LES ARTS DE LA TABLE à travers les oeuvres du musée de peinture de Grenoble

C’est par la peinture religieuse du XVIIème que notre guide nous invite à aborder « Les Arts de la Table », notre thème du jour, avec plus particulièrement Bernardo Strozzi, Matthias Stomer et Laurent de La Hyre qui ont traité chacun à leur manière « le Christ à Emaüs. »
Si Strozzi et Stomer dramatisent leur composition par des accents caravagesques (pénombre et l’introduction d’une chandelle), La Hyre adopte une composition plus géométrique aux teintes douces et claires.
Dans les trois tableaux la table reste dépouillée, seul le sujet traité est mis en avant. Mais la symbolique est bien présente : les plis de la nappe chez La Hyre dessinent la croix du Christ, serviette pliée chez Stomer, symbole du linceul du Christ, le pot de sel sur la table chez La Hyre, fait référence au message du Christ « Soyez le sel de la terre ». En figurant ce pot, le peintre veut qu’il soit également le témoignage d’une époque où le sel commence à faire son apparition sur la table. Jusque-là, denrée rare il était utilisé de façon parcimonieuse.

Comme dans les peintures religieuses du XVII siècle, la table dans les scènes de genre ou peintures de genre de cette même époque, n’apparait que pour la composition du tableau.
Dans le contexte protestant et bourgeois de la Hollande du XVII siècle, il n’est pas rare qu’une intention moralisante colore une scène de la vie familière. Dans son tableau « Partie de cartes », David Téniers met en garde contre les vices tel que le tabac, le vin, la débauche qui annoncent que tout cela n’est que vanité, la fin est proche.
Toujours au 17esiècle, l’art de la table est magnifié dans les natures mortes, les Stilleven ( les endormies en néerlandais). La table hollandaise devient le symbole de l’accession à la richesse d’une certaine bourgeoisie. Ces tableaux veulent être le reflet des valeurs sociales
et culturelles de l’époque.

Dans les quatre natures mortes de Osias Beert, la porcelaine chinoise, le coquetier tripode, les bouquets de tulipes témoignent de la richesse des intérieurs présents. Cependant, d’autres éléments donnent une portée morale à ces représentations : fruits rouges symbole
de la passion du christ, libellule celui du renouveau…mais tout est vanité, le luxe est éphémère, la vérité est ailleurs (mouche, pétales de fleurs tombés) .
Ce n’est qu’au 18esiècle que les peintres mettent en scène les riches familles bourgeoises autour d’une table richement apprêtée. Dans le tableau de Pierre Cogell, la richesse de ce riche négociant est mise en évidence par les meubles crées spécialement pour la collation, la présence sur la table du café, du thé, du chocolat, denrées encore très rares à l’époque, sont servies dans de belles tasses avec anses, en porcelaine de Sèvres.
Comme dans les scènes de genre et les natures mortes du 17e siècle, dans les peintures du 18e siècle, la présence de la céramique, de la porcelaine, de la coutellerie, de la verrerie, expriment les innovations, les goûts et les moeurs des époques qui les ont vu vivre.
Dans la peinture contemporaine, la table peut faire partie intégrante du tableau. Dans « Intérieur aux aubergines », la table de Matisse se confond dans la représentation de la collection personnelle de l’artiste de ses tissus, de sa vaisselle et de ses tableaux. Chez les Cubistes, la symbolique des objets représentés sur la table est très présente.

Ozenfant « Bouteille, pipe et livres » avec la pipe et les livres, symboles de la vanité des biens dans ce monde ou « La main de l’artiste » avec la serviette pliée, linceul du Christ.
Georgette Agutte : « Nature morte aux pastèques, vases et tapis » s’inspire du 17e siècle en utilisant un tapis d’orient comme nappe.
Dans « Nature morte dite de fiançailles » Henri Fantin-Latour met en scène une composition de fleurs, verre de vin compotier de fraises (les vanités). Cette oeuvre à l’harmonie colorée fut offerte par le peintre à Victoria Dubourg le jour de leurs fiançailles.
La visite se termine par la découverte des tables-tableaux des nouveaux réalistes avec les « Vestiges d’un repas achevé » où le peintre met en évidence le côté éphémère du repas tout en apportant une critique sur la surconsommation d’aujourd’hui.

QUELQUES EXEMPLES DE SYMBOLES EN PEINTURE CITES PAR NOTRE GUIDE :
Cerises, framboises : paradis, sang du Christ
Noix : chair tendre de Jésus (intérieur) sur le
bois de la croix ( coquille)
Papillon : âme, résurrection, espérance
Vanité des biens de ce monde : livres, verres à vin, vin, cartes à jouer, pipe, tulipes
Sagesse : chien
Serviette pliée : linceul du Christ
Fragilité de la vie : fleurs fanées, chenille, papillon
Corruption : mouche, rebord de coupelle ébréchée, pétales fanées
Cygne : pureté
Paon : orgueil

M.A. 29 – 11 – 2021