L’aboutissement d’un beau projet : la rencontre de lyonnaises et de grenobloises

 

 LA RENCONTRE DE LYONNAISES  ET DE GRENOBLOISES

le 17 juin 2022

Voilà les clefs d’une journée réussie : un programme sympathique, une organisation au cordeau, une hôtesse remarquable dans sa très jolie maison de Cossey, une visite guidée passionnante dans le tout jeune musée Champollion, à Vif.
Pour commencer, 16 Lycéennes ont écouté attentivement les explications de Florence sur la très ancienne chapelle de Cossey, sur la commune de Claix.
Puis grand moment d’échanges et de convivialité, autour d’un verre de Spritz, où chacune se présente et évoque son rôle dans son club. Certaines qui se connaissent déjà bien sont heureuses de se retrouver, et toutes sont attentives aux unes et aux autres. Les échanges se prolongent autour d’une très grande table où nous apprécions, aussi, les spécialités culinaires de nos amies.
Mais, l’heure arrive vite de partir pour Vif où notre guide Barbara nous attend dans la demeure des Champollion, devenue Musée après de longues négociations et 6 ans de travaux : une réussite totale, tant sur l’atmosphère familiale, grâce au décor parfaitement reconstitué que sur l’organisation muséographique.
Cette jeune femme fait vivre pour nous l’histoire de cette famille originaire du Dauphiné, l’extraordinaire relation fraternelle de l’ainé, Jacques-Joseph, qui a pris en main l’éducation du benjamin, Jean-François particulièrement doué et passionné par les langues. Nous comprenons bien comment Champollion a mené ses recherches en bénéficiant d’un réseau de personnalités scientifiques remarquables et des nombreuses autres recherches menées en France et en Europe dont celles de l’anglais Thomas Young, qui a raté de peu les clefs de ce fameux déchiffrement.
Nous suivons la vie de Champollion, l’histoire de sa fameuse découverte, et le voyage qu’il accomplit, enfin, en Egypte, avec son confrère toscan Rosellini.
Le dernier trait de génie, avec l’appui de Charles X, est la création dans le futur Louvre d’un parcours didactique au fil de 4 salles consacrées à l’égyptologie, une vraie révolution dans l’histoire de la culture et des musées.
Passionnante, émouvante, cette visite aux sources de la grande aventure humaine et scientifique que fut le déchiffrement des hiéroglyphes a passionné, les 8 Lyonnaises et les 5 Grenobloises qui se quittent avec de futurs projets : des rencontres, bien sur, tant celle-ci a réjoui les unes et les autres.

LB 17.06.2022


Un petit geste pour l’Ukraine, un grand moment d’émotion

Un petit geste pour l’Ukraine, un grand moment d’émotion

 A l’initiative de MaO, le LCI de Grenoble s’est mobilisé pour une action, aussi modeste soit-elle, en faveur de l’Ukraine et de la préservation de ses œuvres d’art. C’est à l’ICOM, organisme international dépendant de l’ONU, que sera versé le montant de notre collecte, fruit de la conférence et de la vente de cartes et marque-pages. Eléna, accompagnée de sa guitare, et Alexandra, toutes deux Ukrainiennes, ont largement contribué au charme et à l’émotion de cette soirée.

La conférence démarre avec un petit point d’histoire. Anne de Kiev, reine des Francs, venue d’Ukraine, fut l’épouse d’Henri 1er. Au XIème siècle, elle choisit de nommer son fils Philippe, prénom repris par toute une dynastie, montrant ainsi le lien ancien entre la France et l’Ukraine.

Notre conférencière nous montre ensuite, à travers des figures remarquables, que le peuple ukrainien a toujours défendu l’idée qu’il constituait une véritable nation qui lutte avec énergie pour sa culture et sa liberté.

Taras Chevtchenko, au XIXème, est une figure emblématique de ce pays. Considéré comme le plus grand poète romantique de langue ukrainienne, il écrit : Ici, c’est une terre de poésie et tout est possible. Quelle belle devise pour les générations à venir ! Ayant connu le servage, il gagnera sa liberté grâce à la vente d’une de ses œuvres. Toute sa vie il ne cessera de lutter pour l’indépendance de l’Ukraine. La toile Katernya représente une jeune Ukrainienne enceinte et un soldat russe qui s’éloigne… Prémonition ou reproduction de l’histoire des peuples ?

