JAMES BOND ET LA GUERRE FROIDE

 Par Sébastien Bertrand - Professeur d’histoire en classe préparatoire au lycée Janson de Sailly

Sébastien Bertrand

Après James Bond et les femmes, l’année dernière, Sébastien Bertrand est venu évoquer James Bond et la guerre froide.

Le terme guerre froide désigne la période d’hostilité qui a opposé les USA et l’URSS après la 2ème guerre mondiale jusqu’à la dissolution de l’URSS en 1991. Elle a revêtu différentes formes d’affrontements : compétition économique, conquête de l’espace, guerres par alliés interposés et guerre des espions.

Les espions ont rapidement quitté l'anonymat pour retrouver les rayons des librairies, les écrans de cinéma et de télévision.

I JAMES BOND SYMBOLE DE LA GUERRE FROIDE

Entre 1953 et 1964, en pleine guerre froide avec la crise des fusées de Cuba en 1962, Ian Fleming écrit 21 romans et 16 nouvelles. On compte aussi 26 films officiels dont 16 réalisés entre 1962 et 1989.

1-1 James Bond, un enfant de la guerre froide mais sans guerre froide, il n’y aurait jamais eu d’agent 007 et ce pour 3 raisons :

  • Son créateur Ian Fleming (1908 - 1964) qui a été pendant la 2ème guerre mondiale le directeur de cabinet du contre-amiral John Godfrey, chef des services de renseignement de l’amirauté britannique et à ce titre qui a travaillé avec les services secrets de la Marine britannique.
  • Le succès des romans d’espionnage qui sont extrêmement lus et appréciés depuis la fin de la 2ème guerre mondiale.
  • Le contexte de publication :  en 1953 paraît Casino royal, année de la mort de Staline.

 On sait peu de choses sur James Bond. Les romans nous indiquent qu’il est né vers 1920, qu’il a des origines écossaises et qu’il est entré dans les services secrets britanniques. Il devient 00 en accomplissant 2 missions décrites dans le 1er roman. Le 1er 0 signifie qu’il est autorisé à tuer, le 2ème qu’il l’a déjà fait.

1-2 James Bond, un héritier de la 2ème guerre mondiale

La seconde guerre mondiale est très présente dans les romans.

Fleming précise que Bond est entré dans la Marine britannique en 1941 au paroxysme de la guerre et qu’il en est ressorti avec le grade de commandeur.

La description du "Spectre", l’organisation criminelle que James Bond combat n'échappe pas à de nombreuses références qui sont liées à la guerre et  à des régimes totalitaires. Le Spectre est formé d’anciens membres de la gestapo et son chef Blofeld évoque à la fois Mussolini et Hitler.

II LES FILMS

2-1 La période 1953-1962, la coexistence pacifique.

Inaugurée par la mort de Staline en 1953, elle est caractérisée par un apaisement relatif mais traversée par les crises de Berlin en 1958 et en 1961 avec la construction du mur, la crise de Cuba en 1962 et des tensions diplomatiques très fortes.  James Bond est un agent britannique et Ian Fleming va faire de l’URSS son 1er ennemi. Dans 6 romans, 007 est opposé à l'union soviétique par l’intermédiaire du SMERSH (organisation de contre-espionnage soviétique qui a réellement existé). Docteur No (1962) et bons baisers de Russie (1963) font écho à ce contexte tendu. Docteur No est un scientifique qui sabote des fusées spatiales américaines. Dans bons baisers de Russie, les russes cherchent à s’emparer d’un appareil de décryptage.

2-2 La période 1962-1975, la détente

James Bond apparaît comme beaucoup moins offensif. Ian Fleming est mort en 1964, les films s’éloignent des romans. C’est une période de détente marquée par des rencontres entre les chefs d’états (en 1973 Nixon et Brejnev) et la signature des accords SALT en 1979 entre Carter et Brejnev sur la limitation des armes stratégiques. 

