En période de guerre, les œuvres d’art peuvent être sauvagement saccagées (p.e. en Irak) mais parce qu’elles peuvent représenter aussi un butin de grande valeur pour diverses raisons (sociologiques, idéologiques, culturelles, etc.) il arrive fort heureusement pour nous qu’elles soient déplacées et mises en sûreté dans des lieux éloignés des batailles et plus difficiles d’accès.
Ainsi, lors de la dernière guerre, nos trésors du Louvre ont pu être sauvés grâce au courage et à l’intelligence de leurs conservateurs qui ont su anticiper, dès 1937.

La première des difficultés fut de trouver des lieux à l’ouest de Paris, capables de recevoir, chacun, une partie des collections : les châteaux de Chambord, Geverny, Valençay, Chauvigny, etc. furent réquisitionnés avec l’accord de leur propriétaire (47 lieux de dépôts pendant toute la guerre).
La deuxième difficulté fut le conditionnement et le transport de ces œuvres jusqu’à leur lieux d’exil (certaines ont voyagé dans les camions de la comédie française). La logistique fut assurée par des équipes très efficaces et très solidaires autour des conservateurs. Beaucoup furent récompensés après la guerre.

En 1940, après l’invasion des allemands dans la moitié nord de la France, un deuxième exode des œuvres eut lieu vers le sud (Châteaux de Montal, de Hautefort, etc.). Une commission de la protection des œuvres d’art en territoire occupé fut créée avec, à sa tête, l’allemand Meternich. Toutes les listes des œuvres répertoriées, étaient obligatoirement transmises aux services allemands. Ces derniers laissaient les œuvres en attente, dans le but de les expédier en Allemagne à l’issue d’une guerre qu’ils étaient persuadés gagner. Goering faisait régulièrement des visites et des contrôles afin de vérifier que les collections restaient entières.

Quant aux collections juives – près de 15 000 œuvres d’art – ce fut Rose Vallond, conservatrice du Musée du Jeu de Paume, qui fut chargée d’en établir les listes et elles furent toutes expédiées en Allemagne (dans 37 trains !). Elle transmettait, en secret, les listes complètes tant à la Résistance qu’à l’aviation afin que les trains ne soient pas bombardés. Et c’est grâce à son travail “d’espionne” que l’on a pu récupérer plus des 2/3 de ces œuvres.

Près de nous, notre célèbre “Tapisserie de Bayeux” fut très convoitée par Hitler en personne. Elle fut transportée à Paris au Louvre dans le but de l’expédier en Allemagne en 1944. Mais d’autres priorités empêchent ce forfait. Par ailleurs, on retrouvera dans les mines de sel d’Allemagne, 1741 pièces, volées et stockées dans des galeries emmurées !

Notre patrimoine réintégra légitimement le Louvre, et notre Tapisserie la ville de Bayeux pour notre plus grand plaisir, fin 1945.