Défilent ensuite sous nos yeux, des figures de femmes emblématiques, souvent mal connues des Français.

Citons quelques noms :

- Lessia OUKRAÏNKA écrivain, critique et poétesse

- Marko VOVTCHOK (Maria ALEKSANDROVNA VILINSKA) qui écrit sous un pseudonyme masculin, comme George Sand. C’est elle qui crée le personnage pour enfants Maroussia

imprimé par Hetzel. Petite fille ukrainienne qui se sacrifie pour la liberté de son pays au moment de la lutte contre les Russes.

- Maria PRIMACHENKO peintre qui découvre l’argile bleu près de la rivière. Picasso est impressionné par le côté surréaliste de ses toiles. Maudite soit la guerre, au lieu des fleurs il pousse des bombes, dit-elle.

- Chana ORLOFF, d’origine juive. Née à Kiev, elle s’exile en Israël. Elle côtoie à Paris dans les années 1919 à 1930 des artistes comme Chagall, Soutine, Modigliani ou Braque. Ses sculptures traduisent toute la puissance et toute la poésie de l’âme de ce peuple. Le musée du Luxembourg lui rend en ce moment hommage, la classant parmi les femmes pionnières.

Tant d’autres sont citées et apparaissent à l’écran.

La guitare et la voix chaude d’Eléna rythment ces évocations. L’âme slave transparaît dans ces chants poétiques et passionnés.

 A l’image de toutes ces femmes fortes et espiègles, ils redisent inlassablement l’amour de leur pays, la volonté de vivre libres et de pouvoir exercer leur art.

L’émotion de nos deux invitées est palpable. Elle est partagée par toute l’assistance quand elles évoquent l’exil et le lien qui les rattache en permanence à ceux qu’elles aiment et dont la vie est menacée.

Comment ne pas éprouver un sentiment de culpabilité face à notre impuissance et souvent à notre inertie ?

Alexandra  répondra avec générosité à cette interrogation légitime :

 « Je vous remercie de tout mon cœur d’avoir organisé cette soirée consacrée à l’Ukraine et à son patrimoine culturel. 

Il est vraiment précieux pour moi de savoir qu’il y a des gens qui sont solidaires, non seulement en parlant mais en agissant ! » 

D.VDB 12.05.2022


EN ROUE LIBRE dans l’art contemporain

C’est à cet état d’esprit que nous invite le musée de Grenoble pour un parcours quelque peu déstabilisant. 14 salles présentent des œuvres détenues dans les réserves, rarement montrées et regroupées par thèmes. Les titres eux-mêmes donnent le ton.

 VOUS AVEZ DIT BIZARRE ? Comme c’est bizarre ! L’objectif, clairement énoncé, est de permettre au visiteur de se familiariser avec des formes parfois énigmatiques, étranges, surprenantes, belles ou laides, sérieuses, graves ou simplement drôles.

Grand prix de Peter Stämpfli (qui passe 50 ans de sa vie à peindre des pneus) annonce la couleur. Les objets les plus communs sont détournés et laissent le visiteur libre de son interprétation. Comme Le dragon à la queue nouée de Annette Messager, il a tout loisir de se libérer des genres conventionnels et de recréer un monde à sa mesure, réaliste ou onirique. Le puits de Cristina Iglesias nous plonge dans un univers aquatique fait de mouvement et de mystère. Le spectateur communie avec une nature revisitée.

Mais c’est avec Gilbert et George dans Blooded que nous pénétrons dans les arcanes de l’absurdité contemporaine. Ils se revendiquent comme : malsains, entre deux âges, déprimés, cyniques, vides, las, minables, pourris, rêveurs, grossiers insolents, arrogants, intellectuels, auto-compatissants, honnêtes, victorieux, travailleurs, réfléchis, artistiques, religieux, fascistes, sanguinaires, taquins, destructifs, ambitieux, pittoresques, damnés, obstinés, pervertis et bons.

 « NOUS SOMMES ARTISTES. » Revendiquent-ils ! Tous ces qualificatifs peuvent s’appliquer, spécifiquement ou en globalité aux créateurs que nous approchons au cours de cette déambulation.