Cette période correspond à un succès planétaire pour la saga James Bond, 9 films sont produits entre 1964 et 1979. Seuls 2 traitent de la guerre froide avec un lien très clair avec la détente. En 1967 : on ne vit que 2 foiset en 1977 : l’espion qui m’aimaitoù les services secrets soviétiques coopèrent avec les britanniques pour découvrir qui se cache derrière un kidnapping de sous-marin. 

2-3 La période 1977 -1987, la guerre fraîche

 L’union soviétique mène une politique offensive et installe à ses frontières des missiles à tête nucléaire de moyenne portée les SS 20, pouvant atteindre l’ensemble des États de l'Europe occidentale membres de l’OTAN. En 1979, elle intervient en Afghanistan. Cette période de tension est marquée par la reprise de la course aux armements.

Reagan lance en 1983 l’initiative de défense stratégique dite guerre des étoiles. Dans un contexte aussi tendu, James Bond retrouve sa combativité.  4 films sortis entre 1981 et 1987 font clairement allusion à la guerre froide. Rien que pour vos yeux (1981), Octopussy(1983), dangereusement vôtre(1985), tuer n'est pas jouer(1987).

Octopussy fait référence à la crise des euromissiles et tuer n’est pas jouer à la guerre en Afghanistan et aux espions transfuges.  Dans rien que pour vos yeux en 1981, les soviétiques cherchent à récupérer le système ATAC, sorte de décrypteur utilisé par le ministère de la défense britannique pour diriger sa flotte de sous-marins chargés de missiles nucléaires. 

A partir de 1987, on entre dans une nouvelle période. Le traité de Washington sur le désarmement est signé en décembre par Reagan et Gorbatchev, le mur de Berlin tombe en 1989 et Gorbatchev démissionne en 1991.

III LA GUERRE FROIDE REVISITÉE PAR JAMES BOND

3-1 L’URSS amie ou ennemie

Au départ, l’union soviétique apparaît comme une ennemie dans les romans via le Smersh mais sa perception dans les films est beaucoup plus mouvante.

Le personnage du général Gogol, chef du KGB coopère à plusieurs reprises avec les services secrets britanniques. En 1985, il décore James Bond de l’ordre de Lénine (dangereusement vôtre).

3-2 Le Spectre (Service Pour l’Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, la Rétorsion et l’Extorsion)

Les auteurs des films comme l’écrivain Ian Fleming vont mettre en scène une organisation criminelle qui va présenter quelques liens avec l’union soviétique mais qui apparaît comme une superpuissance de l’ombre qui vise à dominer le monde tout en recherchant le profit. Plus que les soviétiques, elle est le principal ennemi de Bond.

3-3 God save the Queen and James Bond save the world

James Bond est un agent britannique, il sauve le monde et va ramener le Royaume Uni au 1er plan et lui offrir la place d’honneur. Dans l’espion qui m’aimait en 1977, il est l’incarnation d’un Royaume Uni, puissance nucléaire. Dans Rien que pour vos yeux en 1981, apparaît une actrice incarnant Margaret Thatcher.

De 1995 à 2002, tous les films de l’ère Pierce Brosnan font référence à la guerre froide bien qu’elle soit terminée. Des films où règne un petit parfum de nostalgie un peu comme s’il était difficile à James Bond de dire adieu à la guerre froide. Le lien sera rompu ensuite.

Peut-être faut-il considérer James Bond comme un divertissement qui permettait aux spectateurs à défaut d’oublier la guerre froide d'en relativiser sa portée par quelques heures d’évasion.

Christine O'Mahony


ANGELA MERKEL - BILAN D’UN DESTIN POLITIQUE

Par Garance Soulié - Agrégée d’allemand, enseignante en classes préparatoires

ANGELA MERKEL

Angela Merkel a un parcours hors du commun, non seulement parce qu’elle est la seule femme à avoir occupé le poste de Chancelière mais aussi par sa longévité au pouvoir, 4 mandats successifs de 4 ans de 2005 à 2021 et une côte de popularité qui atteint 70% d’opinion favorable à son départ.

Ses vies personnelle et politique sont en miroir du destin de l'Allemagne. Quel bilan peut-on dresser de son action et quelle image présente-t-elle en Allemagne et à l’étranger.

