Comment la Tour Perret est-elle encore aujourd’hui le symbole de la modernité de Grenoble ?
Le début du XXème siècle marque un tournant important dans le développement de la ville de Grenoble. Deux lois sont à l’origine de cette transformation. La loi Clémentel en 1917 qui crée des régions économiques et vise à faire de Grenoble la capitale du groupement régional des Alpes et en 1919 la loi Cornudet qui impose aux villes de plus de 10.000 habitants la réalisation d’un plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension.
Fort de cet appui juridique, Paul Mistral, élu maire de Grenoble en 1919, organise l’Exposition Internationale Houille Blanche et tourisme. Elle est dédiée à deux activités au développement croissant depuis les années 1870, l’hydroélectricité et le tourisme, perçues comme les leviers du potentiel économique des Alpes.
La construction d’une tour d’orientation « pour regarder les montagnes » cherche à démontrer la centralité grenobloise dans l’arc alpin et le choix de l’architecte se porte sur Auguste Perret. Au début du XXe siècle, dans un contexte constructif dominé par l’emploi traditionnel de la pierre , du verre ou du métal, Auguste Perret est l’un des premiers à saisir l’intérêt du béton armé, solidité, pérennité dans le temps, possibilité de s’affranchir des murs porteurs grâce à l’utilisation des poteaux, poutres et dalles.
De forme octogonale d’une hauteur de 90 mètres, elle s’ancre dans le sol grâce à 72 pieux de 15 mètres de profondeur. A l’intérieur, le jour filtré par un système de claustras crée des jeux de lumière et « donne de la sensualité au béton». Un ascenseur et un escalier permettent aux visiteurs d’accéder à la plate- forme située à 60 mètres de haut où a été installée, par le Touring club de France , une table d’orientation.
Construite en 9 mois, terminée trois semaines seulement avant l’inauguration de l’exposition, la tour Perret offre une vue sur les trois massifs de montagne et le paysage citadin. L’image d’une cité au cœur des Alpes désormais affranchie de ses remparts s’impose ainsi depuis ce belvédère urbain.
Quelques 100 ans après sa construction, la Tour Perret a besoin d’être restaurée. En effet le béton armé est un matériau solide mais vulnérable.
Le chantier test, ouvert dès l’été 2020 , opéré par le groupement Freyssinet, Comte et Jacquet avec le Groupe Vicat et son laboratoire Sigma Béton, permet d’évaluer, comparer, écarter et retenir les solutions de restauration. Pour cela il a fallu procéder à plusieurs études par des poses de capteurs et d’ inclinomètres, des carottages, par une étude de la carbonatation( oxydation du béton),des échanges avec des scientifiques du monde entier pour bien appréhender la restauration du béton armé ancien, discipline jeune et complexe…
Le chantier test a permis de vérifier la validité des solutions techniques identifiées et de préfigurer le résultat obtenu.
Des choix ont été faits par le comité scientifique en charge de la rénovation de la tour et le chantier de restauration commencera au printemps 2022 pour une durée de deux ans  et un budget prévisionnel avoisinant les huit millions d’euros.
Longue vie à cette centenaire !
M.A. 18 /11/2021