 Les cadres vides d’Atopies de Jan Vercruysse remettent en cause les notions du dedans et du dehors, du vide et du plein. Quant au Hanging figure de Juan Munoz il dit son combat pour la vie ou sa résistance à l’inacceptable. LES OBJETS DU DELIT, comme TRAVELLING, nous plongent dans l’univers de la modernité et de l’image où la déshumanisation n’a rien à envier à la fiction.

 Three shelves, Wine bootles de Tony Cragg vient en contrepoint à Landau de poupée, appareils photographiques, pour opposer les éléments de rebut aux savantes associations poétiques. On pourrait multiplier les exemples et les images à l’infini, tant cette exposition est à la fois dérangeante et révélatrice de notre univers en pleine mutation. Il y aurait tant à dire et à montrer encore, mais cela vous donnera peut-être envie d’aller découvrir Immeuble de Philippe Cognée, Camion-benne gris de Peter Klasen, ou Carrelage/Fauteuils roulants de Jean-Pierre Raynaud…

Citons, pour la fin et pour le clin d’œil, l’installation de Stephan Balkenhol : L’origine du monde. La référence à Courbet n’échappera à personne !

 D.VDB et G.C.


Visite des nouvelles archives, à l’épreuve du temps.

Visite des nouvelles archives : à l’épreuve du temps.

On se souvient du temps, encore récent, où il fallait se rendre dans la petite rue Auguste - Prudhomme pour accéder aux 39 kms de documents conservés dans le bâtiment un peu vétuste des archives départementales. Il était, depuis 1958, le gardien de la mémoire de notre patrimoine écrit. Résultat, faute de place, il n’y avait plus de possibilité de continuer la collecte des documents. Ce qui est un comble pour des archives, dont le fonds se construit au jour le jour. Quant aux conditions de conservation, on est étonné d’apprendre que la température du bâtiment pouvait osciller entre 15 à 40 degrés....Alors que la norme ne doit pas dépasser les 18. On comprend mieux pourquoi le Département de l’Isère a décidé, dés 2018, d’édifier sur un terrain lui appartenant à Saint-Martin-d’Hères, rue Georges Pérec, de nouvelles archives, dans un imposant bâtiment dont le chantier a duré pas moins de deux ans et coûté 37 millions d’euros financés par le Département, avec une aide de l’Etat s’élevant à 3,4 millions d’euros.

Un empilement de papier Une vingtaine de lycéennes s’était donné rendez-vous mercredi 4 mai, pour partir à la découverte de ce solennel édifice articulé autour de quatre blocs, tous revêtus de béton teinté dans la masse. L’ensemble donne l’impression, très symbolique, d’un empilement de papier. A l’intérieur, un autre symbole très fort : l’époustouflante peinture de Philippe Cognée, « La tour des mémoires », dans des couleurs chaudes d’ocre et d’orange. Elle est percée de mille fenêtres, d’où semble s’échapper le savoir.

Sous la houlette d’Elise, diplômée de l’Ecole des Chartes, récemment nommée Conservatrice à Saint-Martin-d’Hères, la visite se révélait passionnante. De ses différents propos on retiendra, pour l’anecdote, que le déménagement de ce « 56 pièces de 200 m2 chacune » a nécessité six allers-retours de deux camions pendant six mois. Ce qui donne une idée de la richesse de nos archives qui ne se limitent pas au seul département de l’Isère, mais conserve aussi tout ce qui concerne l’ancienne province du Dauphiné.

 De l’an 1000 aux centres de vaccination du Covid Parmi ces documents on peut trouver des cadastres, des actes d’état-civil, notariaux, des journaux, des livres, des photos. Le plus ancien, qui date de l’an 1000 environ, relate la vente d’une terre entre un seigneur et un monastère. Mais l’activité des centres de vaccination lors du Covid fait désormais aussi partie du patrimoine conservé. Les documents, avant d’intégrer cette cathédrale de papier ont tous suivi le même cheminement. Depuis le quai d’embarquement, jusqu’aux salles de versement et aux salles de tri, la sélection est sévère. Seuls 5 % des documents seront conservés. Avant d’atterrir pour les plus précieux dans les célèbres boites de l’entreprise Cauchard qui protègent du risque de feu et de l’eau.