La jeunesse d'Angela Merkel

 Vie personnelle :

Elle est née Angela Kasner à Hambourg le 17 juillet 1954, fille d’un père pasteur luthérien et d’une mère institutrice. Elle passe son enfance à Templin dans le Brandebourg en Allemagne de l’est où son père prend la direction d’un séminaire qui deviendra un centre de formation et où seront accueillis des handicapés. Elle grandit dans ce contexte de l’attention à autrui. Comme la plupart des élèves de RDA, elle participe au mouvement de la jeunesse communiste ce qui est pratiquement un passage obligatoire. Très brillante, elle entreprend des études de physique à l’université de Leipzig jusqu’en 1978. Elle parle anglais et russe couramment et connaît parfaitement la culture russe.

Après ses études, elle part pour Berlin, travaille à l’académie des sciences et prépare une thèse de doctorat en chimie quantique qu’elle soutient en 1986.

Vie politique :

En 1989, c’est la chute du mur de Berlin. Différents mouvements se créent dont "le renouveau démocratique". Après la réunification de l’Allemagne en octobre 1990, le renouveau démocratique se fond dans la CDU et Angela Merkel est élue dans une circonscription de l’est de l’Allemagne. Sous la chancellerie d'Helmut Kohl, elle devient successivement ministre des Femmes et de la Jeunesse (1991-1994), puis de l'Environnement, de la Protection de la nature et de la Sécurité nucléaire (1994-1998). En 2000, elle est élue Présidente de la CDU, suite au scandale des caisses noires dans lequel Helmut Kohl est impliqué.

En 2005 elle est élue Chancelière, avec le soutien d’une coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates.  Elle devient la 1ère Chancelière d’Allemagne, la plus jeune et la 1ère originaire de l'Allemagne de l’est. Quatre mandats vont suivre.

Bilan

Les faits marquants

En 2007, elle fait changer d’avis Georges Bush sur la question du réchauffement climatique,

En 2008, la crise financière de l’euro conduit à un renforcement de la coopération européenne notamment entre la France et l’Allemagne, la création d’un frein à l’endettement et le renforcement du pacte de stabilité, 

En 2011, suite à la catastrophe de Fukushima, elle décide la sortie de l’Allemagne du nucléaire,

En 2015, devant l’afflux massif des réfugiés syriens, sa politique migratoire est vivement critiquée.

En 2017, elle doit faire face à un refus de coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates et se retrouve dans l’impasse pour former son gouvernement.

En 2020, elle gère la crise sanitaire, en scientifique. L’Allemagne connaît moins de morts que la France pour une population supérieure,

En 2021, les sociaux-démocrates gagnent de peu les élections et Angela Merkel décide de ne pas briguer un nouveau mandat.

Son image :

Surnommée "Mutter" pour son côté apaisant, Angela Merkel tranche avec les personnalités politiques qui la précèdent. Elle s'inspire des valeurs du protestantisme notamment le travail, l’humilité, la simplicité, l’attention aux autres. Elle a aussi grandi à l’est et en connaît les codes, d’où son goût du secret et de la retenue. C’est une scientifique pragmatique, elle recherche des solutions concrètes et ne reste pas campée sur des idéologies. C’est aussi une habile tacticienne, elle a le sens du compromis, de par sa vision personnelle mais aussi du fait du système politique allemand qui ne peut fonctionner que par des accords de coalitions.

En Allemagne

Angela Merkel a transformé le paysage politique de la droite vers le centre et a repris un grand nombre de mesures de ses partenaires de coalition (la sortie du nucléaire, la fin du service militaire obligatoire, l’introduction du smic,).

En 2005, l’Allemagne connaissait une situation de récession due à la réunification. Sous l’ère Merkel, elle est devenue la première puissance économique en Europe et la 4ème mondiale grâce à la force de son industrie. Mais elle souffre d’une faiblesse de ses infrastructures due à un manque d’investissement et accuse un retard important dans le numérique.

