ETRE ENFANT A ROME DANS L’ANTIQUITE

Par Philippe Maupatet

La société romaine, comme la plupart des civilisations anciennes, est organisée en classes d’âge, qui sont au cœur du fonctionnement de la cité et qui conduisent le jeune Romain à parcourir un certain nombre d’étapes avant de pouvoir exercer son métier de citoyen. Cette répartition en classes d’âge, au lieu de faire de la vie humaine, inscrite dans le temps, un flux continu, la fait apparaître comme une succession d’états bien distincts, dont les rites assurent les transitions (Néraudau 1940 – 1998).

l’enfant romain ne pourra accéder à l’humanité et à la culture qu’avec l’aide d’éducateurs – la nourrice, le père de famille, le maître d’école – qui vont à la fois par un façonnage du corps et du caractère et par un enseignement par l’exemple contribuer à faire de lui un homme libre et un parfait citoyen. Dans ce long apprentissage, l’écriture, la lecture et la mémorisation des grands textes jouent un rôle central.

Les différents âges sous l’Empire :

La naissance (infentia) jusqu’à 7ans. A l’enfance (pueritia 7- 17 ans) succède l’âge adulte (adulescentia 17 -30 ans), puis Inventia (30 – 46 ans) et enfin la vieillesse (senectus) plus de 46 ans;

Ce découpage correspond à la façon dont les romains perçoivent le temps de la vie

Infantia : c’est le temps où l’enfant ne parle pas, il est privé du logos.

Les jumeaux sont un signe de la faveur des dieux, contrairement au triplet qui rompent l’ordre naturel des femmes qui n’ont que deux seins et pas trois.

L’enfant n’est pas reconnu in vitro. Il n’est que le prolongement des entrailles de la mère.

A la naissance la sage femme prend l’enfant, le dépose à terre pour l’examiner, tester sa vigueur et son intégrité physique. Elle vérifie ses articulations.

S’il présente une malformation, l’enfant est mis à mort immédiatement par étouffement pour éviter la souillure.

S’il est viable, il y a coupure du cordon ombilical avec les doigts mais il n’y a pas d’utilisation d’instruments métalliques.

Lorsque le nouveau-né s’est un peu reposé du choc consécutif à l’accouchement, il faut le prendre dans les bras et procéder à la section du cordon ombilical. Le cordon doit être coupé avec un instrument bien tranchant, afin d’éviter toute contusion : or le fer est bien la matière la plus tranchante qui soit, mais la plupart des femmes qui pratiquent les accouchements adoptent la section au moyen d’un morceau de verre, d’un roseau, d’un tesson ou d’une croûte de pain, ou en serrant fortement le  cordon avec un fil de lin sous prétexte que l’emploi du fer est de mauvais augure au cours du premier âge ;

D’après Soranos :

“La sage-femme, donc, après avoir reçu le nouveau-né, le posera d’abord à terre après avoir regardé si c’est un garçon ou une fille ; elle annoncera le sexe par signes, comme les femmes ont coutume de le faire. Qu’elle se rende compte ensuite si l’enfant vaut ou non la peine qu’on l’élève : elle jugera qu’il est naturellement apte à être élevé d’après la bonne santé de l’accouchée pendant la durée de sa grossesse ; en effet, les maladies -et spécialement celles du corps- lèsent aussi le fœtus et ébranlent les fondements mêmes de la vie en lui. En second lieu, elle notera s’il a été mis au monde au moment convenable, au mieux le neuvième mois, et au plus tôt le septième. Ensuite, elle vérifiera que, posé à terre, le nouveau-né s’est tout de suite mis à vagir avec la vigueur convenable : quand un enfant reste longtemps sans pleurer, ou vagit de façon insolite, on peut soupçonner que son état est dû à quelque circonstance défavorable. Elle s’assurera de la bonne constitution de toutes ses parties, de ses membres et de ses organes des sens, de la libre ouverture des orifices, -oreilles, narines, pharynx, urètre, anus-; les mouvements naturels de chaque partie du corps ne devront être ni paresseux ni trop lâches, les articulations devront fléchir et s’ouvrir, avoir la taille, la conformation et toute la sensibilité désirables … Les signes contraires à ceux qui viennent d’être dits révèlent l’inaptitude

Le père est l’autorité absolue. Il peut refuser ou accepter l’enfant.  

Le refuser pour diverses raisons : difformité, illégitimité, économique, ou éviter qu’il n’y ait trop d’héritiers. Pour ne pas diviser le patrimoine les filles peuvent être refusées.

