par Catherine Le GOFF conférencière  en Histoire de l’Art 

En cette matinée très ensoleillée du 3 mars France Chevillotte nous accueillait pour  cette première conférence du cycle d’histoire de l’Art décidé lors de notre AG de janvier.  

Eugène Delacroix est né le 26 avril 1798, tout près de Paris, à Charenton-Saint Maurice. Son père, Charles Delacroix, ancien secrétaire de Turgot, incarne cette bourgeoisie  qui prend le pouvoir en votant la mort de Louis XVI. Ministre des Affaires étrangères sous le  Directoire, puis ambassadeur en Hollande il finira sa carrière comme préfet à Bordeaux, où il  meurt en 1805. Eugène est alors âgé de six ans. Un doute subsiste sur la paternité de l’artiste  qui pourrait avoir pour géniteur Talleyrand. Sa mère, Victoire Delacroix, est la fille d’un des  plus grands ébénistes de son temps, Jean-François Oeben, au service du roi Louis XV. Né  dans un milieu favorisé, le jeune garçon reçoit une éducation raffinée mais qui sera marquée  par plusieurs deuils : celui de son frère ainé puis celui de sa mère en 1814. 

. Grâce à l’appui de son oncle, le peintre Henri-François Riesener, Eugène Delacroix  entre en 1815 dans l’atelier du peintre Pierre-Narcisse Guérin que fréquentent de nombreux  artistes. Il y rencontre Théodore Géricault qui, dit-on, lui demande de poser comme modèle  pour son Radeau de la Méduse

Au Salon de 1822 – il n’a alors que vingt-quatre ans – Delacroix présente une grande  toile, inspirée de l’histoire littéraire, La barque de Dante ou Dante et Virgile aux Enfers. Bien  que cette toile soit sujette à critique – une « tartouillade » diront certains, l’État l’acquiert  aussitôt. Adolphe Thiers, alors jeune avocat et critique d’art, dira après avoir vu cette toile :  « M. Delacroix a reçu le génie ». Il y voit « la hardiesse de Michel-Ange et la fécondité de  Rubens ». Encouragé par ce succès, il enchaîne avec un sujet contemporain puisqu’il s’agit  des Scènes des massacres de Scio inspirées par la tragédie des 25 000 grecs exterminés par les  Ottomans en 1822. 

Contemporain de Victor Hugo, d’Alexandre Dumas, d’Hector Berlioz, d’Alfred de  Musset, Delacroix veut renouveler la conception artistique académique. Il affirme le primat  de la couleur, la violence des tons tout en s’inscrivant dans la lignée des maîtres : Raphaël,  Michel-Ange, Titien, Rubens, Poussin.

Avec la Mort de Sardanapale puis La Liberté guidant le peuple – oeuvre mythique présentée au Salon en 1831 et immédiatement acquise par l’Etat – Delacroix apparaît, apparaît, définitivement, comme un peintre exceptionnel. Dans ce même Salon est également exposé un Jeune tigre  jouant avec sa mère. Il annonce la série de tableaux que  Delacroix, entraîné par son ami le sculpteur animalier,  Louis Barye consacrera aux fauves et autres animaux en liberté, notamment les chevaux, sa  grande passion. 

En janvier 1832, Delacroix accompagne l’émissaire du roi Louis-Philippe, le comte de  Mornay, au Maroc. Le périple marocain, de Tanger à Meknès, sera un éblouissement. Il  découvre des paysages, des couleurs, des coutumes  jusqu’alors inconnus de lui. L’artiste consignera cette  expérience unique dans des notes et carnets qui  donneront lieu à des grandes œuvres picturales (La  Noce Juive au Maroc, Femmes d’Alger), à de très  nombreuses aquarelles et à une œuvre manuscrite 

Comme nous l’a rappelé Catherine Le Goff, une part importante de la création  d’Eugène Delacroix est dédiée à la conception de grands décors au sein d’édifices civils  parisiens. En 1834, grâce à l’appui d’Adolphe Thiers, Delacroix est commissionné pour la réalisation des décors du Salon du Roi au Palais Bourbon. En 1837, il reçoit la commande du  plafond de la bibliothèque de cette même Chambre des Députés. Viendront ensuite le décor  de la bibliothèque du Sénat, la Galerie d’Apollon au Louvre, conçue au XVIIe siècle par le  peintre Charles Le Brun et inachevée, les peintures décoratives du Salon de la Paix à l’Hôtel  de Ville de Paris, malheureusement détruites par l’incendie de 1871. Eugène Delacroix sera  également appelé à peindre de grandes peintures murales dans les églises : la chapelle des  Anges à Saint-Sulpice notamment, mais aussi le Christ en croix à Ste Marie-Madeleine 

 

L’exposition universelle de 1855 lui rend un hommage national puisque plus de  trente de ses œuvres y sont présentées. En 1857, Delacroix s’installe rue de Fürstenberg, tout  près de Saint Sulpice. Et c’est seul, veillé par sa fidèle servante, qu’il meurt le 13 août 1863.  L’Etat lui rend un hommage minimal ce qui choque ses admirateurs inconditionnels qui sont  Édouard Manet, Henri Fantin-Latour et Baudelaire.