A cet égard le rôle de l’archiviste est primordial. Il doit déterminer ce qui est important aujourd’hui et le restera pour des décennies. Il doit aussi tout mettre en œuvre pour faire traverser l‘épreuve du temps à ce qui mérite d’être conservé. Ainsi le colossal travail d’inventaire et de tri réalisé sur la correspondance des frères Champollion illustre mieux qu’un long discours l’essence même du métier d’archiviste. Pas moins de 12 000 lettres réunies en 60 volumes, échangées en partie au moment où Jean[1]François est sur le point de déchiffrer les hiéroglyphes. L’ultime étape est celle de la numérisation. Elle permettra de rendre publics tous ces documents et de les mettre en ligne. Avant de leur consacrer une exposition à l’automne.

 4/05/22 V.S – F.


Un musée, un quartier, la céramique au fil des siècles

L'Art de la céramique à Grenoble, entre hier et aujourd'hui
Caroline Roussel a conçu cette visite selon un angle original, une matière, KERAMIKOS en grec, et un savoir-faire, en Isère, depuis environ 7000 ans.
Nous voilà donc parties à la rencontre de cette étonnante matière première qu’est l’argile.
Le département de l’Isère, riche en vestiges préhistoriques est d’une grande importance par ses cavernes, ses abris sous roche, ses lacs ou ses étangs. Les conditions d’habitat varient suivant les différences de la nature du sol, la population est sédentaire dans les vallées et agricole dans les vallons. De nombreux objets en céramique ont été retrouvés dans différents sites, évoqués dans de sympathiques maquettes qui nous rapprochent de ces temps lointains où l’ingéniosité humaine s’exerçait pour améliorer les conditions de vie : les briques servaient à diffuser la chaleur à l’intérieur des habitations et les pesons à tendre les fils des métiers à tisser.
Les vestiges exposés montrent, au fil du temps, l’évolution des formes, des ornementations et indiquent, entre autres éléments, l'existence d’échanges avec l’Italie, tels cette série de pots venant de Lombardie.
Fabriqués en terre (argile), ils ont subi une transformation physico-chimique irréversible au cours d’une cuisson plus ou moins élevée. La terre humide est malléable, ensuite on la laisse sécher puis elle passe par deux ou trois cuissons selon le modelage. Sa coloration brune ou orangée est due à la présence d’oxyde de fer. Elle est utilisée pour faire des briques, des poteries ou des objets décoratifs.
Ainsi, de salle en salle, nous découvrons le néolithique (5800 - 2500) puis l’époque gallo-romaine, le Moyen - Age, la Renaissance et le XVIIIe siècle représenté par ces ravissants objets vernissés et décorés de motifs floraux. Les pigments viennent d’oxydes métalliques tels que le manganèse (violet ou pourpre foncé), le fer (rouge), le cuivre (vert), l’antimoine (jaune) et le cobalt pour le bleu.Dans la première moitié du XVIIIe, deux faïenciers ROUX, CHAIX et un commerçant ROY-COMPTE s’installent dans le faubourg Très Cloîtres, puis en 1747 un atelier se crée à La Petite Tronche, soit « au-delà des Cloîtres ». Bien sûr nous pensons à La Faïencerie de La Tronche, ancienne fabrique devenue Le Théâtre de la Faïencerie !
Quittant le Musée de l’Ancien Evêché ou musée d’histoire de l’Isère, nous rejoignons en quelques pas la rue Très Cloîtres, où nous rencontrons deux artisans céramistes qui travaillent chacun à sa manière.
Ivan Mago, designer venu d’Espagne, joint le design, l’art et l’artisanat ; il commence par le dessin, puis vient l’impression en 3D qui lui permet de fabriquer un moule en fibre de maïs dans lequel il verse sa terre. Enfin sortiront différents objets cuits sur place. Les couleurs sont peintes avant d’y verser la terre.
Isabelle Perret, sa voisine, met l’accent sur le geste traditionnel du potier et décore ses œuvres de traits de pinceaux qui évoquent le Japon.
Tous deux, comme de nombreux autres artisans, vendent leurs productions dans la boutique CFI, C’est Fait Ici, dans le centre commercial de La Caserne de Bonne. Vous pouvez admirer leurs œuvres à la caserne de Bonne ou sur : www.cestfaitici.fr
Ainsi s’achève ce très intéressant parcours qui associe histoire, tradition et création contemporaine, autour d’un matériau extrêmement simple, l’argile ou la céramique
F. R, L. B et F. L - Grenoble, Mars 2022