On évite cependant de tuer un nouveau-né. De fait on l’expose sur des lieux fréquentés dans l’espoir qu’il sera recueilli.

Ceci faisait le fond de commerce des marchands d’esclaves. Ils étaient également récupérés par des proxénètes. On estropie les enfants pour en faire de mendiants dans les rues. Ces pratiques ont été abolies au 4eme siècle.

Les enfants naturels sont récupérés par leur grand-père et ils portent son nom.  Leurs prénoms : Spurious (illégitimes) stercus (fumier)

Mais le plus souvent le père accepte l’enfant. C’est lui qui élève le garçon, c’est un signe de reconnaissance au sein de la famille.

Les filles sont aux soins de la mère.

La grand-mère a alors un chant de bienvenue du nourrisson.

Le bébé n’a pas de nom, il n’est pas encore reconnu. C’est le poupin. C’est l’allumnus, celui qu’on nourrit..

Importance du 1er bain. : celui-ci agrège l’enfant au monde des mortels dans lequel il vient d’arriver.

On le saupoudre de sel, on le frotte ensuite avec des huiles parfumées pour le fortifier.

“// faut aussi exprimer avec les doigts le mucus gluant qui se trouve dans les narines, nettoyer la bouche et les conduits auditifs, instiller aussi de l’huile d’olive dans les yeux … Avec le petit doigt dont on aura rogné l’ongle, on distendra l’anus et on détachera le corpuscule membraneux qui le tapisse souvent, ceci afin de permettre une libre évacuation des excréments. Tout de suite, en tout cas, est expulsé ce qu’on appelle communément le méconium”.

Rome antique - Emmailloter Bébé

Ensuite vient l’emmaillotage, pour le protéger du monde et lui donner une forme esthétique rigidifier les membres : le corps doit être droit, il a des bandelettes, autour des membres. Puis on bourre de laine afin que les membres ne se touchent pas. . On le revêt d’un drap avec un capuchon. Il ressemble ainsi à une momie.

Il reste ainsi durant 40 jours. Puis on le libère progressivement jusqu’à ses deux mois.

On commence par le bras droit, car le gauche est un membre négatif.  Il faut être droitier.

On régule la température de son corps en le baignant dans une eau froide

Alimentation

C’est la mère qui le nourrit, excepté s’il nait au sein d’une couche sociale élevée, dans ce cas, c’est la nourrice qui le nourrit.

Il faut éviter le lait même avant trois jours, le colostrum de la mère peut être une pierre ponce dans l’estomac du bébé. Il est nourrit avec du lait de chèvre ou du miel.

Le sevrage se fait entre 6 mois et 3 ans, le bébé prend alors de la bouillie.

La mortalité infantile est importante : le bébé va subir une deuxième sélection à travers les traitements. Il a 50 % de chances de survie après la 1ère année. Il a moins de 50% avant la puberté.

La Purification

Le jour de la purification, 8 jours pour les filles, 9 jours pour les garçons, il y a rassemblement de toutes les personnes qui ont participé à l’accouchement. On fait des vœux pour la bonne santé du nourrisson.

La naissance sociale de l’enfant se fait après avoir choisi un prénom. Exemple Quintus (le 5 eme), Magnus (le matin)

Les filles portent le nom de famille du père, féminisé.

Il reçoit la bulle : bijou en forme de sphère creuse ; Elle est en or, en bronze ou en cuivre.

Bulla aurea

La bulle a plusieurs significations pour l’enfant:

  1. Il est né libre (les esclaves ne portent pas de bulle)
  2. Eloigner le mauvais œil A l’intérieur de la boule on place un talisman, une amulette la plupart du temps.

Les garçons la retire lorsqu’ils ont 17ans, les filles lors de leurs noces.

La cérémonie se déroule dans un petit temple (le laraire)  c’est un autel ou sorte de petit sanctuaire destiné au culte des Lares, les dieux du foyer.

La nourrice de bonne famille est grecque. (Bilingue) Le nourrisson est élevé avec le latin et le grec. Il a des jouets en bois ou en terre cuite.

Pueritia ( 7 -17 ans)

Le garçon est en vêtu d’une toge prétexte, toge claire ornée d’une bande pourpre, signalant qu’il est de naissance libre. Il est intouchable

Ecole

Parallèlement à un préceptorat privé se développent dans le monde romain des écoles (ludi litterarii)  , calquées sur le modèle grec.

