On pourrait croire que cette prison n’aurait été construite qu’à une seule fin : servir cette période si péniblement marquante dans nos mémoires que furent les années 1940 / 1945.
Car, construite en 1921, elle ne reçut à son ouverture que quelques étudiants chinois révolutionnaires et fut peu occupée jusqu’en 1939.
De nouveau après 1945, elle ne joua qu’un rôle très restreint, au point qu’on envisagea sérieusement de la raser, le quartier de la Guillotière en pleine expansion cherchant des terrains pour faire de l’immobilier. Sauvée de la destruction par un préfet éclairé et une association convaincante, elle témoigne aujourd’hui de son lourd passé sous l’appellation : Mémorial National de la Prison de Montluc.
“Un mémorial est un lieu de mémoire qui arrête le temps et en porte le poids”

A notre arrivée cet après-midi là, l’Association des rescapés de Montluc leur rendait hommage : brefs discours, salut au drapeau, dépôt de gerbe et Marseillaise, puis des personnes, souvent jeunes, petits-fils, neveux, ont longuement lu ou conté le parcours terrible des membres de leur famille en
ces années de tourmente. Quelle introduction à la visite que nous allions faire !

Mais comment dire les affreuses visions que ces vieux murs ont pu voir ? Comment imaginer l’inimaginable dans l’atrocité ? Entre 1940 et 1945, 10.000 condamnés ont vécu là : Juifs ou résistants, entassés dans une effarante promiscuité ; rien ne leur fut épargné dans l’humiliation, la perte de leur dignité, l’atteinte à leur intimité et, pour la plupart, dans les affres de la torture. Tortures infligées avec un sadisme raffiné, à la demande de l’impitoyable jeune capitaine SS Klaus Barbie. Dans l’application de la « banalité du mal » comme le disait Hannah Arendt pour Adolf Eichmann.

Plus de 7000 détenus, hommes et femmes, moururent : les “sans bagages” aussitôt fusillés, comme ces 109 détenus à quelques jours de la libération, les “avec bagages” déportés par trains entiers vers Auschwitz ; ou sur ce lieu même dans des souffrances qui dépassent l’entendement. De cellule en cellule, nous avons confronté nos regards avec ceux du préfet Jean Moulin, de la résistante Hélène Berthaud, du journaliste André Frossard, de toute la famille Lazar, de Soeur Elise, de Marc Bloch, de la femme de lettre Denyse Clairouin, des 44 enfants d’Izieu, du jeune poète René Laynaud, de
Marie Reynouard, de Raymond Aubrac et de combien d’autres…
Klaus Barbie échappa à la condamnation des grands nazis du procès de Nuremberg.
Réfugié en Amérique centrale, inlassablement pourchassé par les époux Klarsfeld, malgré les protections dont il faisait l’objet il est arrêté en 1983, expulsé vers la France et il passera à son tour quelques jours dans une cellule de Montluc. Jugé en 1987 il fut reconnu coupable de 17 crimes contre l’humanité
Notre parcours dans ces murs témoins de cet épisode de guerre, fut soutenu par l’intervention de Mr Viot, (qui fut assistant du procureur lors du procès Barbie) lequel a su nous relater avec une vraie passion d’historien les heures sensibles de la prison de Montluc.

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MaO / 7.12.2021