Une partie de l'opinion publique lui a reproché une politique d’attentisme et à court terme, son austérité dans la crise grecque, sa politique féministe trop tardive, la montée des extrémismes et un bilan climatique en demi-teinte. L'éolien atteint ses limites et l’Allemagne reste très dépendante du gaz russe.

A l’étranger.

La situation de l'Allemagne sur la scène internationale s’est normalisée après la chute du mur.  Elle est engagée sur de nombreux fronts aux côtés de l’OTAN.

En Europe, Angela Merkel a géré la crise financière de manière à maintenir la Grèce dans la zone euro,

Aux USA, proche de Barack Obama, elle s’est opposée à Donald Trump.

En Russie, elle connaît bien la Russie, mais Poutine rejette le multilatéralisme et reste dans le rapport de force. Les relations sont complexes,

Avec la Chine, de plus en plus importante sur le plan commercial, c’est le 2eme client de l’Allemagne. Angela Merkel soigne ses relations avec la Chine sans renoncer à évoquer les droits de l’homme et la situation des Ouïghours. 

 Pendant ses 16 années de pouvoir, Angela Merkel aura été une des femmes les plus influentes du monde et un leader sur la scène internationale.

Christine O'Mahony


LE MYTHE D’ORPHÉE DANS L’OPERA PAR CHRISTIAN ROY – CAMILLE, musicologue et professeur certifié de littérature. 

Durant près de deux heures, Christian Roy-Camille captiva son auditoire en retraçant l’histoire du Mythe d’Orphée et son lien avec l’opéra, l’agrémentant d’intermèdes musicaux.

Le mythe d’Orphée est un thème issu d’un mythe grec traversé par la littérature, la peinture, la musique, le cinéma. Il vient du plus profond de l’antiquité grecque. Les premiers textes le mentionnent au VIe siècle AC.

 

Orphée - L'influx

Orphée a le don de charmer les hommes, les bêtes, les étoiles, les pierres.  Par l’enchantement de sa lyre, il est présenté comme un passeur entre les mondes.

Il est le premier des poètes et des musiciens.

Christian Roy-Camille nous explique que l’opéra est l’alliance entre le verbe et la musique, appelé aussi “l’art lyrique”.

Son histoire : Orphée est le fils de Calliope, muse de la poésie. Il doit épouser la nymphe Eurydice. Le jour de ses noces, pour échapper à Aristée qui l’importune, Eurydice est piquée par un serpent en s’enfuyant et meurt.

Orphée poursuit sa bien-aimée et demande aux dieux d’entrer dans un monde interdit et de ramener Eurydice à la clarté du jour. Émus, les dieux acceptent à condition qu’il ne se retourne pas et ne la regarde pas. En revenant, sur le long couloir qui le ramène à la lumière, il ne respecte pas sa promesse et perd à jamais Eurydice. Il est inconsolable. Rejetées par Orphée, les Bacchantes se vengent, le décapitent et le démembrent. Il sera recousu par les muses et déposé au pied du mont Olympe où règnent les dieux. Sa lyre rejoindra les cieux et deviendra la “constellation de la lyre”.

On retrouve ce thème de la descente aux enfers dans les civilisations égyptienne et chrétienne. Tous les opéras le reprendront. La musique va sublimer le mythe.

La musique :

Le premier opéra  répertorié  est “Euridice“de Jacopo Peri. Il est créé en 1600 à  Florence au palais Pitti à l’occasion du mariage par procuration d’Henri IV et de Marie de Médicis.

C’est un chant déclamatoire, la musique accompagne le verbe , elle est ponctuée et passe au second rang.

 

Nous écoutons Les stances d’Orphée, c’est un déroulement de guirlandes d’arabesque et vocalises par le baryton Philippe Huttenlocher de l’ensemble Monteverdi de Zurich sous la direction de Nikolaus Harnoncourt.

Dans le dernier acte, Orphée n’est pas déchiré par les Bacchantes.  Apollon l’invite à le rejoindre. C’est le premier duo masculin de l’opéra entre baryton et ténor.