Mais si, très rapidement, elle prend en charge l’alphabétisation de la majorité des enfants romains, l’école romaine, en tant qu’institution, n’eut jamais la place centrale qu’elle détenait en Grèce. « Lieu commun que celui d’une éducation soustraite à la cité, à la loi et remise à la discrétion des pères, pour le plus grand bien de la loi, de la cité » (Thomas 1986 : 229).

L’absence de contrôle étatique exercé sur l’éducation des enfants constitue l’une des spécificités de la culture romaine, fièrement revendiquée par les écrivains latins , et dénoncée par les historiens grecs comme Polybe ou Plutarque : « [Numa] laisse le père libre d’élever ses enfants au gré de ses caprices ou suivant ses besoins, chacun pouvant faire de son fils un laboureur, un charpentier, un forgeron ou un flûtiste ! » (cité par Néraudau 1979 : 174). C’est vrai, la société romaine laisse le père de famille libre d’envoyer ses enfants à l’école, de les confier aux soins d’un pédagogue ou d’en assumer lui-même l’éducation

Sarcophage de Marcus Cornelius Statius : évocation de la vie d'un enfant |  Images d'Art

Le relief du sarcophage de M. Cornelius Statius illustre bien ce rôle du père magister : l’attitude de l’enfant, debout, le bras levé dans un geste oratoire, face à son père, assis, le menton appuyé sur son bras fléchi, un volumen plié dans la main gauche, symbole de la culture et du niveau social du personnage, sont tout à fait caractéristiques des rapports enseignant-enseigné.

La Toge Et Le Glaive: Tu quoque, fili : rituels de l'enfance.

A 17 ans : Investis / vesticeps

C’est la fin de l’enfance, il est socialement décrété adulte .

La nuit précédente, en signe de bon augure, le jeune Romain avait revêtu pour dormir une tunique particulière (tunica recta), la même que celle des vierges pour leur première nuit de noces

Puis, devant le lataire, le garçon dépose la dépose et quitte la bulle.

 « Le jeune Romain qui est maintenant un jeune homme, juvenis, peut être soldat, orateur, amoureux et même prêtre. […] Pour ces jeunes hommes revêtus de la toge virile, le temps du jeu est passé, le temps du sérieux est arrivé. Ils n’imitent plus, ils agissent. Et on attend d’eux, immédiatement, un premier exploit, qui est aussi un présage de ce que sera sa vie d’homme » (Dupont 1994 : 272).

Pour les filles il n’existe aucune cérémonie de passage. pour elle, la date du mariage marque la sortie de l’enfance. Elle peuvent être mariée à 14 ans.

Les croyances de la Rome antique :

Les Grecs comme les Romains pensent qu’après la mort, les âmes descendent aux Enfers, pour y être jugées sur leur vie. Elles doivent donner une pièce de monnaie, « l’obole », au passeur Charon. Cette pièce doit être déposée dans la tombe par la famille du défunt. S’il n’a pas de quoi payer, il erre sur la Styx, la rivière de l’oubli, et revient hanter sous forme de fantôme.

La fête des morts appelée Féralia est célébrée fin février et dure 10 jours. Les Romains faisaient les offrandes telles que des fleurs, des fruits et des graines de sel.

À cette époque, le sel était une monnaie d’échange et un moyen de paiement. Il désignait même la ration de sel attribuée au soldat et a donné le mot salaire. Les Lemuria étaient célébré le 15 mai et duraient 6 jours, elles permettaient aux vivants de conjurer les maléfices des spectres.

Les rites funéraires de la Rome antique

À la fin de la République, le rite le plus pratiqué à Rome et en Italie, était l’incinération dite « crémation ». Les enfants de moins de 7 ans sont, quant à eux, inhumés. Les funérailles se déroulaient en quatre étapes : la cérémonie d’adieu, la toilette, l’exposition du mort et enfin la crémation.

Mais on ne peut incinérer l’enfant avant que les dents ne percent. La crémation est très courante chez les romains. Les jeunes enfants pouvaient être enterrés à proximité des parents.

Le deuil se portait en général pendant un an avec quelques exceptions : 6 mois pour les enfants de moins de 6 ans, 8 pour les parents de sang.

La mort antique

Les cimetières comme nous les connaissons aujourd’hui n’existaient pas chez les Romains. La loi romaine des Douze Tables promulguée vers 451 av. J.-C. interdisait d’ensevelir ou d’incinérer des morts dans les villes pour des raisons sanitaires et religieuses. Les tombes ou nécropoles se situaient en dehors des villes. Le tombeau est avant tout un signe adressé aux vivants, il perpétue le souvenir de leurs actions. Le mausolée est un monument érigé par un personnage de très haut rang.