est, heureusement, plus le cas aujourd’hui.