En 1647, “Orfeo“,de Luigi Rossi. Le premier à atteindre la France. Il sera donné au Palais Cardinal en l’honneur de Mazarin. Nous retrouvons toutes les étapes de la vie d’Orphée de sa naissance à son apothéose.

Au 18ème siècle, Gluck va faire la charnière entre l’école italienne à vocalises et l’école française plus solennelle et déclamative. En 1762, il crée à Vienne, “Orphée et Eurydice”. Il était le professeur de clavecin de Marie Antoinette qui lui demande  en 1774, d’en écrire  une version française.

L’air le plus célèbre “j’ai perdu mon Eurydice, rien n’égale mon malheur”, est interprété ici par Anne Sofie Von Otter avec l’orchestre de l’Opéra de Lyon sous la direction de John Eliot Gardiner. 

En 1791, “L’anima del filosofo ou Orphée et Eurydice ” est le dernier opéra de Haydn. C’est une œuvre de l’esprit des Lumières. La pensée et la raison sont supérieures aux amours terrestres. Elle ne sera jamais interprétée du vivant Haydn et ne sera créée sur scène qu’en 1951 à la Scala de Milan avec Maria Callas dans le rôle d’Eurydice.

Nous écoutons Cécilia Bartoli dans le rôle d’Orphée avec “the académy of 0ancient music” sous la direction de Christopher Hogwood.

En 1858, au théâtre des Bouffes parisiens, Jacques Offenbach, compositeur du second Empire, crée Orphée aux enfers. C’est un opéra bouffe irrévérencieux où l’on rit. En se moquant des dieux de l’Olympe et des grands mythes, il se moque aussi de la politique contemporaine.

Dans le livret, Orphée est un violoniste raté et ringard. Eurydice et lui se détestent. Pluton veut garder pour lui Eurydice mais Jupiter s’en mêle. Pour la séduire, il descend aux enfers et se métamorphose en mouche.

Tout finit par un galop final qui est repris en french cancan.

Nous écoutons le duo de la mouche interprété par la soprano Nathalie Dessay et le baryton Laurent Naouri sous la direction de Marc Minkovsky.

Au début du 20ème siècle,  Darius Milhaud, les malheurs d’Orphée

En 1993, Philippe Glass, maître de la musique minimaliste et répétitive, écrit un Orphée.  Cette œuvre fait partie d’une trilogie dédiée à Jean Cocteau (la belle et la bête, les enfants terribles, Orphée).

 

Le cinéma intervient aussi :

 

  •  L’homme à la peau de serpent avec Marlon Brandon et Anna Magnani adapté d’une pièce de Tennessee Williams.
  • Parking de Jacques Demy,
  • Orphée de Jean Cocteau avec Maria Casarès où Orphée est à la fois amoureux d’Eurydice et d’une femme qui symbolise la mort. Orphée traversera le miroir vers l’éternité.

Nous traversons les mers pour retrouver Orphée qui nous mène au Brésil.  Orfeu da Conceiçao, d’après une comédie musicale de Vinicius de Moraes, un des plus grands compositeurs brésiliens.

Cette comédie musicale a donné lieu au film Orfeo Negro, de Marcel Camus, palme d’or du festival de Cannes en 1959. A la fin du film, Orphée prend sa guitare et joue la Manha de Carnaval qui en est le thème central.

Nous terminons en écoutant les accords de la guitare d’Orphée interprétés par Carlos Jobim.

Le mythe d’Orphée traversera les siècles.  Tout est possible, l’amour humain mais aussi l’amour éternel, l’amour qui transcende tout.  Le mystère de l’amour est plus grand que le mystère de la mort.


RENCONTRE A GIEN ET BRIARE

Durant 2 jours nous avons accueilli et piloté nos 6 amies troyennes leur faisant découvrir 2 villes emblématiques de notre département.