Visite du musée Mainssieux à Voiron

   Nous étions nombreuses à nous rendre à Voiron pour connaitre un peu mieux ce peintre de la région. Dans ce musée entièrement consacrée à Lucien Mainssieux, nous avons appris bien des choses sur cet artiste dauphinois aux multiples facettes .
   Notre guide vive, motivée, prolixe connaissait son sujet et nous mena dans quatre salles rassemblant des toiles du peintre autour d'un thème choisi.
   Lucien Mainssieux nait à Voiron en 1885 dans une famille bourgeoise ; il n 'a pas deux ans quand il perd sa mère ; il souffrira toute sa vie de cette absence ; à cela s'ajoutera une douleur physique due à une tuberculose de la hanche ; il sera élevé par une tante et un père pharmacien, très souvent absent. Alité et solitaire durant son enfance, il va découvrir la musique (violon et flute) et apprendre le dessin. A 12 ans, il quitte son lit mais « boiteux " , il se forgera une carapace qui ne le rendra pas toujours agréable et sympathique , surtout avec les femmes semble-t-il .
Il faut donc retenir trois facettes de cet homme, ami de Flandrin qui l'initiera au dessin et à la peinture. Plus tard, en découvrant les peintres du XIXème siècle, il devient collectionneur et n'oublions pas la dernière facette : son goût pour la musique.
Parcourons avec notre dynamique guide les 4 salles de ce petit musée intime et riche.
   La 1ère salle nous dévoile un Mainssieux collectionneur ; dès 19 ans, il " monte " à Paris. Très ami avec Dunoyer de Ségonzac, Le Douanier Rousseau, il s'endette pour acheter des tableaux de Courbet, Corot ; toute sa vie, il va collectionner des œuvres avec le désir d'ouvrir un musée ; cela arrivera à la fin de sa vie en 1956 à Voiron (450 œuvres seront léguées à la ville). Grand ami de Jacqueline Marval, il a des gouts classiques, aime tous les genres : marines, paysages, personnages…Il ne veut pas faire les Beaux-Arts, préfère apprendre dans les ateliers .

   Dans la 2ème salle, on pourra voir l'évolution de sa peinture, son apprentissage : autoportraits, peintures effacées, recommencées il s'initie au nu car c'est la base de la peinture mais cela est très nouveau pour lui et il n'apprécie pas vraiment le corps féminin ; les modèles qu'il faut payer lui rendent cet apprentissage difficile. Dans les années 1915 , il peint des femmes avec des bijoux, des voiles ; il côtoie beaucoup Matisse  et cela se voit.
A Paris, il découvre aussi une vie culturelle très riche et deviendra critique musical ; dans cette salle, nous avons aussi un beau tableau d'une peintre ukrainienne Laura Lewtska : femme au profil moderne qui fait penser à Picasso se trouvant au milieu des arbres et des feuilles ; il y a aussi un très grand tableau de Jacqueline Marval, danseuse à la tête minuscule et déformée, comme flottant dans l'air…  Avançons vers la 3ème salle où peinture et musique se mêlent ; il va peindre des paysages, des scènes de la Chartreuse mais aussi des portraits de musiciens, et même son violon.
Mais cet homme torturé n’a pas confiance en lui sur le plan physique mais aussi intellectuel et sera souvent mal à l'aise avec les femmes ; il aimera les conquérir mais ensuite se lassera vite. Il aimera une femme rencontrée au Maroc, Asma, sa muse et sa maîtresse. Plus tard en Algérie, il épousera Zora.
   Mais ce que nous admirons dans la 4ème salle, c’est la découverte de l’Italie. Les vues, la lumière de ces terres méditerranéennes vont être une révélation pour lui : Rome, Pompéi, Tipasa seront représentées avec une nouvelle palette de couleurs.

Peu d'œuvres dans les musées : une à Orsay, une à Beaubourg, trois à Grenoble ; reconnu jusqu'à sa mort il est aujourd'hui moins célébré ; mais ce petit musée dans sa ville de Voiron, cité animée et pimpante vaut le déplacement.
A.O le 23 Mars 2022


De tous temps, le Grand Passage a été sujet d’angoisse et de préoccupation pour les hommes.

