Le Noir dans tous ses états : Couleur ou non couleur nous demande notre amie Cécile de La Sayette ?

Bien qu’existant dans la nature, sous toutes les formes, depuis le charbon jusqu’à l’encre de la seiche ou la couleur de certains chats, le noir est considéré comme une couleur à part, car il n’existe pas dans le cercle chromatique réalisé à partir des trois primaires et trois secondaires dégradées.

Cependant, c’est un exercice scolaire un peu “magique” pour les élèves en cours d’Arts Plastiques, lorsqu’ils “fabriquent” la couleur noire par mélange subtil des 3 primaires et découvrent qu’elle est, en réalité, la synthèse des autres couleurs.

L’Histoire de l’Art est remplie d’exemples d’utilisation de cette couleur en tant que telle, ou comme nuance mettant les autres en valeur.
Dans l’Egypte Antique le Noir est déjà utilisé dans les fresques et la sculpture (ex. Anutis).

On le retrouve dans les fresques romaines (noir qui tire sur le brun à Pompéi..) puis, plus près de nous, dans les armoiries du Moyen Âge et les représentations religieuses.

Dans notre époque contemporaine beaucoup d’artistes ont utilisé sa puissance de suggestion, tel l’abstrait Pierre Soulages qui barre ses toiles de larges surfaces noires d’où s’échappe, parfois, une lueur d’espoir coloré.

En réalité, comme la plupart des couleurs, le noir est chargé de symboles qui ont évolué selon les époques, les croyances, les religions et notre mode de vie. Il est le mystère, l’inconnu, les ténèbres, mais il est aussi la puissance, la dignité, le pouvoir, qui se concrétisent dans les vêtements professionnels des policiers, avocats, juges, etc…
De façon plus négative, il est aussi la mort, le deuil, la tristesse, le mal, la peur (ex : les “Désastres de la Guerre” de Goya). Il symbolise même l’obscurantisme et l’ignorance. En politique, il est l’anarchie et la révolte (Révolution Russe, drapeau noir des pirates…). Dans la religion, il est la couleur de l’enfer, des méchants, des impies, de la mort. Mais il symbolise aussi la modestie et la noblesse du renoncement dans les habits des moines.

On ne peut pas parler de la couleur noire sans citer le blanc, lui aussi répandu dans la nature. Leur opposition est la plus extrême dans les couleurs et celle-ci est souvent utilisée. Déjà au Moyen Âge, dans la théologie chrétienne, le Bien est en blanc et le Mal en noir. Dans notre publicité contemporaine ses effets psychologiques sont efficaces pour convaincre ou éloigner, vendre ou dissuader, et leur cohabitation/opposition crée des effets optiques intéressants pour les décorateurs et les artistes (ex. Vasarely). Le noir et le blanc se retrouvent aussi dans nos tenues vestimentaires et s’adaptent aux saisons : le noir pour l’hiver, le blanc pour l’été.

L’évolution des sciences, et en particulier, de la chimie, a permis un très grand nombre de procédés de production de la couleur noire, depuis le charbon des cavernes préhistoriques jusqu’aux carbones d’un noir intense utilisés en nanotechnologie.

Il est amusant de rechercher la multitude d’expressions, dans notre langage, qui utilisent le symbolisme du noir : liste noire, humour noir, série noire, regard noir, marché noir, travail au noir, etc …

Une célèbre publicité actuelle, pour un parfum, utilise avec talent le symbole de ”la petite robe noire” pour suggérer le raffinement (robe) la légèreté (petite) et un certain mode de vie jeune et moderne, sans oublier l’élégance et l’insouciance !

En conclusion, on ne peut pas faire abstraction de ces deux couleurs indispensables que sont le noir et le blanc ; mélangés, plus ou moins, aux autres couleurs, elles créent toutes les nuances de notre champ visuel, accentuant ou diminuant les contrastes, éteignant ou éclaircissant les harmonies et, selon ce que nous en faisons, elles reflètent complètement notre culture et nos états d’âme ! M-F. J.