Aussitôt mes retrouvailles faites, nous visitons le matin le Château Musée de la Chasse

Édifié à la fin du XVème siècle par Anne de Beaujeu, fille de Louis XI et régente de France, le château abandonne l'aspect défensif du Moyen-Age au profit du confort de la Renaissance. François Ier, Catherine de Médicis, Charles IX ou encore Louis XIV et sa cour y ont séjourné. Il est acheté au XIXème siècle par le département du Loiret pour y installer la sous-préfecture, le tribunal et la prison. Depuis 1952, le château sert d'écrin au Musée de la chasse, qui lui seul peut être visité.

Bien que spécifique, le Musée International de la Chasse intéresse chasseurs et non chasseurs. Il conserve des collections dont la teneur s'attache, à travers plus de 5000 objets et œuvres d'art, à retracer les techniques et coutumes cynégétiques employées depuis le Moyen Âge jusqu'à nos jours : vènerie, fauconnerie, chasse à tir, piégeage de façon à les rendre accessibles à tous et replacer l’histoire de la chasse au cœur du Val de Loire.

Est également présentée une sélection d'œuvres d'art (peintures, tapisseries, dessins, gravures, sculptures, céramiques du XVIème au XXème siècle) traitant de ce sujet.

Le musée présente au public la plus grande collection de boutons de vénerie de Charles Daguilhon-Pujol, ainsi que les collections de trophées de Claude Hettier de Boislambert et François de Grossouvre.

S’en suit une halte bienvenue au Café Bouche B où nous nous régalerons de produits du terroir.

L’après-midi sera consacrée à la visite du Musée de la Faïencerie.

Situé dans une ancienne cave à pâte du XIXème siècle, le Musée retrace 200 ans d’histoire de la faïencerie et de son aventure artistique, humaine et industrielle à travers des pièces variées en termes de décors, formes et techniques. C'est un lieu vivant qui montre comment la façon de se nourrir influe sur les arts de table. On y trouve aussi des pièces faites pour les différentes expositions universelles ainsi qu'une impressionnante collection de barbotines.

Il vient d’être entièrement modernisé et restauré. Son inauguration officielle a eu lieu le 6 décembre dernier, après de longs mois de fermeture.

Au premier étage, une nouvelle salle de 300 m² présente les pièces créées à l’occasion du bicentenaire de la faïencerie créée en 1821 et les incontournables de la marque.

Une « matériauthèque », à l’image de ce qui a été fait au château d’Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire), donne le loisir aux visiteurs de mettre les mains dans le sable, l’argile ou le kaolin, ingrédients entrant dans la composition de la faïence et utilisés par les maîtres artisans. Enfin, deux studios d’accueil pour des artistes en résidence ont été aménagés dans les étages.

La Faïencerie de Gien, quant à elle, fabrique de la vaisselle de table en faïence et des objets de décoration, dont certains sont encore peints à la main.

Puis, départ pour Briare. Après une agréable soirée passée au Petit Saint Trop et une nuit réparatrice à l’hotel du Cerf, nous visitons Jeudi matin le Musé des deux Marines et du Pont Canal sous la conduite d’un bénévole passionné nous a permis de percer tous les secrets de son célèbre pont canal et de ses écluses, merveilles de technique d’avant-garde.

On s’y croirait presque ! Ici, un quai de Loire reconstitué, là des coques de bateaux, des nasses et des cordages, plus loin des échoppes de sabotier, charpentier, tonnelier…, mais aussi des bourdes, des plans et autres documents d’époque. En six salles et quatre petits films thématiques que l’on lance à tous moments, ce musée raconte l’histoire de Briare, cité batelière située au croisement de la Loire, du canal de Briare et du canal latéral à la Loire.

Parmi les remarquables maquettes exposées, on ne manquera pas celle animée du célèbre Pont-canal, véritable chef d’œuvre de pierre et d’acier reliant le canal de Briare au canal latéral depuis 1896 et qui n’est pas sans rappeler le pont Alexandre III à Paris.

Suivra au pas de course la visite du Musée des Emaux situé à 5 mn à pied qui présente l’épopée industrielle de la Manufacture de Briare, depuis sa création en 1837, jusqu’à son épanouissement sous l’ère de Jean-Félix Bapterosses et de ses descendants.