Les rites funéraires

Les rites funéraires contemporains

par Pierre Reboul

De tous temps, le Grand Passage a été sujet d’angoisse et de préoccupation pour les hommes. Si ces derniers veulent honorer leurs défunts, ils tentent aussi d’adoucir la peine de ceux qui les pleurent.

De la momification des corps en Egypte aux pleureuses antiques, en passant par les crémations des hindous, les pratiques et les rites ont été extrêmement divers et soigneusement codifiés.

Pierre Reboul, que nous avons déjà eu le plaisir de rencontrer il y a 3 ans, lors d’une conférence sur l’Ecoute, vient nous parler ce soir des rites funéraires contemporains, ce qu’ils révèlent et ce dont ils sont l’écho.

Rappelons que notre conférencier est très impliqué dans l’association JALMALV (Jusqu’A La Mort Accompagner La Vie) et qu’il a écrit plusieurs livres sur l’écoute, l’accompagnement et le bénévolat.

Alors que l’on pourrait craindre le côté morbide d’un tel exposé, c’est de la vie dont il est surtout question.  Les rituels concernent les hommes vivants, en quête de sens.

Les 3 temps de la mort sont marqués par des pratiques diverses.

Le trépas peut être accompagné ou non par les proches. Autrefois, une « bonne » mort était une mort publique ; maintenant, on souhaite davantage la discrétion d’une mort dans le sommeil.

Ensuite, viennent les soins dus au défunt avec la toilette, la veillée et les signes de respect. 

Enfin s’organisent les funérailles elles-mêmes, la cérémonie, le port du deuil, les fleurs, la transmission des objets…

Pierre, avec humour, rappelle que « les bons rites font les bons morts ».

En fait, toutes les offrandes ont pour objectif de magnifier le mort et de déculpabiliser le vivant. Il est de bon ton de parer le disparu de toutes les qualités et de toutes les vertus ! Seul un Brassens quelque peu irrévérencieux a osé braver le tabou.

On note que 3 symboles sont universellement reconnus :

la lumière avec les bougies, l’eau avec l’aspersion et le feu avec l’espoir de la résurrection (comme pour le Phénix qui renaît de ses cendres).

Tous contribuent à tenter de concilier les notions de Permanence et d’Ephémère de favoriser le passage de la Proximité à la Distance.

Le grand « mérite » des funérailles est de rassembler et de ressouder les familles. Malheur à celui qui s’en dispense et se met ainsi au ban de la société. C’est ENSEMBLE qu’on peut assumer la perte, se réchauffer et se réconforter. La COVID a mis cruellement en lumière ce besoin et a désespérément généré des deuils traumatiques.

Les professionnels des pompes funèbres ont pris le relais des religieux. Ce sont maintenant les profanes qui, avec les familles, choisissent photos, diaporamas, musique et chansons pour des rites sur mesure, à la carte. Le caractère de gravité semble perdu, au profit de l’authenticité et de la personnalisation. Le JE prime sur le TU ou sur le NOUS.

Pierre évoque aussi les deuils inavouables, les morts dont on ne veut pas ou qui dérangent. « Les morts de rue » (27 l’année dernière à Grenoble).

A ces problèmes sont associés pour les bénévoles et pour les soignants le souci du « cure » (soin médical) et le souci du « care » (soin affectif ou humain). Où placer le curseur ?

Les lieux de mémoire sont-ils nécessaires ? Où déposer et disperser les cendres après une crémation ?

Pour réussir à franchir le pas ou à faire son deuil, il faut pouvoir dire et être écouté.  C’est ce à quoi s’emploient Pierre et tous les bénévoles regroupés dans diverses associations comme JALMALV.

Avec Eluard, ils peuvent affirmer, avec toute la modestie et la bienveillance qui les caractérisent :

« Le tout est de tout dire, et je manque de mots. Et je manque de temps et je manque d’audace ».

