par Monsieur Bernard FOUQUES, Maître de conférences à l’Université de CAEN.

Francisco GOYA, peintre espagnol (1746-1828) est surtout connu pour son œuvre au service des Bourbons d’Espagne puis, plus officiellement, comme peintre de la Chambre du Roi. Le “portrait de la Duchesse d’Albe”, la “Maja vêtue”, la “Maja nue”, “la Famille de Don Luis” frère du Roi, le portrait de groupe de “La Famille de Charles IV” sont autant d’œuvres célèbres.

Mais la postérité redécouvre l’autre Goya dont les gravures sont longtemps restées dans des cartons. Elles sont, d’une part, liées étroitement à la politique de l’époque et, d’autres part, à l’état de santé du peintre qui sera gravement malade à plusieurs reprises. Ainsi “Les Caprices”. En 1792-93, atteint d’une forme de méningite, lors d’un voyage à Cadix, il devient sourd, temporairement paralysé, et craint de devenir aveugle. De plus, la Duchesse d’Albe, dont il est amoureux, meurt prématurément. André Malraux dira de lui : “il est entré dans l’irrémédiable !”

A partir de cette période il ose cesser de plaire, abandonne le pinceau pour la gravure et compose “les Caprices”, dans lesquels, inspiré par les gravures de Callot et Tiepolo, il commence à dessiner ses rêves et ses cauchemars. Mais ses estampes sont retirées de la vente en 1799 à cause de leur côté scandaleux qui choque à la fois l’Eglise, alors toute puissante, et l’entourage du Roi. Personnages animalisés, grotesques figures de théâtre, monstres variés, hantent une œuvre qui frôle le domaine de la folie. Goya semble vivre un véritable enfer moral.

Après un répit fécond, où il est promu “Peintre de la Chambre du Roi”, son horizon s’obscurcit : son soutien, Charles IV abdique et s’exile en France ; le frère de Napoléon prend le pouvoir. Il grave alors “les Désastres de la guerre”, véritable réquisitoire contre les exactions françaises.

En 1814, Ferdinand VII revient en Espagne, annule la Constitution libérale et rétablit l’Inquisition. Pour fêter le retour du Roi, Goya peint les célèbres “Dos” et “Très” de Mayo. Mais, écœuré par la politique réactionnaire et répressive de son souverain, frappé à nouveau par la maladie, Goya traduit ses angoisses et ses désillusions dans les “Peintures Noires” qui couvriront les murs de “la Maison du sourd” où il vit.

Il finira par s’exiler à Bordeaux où il exécutera un recueil de lithographie sur le thème de la tauromachie et c’est là qu’il décèdera, à 82 ans, en 1828. M-F J.