On aura la chance d’y découvrir des machines utilisées autrefois au sein de l’usine de Briare ainsi que de nombreux documents d’archives relatifs à l’histoire de la Manufacture de Briare avec par exemple, une aquarelle représentant la Manufacture de Briare en 1875 et illustrant le développement de l’usine au tournant du XXème siècle, les machines servant à la fabrication des boutons et des perles, un four d’époque mais aussi des photographies d’ouvriers, des dessins techniques de mécaniques et bien d’autres documents inédits.

Le musée de la Mosaïque et des Émaux de Briare expose également une large collection de mosaïques en Émaux de Briare rattachée au Modern Style. Parmi les plus célèbres mosaïques citons les œuvres d’Eugène Grasset (1845-1917), ornementaliste français, précurseur de l’Art Nouveau, qui collabora avec la Manufacture de Briare et réalisa, entres autres, les mosaïques ornant l’église Saint-Étienne de Briare.

Petit train de Briare - Accueil

Après une halte à l’hydropathe, une balade en petit train touristique

sous un froid glacial le long des canaux nous offrit une vision de Briare, loin des sentiers battus.

Ces deux jours furent pour nous l’occasion d’échanges amicaux interclubs qui demeurent une dimension importante du Lyceum.

 

Le Canal de Briare


Café Littéraire du 28 février 2022 "Je te suivrai en Sibérie" d'Irène Frain

Café Littéraire chez Mayté BORDRY

Partir en voyage à travers l’espace et le temps, telle est la promesse d’Irène Frain avec ce livre, Je te suivrai en Sibérie. Découvrir une Russie moins accessible et plus sauvage mais également remonter le temps, à l’époque où les élites russes étaient francophiles et où les grands principes de la révolution donnaient des idées à une partie de celles-ci. Tout cela et bien plus encore, vous le découvrirez en lisant ce passionnant roman empli d’un souffle épique et romanesque.

Pauline Geuble, femme passionnée et n’ayant peur de rien, quitte sa Lorraine natale à la fin de l’épopée napoléonienne pour rejoindre Moscou où, simple vendeuse de mode, elle est courtisée par un richissime aristocrate. Ivan Annenkov est un fervent admirateur de la France des Lumières et un farouche adversaire du servage. Il appartient à une société secrète qui rêve de renverser le tsar. Le complot échoue, les Décembristes sont déportés en Sibérie. Ivan aurait été promis à mourir dans l’oubli le plus total si Pauline, comme sept autres femmes de condamnés, n’avait décidé de le rejoindre.

Si certains verront dans ce roman une grande ode à l’amour, le lecteur aurait tort de se focaliser uniquement sur ce point car l’œuvre contient tellement plus qu’une grande histoire d’amour. Si Pauline était une femme amoureuse, elle était avant tout pleine de ressources, extrêmement déterminée et possédait une force de caractère assez extraordinaire. Pour remettre les choses en perspective, il faut se rendre compte que la Sibérie représentait à l’époque et signifiait encore durant des décennies le bout du monde, l’exil total. S’y rendre et organiser une vie là-bas était un défi énorme et on sent à travers l’enquête minutieuse de l’autrice les sacrifices consentis mais également l’incroyable envie de vivre des déportés, malgré les nombreuses brimades et l’arbitraire total auquel ils étaient soumis.

C’est d’ailleurs un deuxième point d’attention, outre la force de caractère de l’héroïne, c’est la similitude entre son histoire et celle de milliers d’autres qui ont été amenés à vivre reclus au fin fond de l’empire. Si l’arbitraire a revêtu d’autres habits au cours des deux siècles qui ont suivi, il est toujours malheureusement présent et la Sibérie reste une destination de choix pour ceux et celles qui refusent de se plier aux injonctions du pouvoir en place.

Je te suivrai en Sibérie est un roman passionnant, une véritable enquête à deux siècles d’intervalle dont on ne serait que conseiller la lecture.

https://www.culture-tops.fr/critique-evenement/romans/je-te-suivrai-en-siberie