                                   VDB 14-03-2022


Figures de femmes dans le quartier Championnet à Grenoble

Figures de femmes dans le Quartier Championnet
A l’occasion de la Journée Internationale des Droits de la Femme

Il ne nous a pas fallu longtemps pour saisir combien Caroline Champetier, notre guide, avait une véritable passion pour ce quartier qu’elle habite. Et, de façades en coin de rues, elle nous a évoqué avec chaleur la vie de quelques femmes emblématiques dont la ville garde souvenir.
Comme l’artiste peintre Jacqueline Marval dont une place porte le nom au cœur du quartier: après une période malheureuse à Grenoble, c’est à Paris qu’elle entreprend sa démarche artistique, avec son compagnon Jules Flandrin qui lui fait côtoyer Matisse ou Rouault.
Des marchands d’art : Vollard, Berthe Weill la remarquent et lancent sa carrière ; elle exposera longtemps en France et à l’étranger mais pourtant finira dans la pauvreté en 1932.
Sait-on que Berthe de Boissieux fit un legs en 1908 pour la construction de l’actuelle école des Beaux Arts (ESAD) autrefois appelée ‘’l’école des arts industriels’’ ?
L’artiste peintre Louise Morel y fut élève, puis enseignante avant de poursuivre une carrière talentueuse entre grands chantiers (pavillon du Dauphiné à l’exposition universelle à Paris 1939) , salons dauphinois et multiples expositions .  
En 1962, Louise Morel et son fils, dessinateur talentueux, plus connu sous le pseudonyme d’Hugues Bréhat, se retirent dans le vieux village de Saint-Ismier où ils résident à L’Ermitage, un ancien prieuré "où le temps s’est arrêté".
Etonnante aussi cette villa qui nous reste de l’ancienne Clinique des Bains. Construite par Demenjon, elle devint la propriété d’Alphonse Douillet et de sa femme Anne Marie, née Mounier. Cette grande maison bourgeoise possédait une chapelle, de beaux vitraux, un bowling à l’américaine décoré de 200m2 de peintures alpestres réalisées par E Brun.
Avec la guerre, dès 1914, Alphonse transforme la villa en hôpital bénévole : ‘’l’ambulance Douillet’’ et c’est son épouse qui en prend la direction jusqu’en 1919. Près de 2000 combattants y seront soignés au cours de ces années. La poétesse Suzanne Renaud, jeune fille, y fut infirmière
De la France reconnaissante, les époux Douillet recevront chacun la Médaille d’Argent.
De beaux immeubles à l’angle du Bd Gambetta nous rappelle que Grenoble fut en son temps la capitale du gant. A Championnet, ce sont les familles Villaret, Notturno , qui occupent les étages nobles alors que les ateliers se trouvent tout en haut pour profiter de la meilleure lumière. On se souvient encore récemment de l’entreprise « au gant Marianne » où Marianne Nicollet habillait les mains d’Isabelle Adjani dans ‘’la reine Margot’’ ou celles des comédiens de ‘’Versailles, le rêve d’un roi’’.
Et les femmes du Quartier Championnet d’aujourd’hui ? Nous les trouvons rue Aubert de Bayet, l’une dans sa fraiche boutique toute de liberty, l’autre dans son univers graphite.
Nannan Wan : ‘Le petit palmier ‘ ‘Marie Alice vous emmène’
Toutes les deux aussi passionnées par leurs métier dont elles parlent avec chaleur, elles font parties des multiples boutiques attractives qui animent aujourd’hui ce quartier Championnet, devenu grâce à elles un haut lieu très ‘branché’ de notre bonne ville.
MaO 08-03-2022


Duos et couples dans l'art du XXe siècle

DUOS ET COUPLES DANS L’ART DU XXe SIECLE
Réunion passionnante d’une bonne quinzaine de Lycéennes pour une conférence au titre original, illustrée par Muriel JEAN, femme dynamique au parcours de vie très diversifié.
Ainsi nous avons retrouvé ou découvert sous un éclairage particulier, la vie et l’œuvre d’une quinzaine de couples d’artistes : ces couples fusionnels ou complémentaires, fragiles ou stables, constituent un cheminement intéressant dans les différents courants artistiques du siècle dernier.
S’ils partagent la même passion pour l’art, leur influence mutuelle varient d’un couple à l’autre. La nature ou au contraire la ville , réunit des artistes comme François-Xavier et Claude LALANE, Arpad SZENES et Maria-Helena VIEIRA da SILVA  ou les CHRISTO .
Les couleurs des DELAUNAY ou de Jean TINGUELY et Nikki St PHALLE se répondent dans les rondeurs ou dans les
Certains couples se créent au sein de la relation « maître-élève », comme Camille CLAUDEL et Auguste RODIN , ou par l’appartenance aux groupes comme « les 6 » ou les « Dadaistes ».
La passion amoureuse, ses joies et ses tourments, inspirent PICASSO et deux de ses égéries Dora MAAR et Françoise Gillot
Ou encore Jean COCTEAU et Jean MARAIS , et Frida KAHLO et Diego RIVERaA
Les plus récents sont deux couples de garçons : Pierre et Gilles, dont les photographies de l’un sont retouchées par l’autre, alors que Gilbert et George cultivent la subversion en jouant sur les critères du goût
Cette causerie fait émerger plusieurs caractéristiques de ces couples d’artistes. Muriel JEAN nous fait remarquer que seuls deux ou trois ont eu des enfants, les origines slaves sont très présentes, et l’on voit bien comment Paris les a attirés, réunis et stimulés.
M.B – L.B. 02 03 2022


