Notre conférencier Jean-Pierre Trautvetter, mari de notre amie Nicole, passionné de littérature, théâtre et musique, nous a relaté la vie d’Erik Satie de manière peu conventionnelle.

Il a, en effet, pu interviewer Henri Sauguet, compositeur français mort en 1989, et qui fut avec le peintre Eugène Boudin, l’historien Albert Sorel et l’humoriste Alphonse Allais, un ami d’Erik Satie.
Ce dernier est né à Honfleur, en 1866, dans une famille classique, d’une mère anglaise anglicane et d’un père courtier maritime normand. Il a 6 ans quand il perd sa mère et sa petite sœur. Erik et son frère Conrad retournent chez leurs grands-parents paternels alors que leur sœur reste à Paris avec leur père, remarié, puis retournent à Paris au décès de leur grand-mère.

La deuxième femme de Jules Satie, professeur de piano, enseigne alors à Erik les bases de l’instrument. Mais l’enfant n’a jamais supporté les structures officielles et les devoirs obligatoires.
Au Conservatoire, où il entre pourtant en 1879, il est renvoyé après 2 ans de cours avant d’être réadmis en 1885. Il compose alors “Allégro” qui ne remporte pas l’approbation de ses professeurs et il décide de s’engager dans l’armée.

Instable, là aussi, il se fait réformer peu après et s’installe à Montmartre où il fera la connaissance de nombreux amis artistes. Là, il va de cabaret en cabaret avec Debussy, Cocteau, Brancusi, Ravel, Toulouse-Lautrec, Renoir, Mallarmé, Verlaine … et il mène une vie de patachon, à coups de bières “enrichies” au calva normand.
Pendant un quart de siècle il va d’un grand salon à l’autre, dans les hôtels particuliers des grands mécènes de l’époque : les familles Polignac, Noailles et, surtout, le comte Etienne de Beaumont, qui organisaient des concerts pour encourager les jeunes musiciens.
Il s’habille avec des costumes de velours qu’il achète par huit ou dix (ce qui lui vaudra le surnom de “Velvet Gentleman”) et il restera fidèle à cette tenue vestimentaire pendant toute sa vie.

Une rencontre féminine va bouleverser sa vie : l’artiste peintre Suzanne Valadon, avec laquelle il aura une liaison de 6 mois. Cette dernière le quittera, malgré une demande en mariage, et on ne connait à Satie aucune autre aventure à partir de ce moment-là.

Claude Debussy fut un des grands amis du musicien chez lequel ce dernier était invité tous les mercredis. Mais Satie, d’humeur changeante, se fâche avec lui, a bout de 25 ans d’amitié, en lui reprochant de ne pas être venu à la première du ballet “Parade”.
Dans celui-ci, Satie en est donc le compositeur, Cocteau le script. Diaghilev se charge des danseurs, Apollinaire rédige les programmes et Picasso réalise les décors !! Léonid Massine en sera, par ailleurs, le danseur étoile. Que de grands noms et de grands talents ! Mais le succès sera mitigé pour deux raisons principales :
– tous sont “des étrangers”
– un critique, Jean Pueigh, éreinte le spectacle et, en particulier, la musique de Satie. Ce dernier rétorquera au critique “vous n’êtes qu’un cul, mais un cul sans musique” ! ! Cela lui vaudra 8 jours de prison, après une bataille généralisée à la sortie du procès !
Devenu résident à Arcueil, il est employé au “patronage laïc de la communauté d’Arcueil” avec l’étiquette socialiste et se donne une apparence de “fonctionnaire bourgeois” avec chapeau melon et parapluie.

Il tombe malade en 1925 et son mécène Etienne de Beaumont se charge de son hospitalisation à l’hôpital Saint-Joseph où il décèdera peu après, entouré d’amis. Darius Milhaud, Derain, Poulenc se sont relayés pour venir le voir.

Lorsque ces derniers pénétrèrent dans son studio d’Arcueil, ils y découvrirent, avec stupéfaction, un grand dénuement : Satie ne demandai jamais d’aide et trichait avec les apparences : on trouva un grand nombre de parapluies, de faux-cols et de costumes de velours gris identiques au sien. Qui imaginait, lorsqu’il rentrait de ses soirées mondaines chez le Comte de Beaumont qu’il lui fallait 3 heures de marche à pied pour arriver jusqu’à son grabat dans son pauvre studio ?? M-F. J.