L’expression “Musique Baroque” a surtout une résonnance européenne mais, en réalité, celle-ci a été implantée également en Amérique latine au XVIe s. (elle est même exportée jusque vers la Chine !) et notre conférencière qui est une musicologue passionnée, nous montre, avec audition de morceaux sélectionnés, comment une nouvelle Musique Broque est née à partir du mélange des cultures indiennes (aztèques péruviennes, boliviennes, etc.), espagnoles et portugaises.

Grâce à l’acharnement de quelques musiciens, tel Gabriel Garrido, de vieux manuscrits, retrouvés souvent très abimés, ont été restaurés et reconstitués et, depuis une dizaine d’années, des concerts ont lieu avec des groupes hybrides constitués d’artistes d’Amérique du Sud et d’Europe.

Cette musique baroque fut introduite après la conquête espagnole, au XVIe s. par les missionnaires Franciscains puis les Dominicains et les Jésuites, dans un but très précis : celui de convertir pacifiquement les populations indigènes au catholicisme. Mais, parallèlement, le Gouvernement espagnol assure sa mainmise sur les terres et les biens de ces indiens d’Amérique du Sud.
La politique espagnole était habile, car ces peuples indiens étaient très sensibles à la musique et au chant qu’ils pratiquaient déjà dans des rituels et des fêtes. Un système original fut institué pour propager la musique baroque et assurer les conversions : celui du regroupement (jusqu’à 150 000 personnes) de ces diverses tribus dans des “Réductions”. Ce sont des missions catholiques construites et gérées par les missionnaires (en particulier les Jésuites), sortes de phalanstères utopiques où les Indiens en échange du don de leurs biens, trouvent la sécurité, la protection et l’accès à la “civilisation” à l’européenne. Ils s’initient à la musique baroque avec les instruments apportés d’Espagne mais on leur permet de garder les leurs ; ainsi naît une musique originale qui disparaîtra avec la fin des missions au XVIIIe s.
Elle sera toujours associées à la danse et à la célébration religieuse et elle intégrera parfaitement le populaire et le sacré : on retrouvera à la Cathédrale de Mexico des œuvres remarquables de Garcia de Zéspedes ou Gaspar Fernandez.

Cet historique de la musique baroque en Amérique du Sud nous renvoie plusieurs fois à celle de la Normandie :
-un certain M. Dupont, facteur d’orgues à Caen, est allé restaurer deux orgues au Pérou.
-au Festival des Heures Musicales de Lessay on joue des musiques anciennes et baroques dans l’Abbatiale.
-un ensemble de musiciens de Caen est parti se produire, en août dernier, en Bolivie.
-notre conférencière (lycéenne) Claude-Mathilde Monet, organise des échanges entre ces pays et des musicologues européens.
-l’Argentin Gabriel Garrido fut invité au festival de Lessay.

Nous terminons la conférence avec l’audition de la “Fiesta Criola” qui nous séduit toutes. Merci à C-M. Monet pour cette présentation originale. M-F. J.