"L'homme qui plantait des arbres" de Jean Giono

Le titre lui-même de la nouvelle choisie par la compagnie Croq Sésame : The man who planted hope and grew happiness  reflète bien l’esprit de la soirée organisée pour le Lyceum !
On pourrait presque dire : The woman… puisque c’est Catherine qui nous accueille dans sa jolie maison du Fontanil, en cette soirée hivernale de février ; agréable prétexte pour un échange de vœux, quelque peu différé pour cause de pandémie. Mais il n’est jamais trop tard pour se souhaiter de bonnes choses et envisager ensemble un avenir plus riant…
Quel est l’homme le plus extraordinaire du monde ? C’est à cette question que tente de répondre Giono à l’occasion d’un concours lancé par le Reader’s Digest. La nouvelle proposée par ce méridional amoureux de sa région sera finalement publiée par Vogue aux Etats-Unis en 1953. L’histoire se situe en Haute-Provence, au début du siècle, dans une région aride, désertée par les hommes. Le froid, le vent, la déforestation ont transformé les villages abandonnés en squelettes fantomatiques.
Le narrateur, Giono en l’occurrence, nous conte la rencontre fortuite, en juin 1913, d’un berger de 55 ans : Elzéard Bouffier qui vit seul avec son chien et ses 30 moutons. Son fils unique et sa femme sont décédés. Taiseux de nature, il n’en accueille pas moins cet inconnu, comme le fait le chien, avec une bienveillance sans bassesse. Le maître des lieux se livre à une curieuse occupation : il trie et sélectionne avec grand soin cent glands qu’il range méticuleusement dans un petit sac. Depuis 3 ans, à l’aide d’une tringle de fer d’1,5 m environ, il a planté 100 000 glands. 20 000 sont sortis de terre dont 10 000 prospéreront dans un lieu qui ne lui appartient même pas.
Même pendant les guerres, il poursuit imperturbablement et inlassablement son œuvre avec un soin extrême. Son combat, à lui, durera plus da 30 ans. Il veut redonner vie à la terre, tandis que les hommes la couvrent de cadavres.
Son champ d’intervention s’étend sur une surface de 11 kilomètres de long sur 3 de large, qu’il parcourt évidemment à pied. Aux chênes ont succédé les hêtres, les bouleaux et les saules. Cette forêt s’installe et se développe tellement progressivement qu’on croit qu’elle est naturelle et qu’elle a poussé toute seule !  L’écosystème se modifie peu à peu. L’eau (comme l’espoir) sourd à nouveau parmi les arbres et court dans les ruisseaux.
Les cultures d’orge et de seigle réapparaissent avec les hommes et la vie reprend. La région renaît.
Cet athlète de Dieu, à la santé presque solennelle, devient, sans le savoir, le chantre d’une écologie humaniste où chacun est acteur de la survie et de la prospérité de son environnement.
Giono semble vouloir prouver que les hommes peuvent être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction. Plus de 10 000 personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.
Cette fable moralisatrice, écologique avant l’heure, est magnifiquement portée par la voix de Guy Dieppedalle, architecte de mots éphémères. Elle tient un public attentif sous son charme. L’accordéon et le talent d’Elisabeth Faverjon contribuent à ponctuer et rythmer le récit avec douceur légèreté et entrain !
S’il est vrai que la société d’Elzéard Bouffier donnait la paix, la compagnie Croq Sésame apporte, elle aussi, en ces temps troublés, une bouffée d’optimisme et de gaieté.
07-02-2022 D.VDB