Conférence de Madame Agneta Segol, diplômée des universités d’Uppsala et de Caen. Elle a été professeur de langues à l’Université de Caen.

Cioran a écrit : « On n’habite pas un pays, on habite une langue «
Le plus important pour le traducteur c’est d’être fidèle envers l’auteur et envers le lecteur. On peut définir deux styles de traducteur : Le Sourcier qui cherche à produire un texte fidèle. Le Cibliste qui veut produire du sens, un bon texte ; avant le XVIIe siècle il fallait être le plus fidèle possible en restant proche du latinisme. Aux XVII-XVIIIe siècle, la littérature doit être agréable à lire ; pendant l’époque romantique, il faut être au plus près de la source, par romantisme.
Une traduction est réussie lorsque le traducteur arrive à s’effacer.
Un exemple : What else ? = quoi d’autre ? = sourcier. Bien sûr ! = littéraire

L’objectif est de rendre la couleur de la langue, chaque lecteur projette sa propre personnalité et son expérience – la lisibilité doit être la même – car c’est transposer dans une langue qui n’est pas faite pour lui. Julien Green a essayé de se traduire lui-même : il a eu le sentiment bizarre d’avoir produit un autre texte, d’où l’interchangeabilité des mots.

Ne pas sur-traduire, éviter d’interpréter et de trancher.
Devant un texte Suédois : le lire, puis sentir et écouter le texte (lecture à voix haute), ensuite démonter ce texte pour sentir ce qu’il y a derrière celui-ci, puis essayer de faire la même chose en français en tentant de garder le rythme, la couleur. Ce qu’on pardonne à l’auteur on ne le pardonne pas au traducteur, qui peut perdre sa crédibilité si un mauvais mot a été choisi.

Certains auteurs restent vagues et ambigus pour laisser au lecteur le soin d’imaginer une scène, le traducteur doit laisser ce mystère. Des textes “acceptent” d’être traduits, d’autres beaucoup moins, d’où la difficulté et la possibilité d’une mauvaise traduction. Le traducteur en a conscience mais c’est très difficile de rendre en français un style qui ne convient pas à la traduction.

Les jeux de mots ? La traduction ne leur donne plus leur sens, les supprimer est impossible, alors ils doivent s’intégrer dans le texte.
La différence entre le suédois et le français est la différence entre les langues germaniques et latines. Le français et une langue analytique, le suédois est une langue souple avec laquelle on peut fabriquer d’autres mots mais avec ces mots recomposés, la masse de mots en français augmente de 25%.

Le Suédois est très précis pour décrire l’action et l’état : “il est assis et il lit”. Le Français est très précis pour décrire le temps et l’espace, On ne dit pas la même chose, on ne sent pas la même chose et on ne voit pas la même chose ! ! ! S.B.