ROSA BONHEUR : LA LIBERTE DE PEINDRE

Peintre et sculptrice, spécialisée dans la représentation animalière, Rosalie Bonheur connaît de son vivant la gloire qui faiblira après sa mort. Son travail et toute son existence témoignent de sa reconnaissance des animaux dans leur singularité.

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Née en 1822 à Bordeaux dans une famille d’artistes, « Rosalie » commence à crayonner dès l’âge de 4 ans. Si elle vit une enfance heureuse entre Bordeaux et le château Grimont à Quinsac, où elle fait de longs séjours, cette période ne va pas durer longtemps. Les aléas financiers de son père et la mort de sa mère, alors qu’elle n’a que 11 ans, vont très tôt orienter sa destinée. En effet, dès l’âge de 13 ans elle décide de se livrer à l’art.

D’année en année elle ne cessera de progresser, soutenue par son père (les cours de peinture sont interdits aux filles de cette époque !) et à 19 ans elle exposera au Salon de Paris. Puisant son inspiration des scènes des champs et de la vie rurale, elle étudie les animaux qui deviendront sa spécialité, tant en peinture qu’en sculpture. Elle devient la 1ère femme peintre animalière sous le nom de Rosa Bonheur et les commandes vont affluer. Au salon de 1948 elle reçoit une médaille de 1ère classe (or) pour ses bœufs auvergnats, ce qui lui permet d’obtenir une commande de l’État pour réaliser un tableau agraire Le Labourage nivernais, pour une somme de 3 000 francs.

Elle accède alors à la célébrité ! Cette oeuvre de grande dimension sera suivie par Le marché aux chevaux de 5m sur 3, après un an et demi d’observation de l’anatomie des chevaux sur le marché de Paris. Exposée au Salon de 1853 ce tableau,accueilli avec enthousiasme par la critique, est admiré aussi bien en France qu’en Angleterre ou aux Etats-Unis. Le jury explique pourquoi ce tableau n’obtient aucune récompense : « Par décision spéciale, Melle Rosa Bonheur ayant obtenu toutes les médailles qu’on peut accorder aux artistes, jouira à l’avenir des prérogatives auxquelles son talent éminent lui donne droit. Ses ouvrages seront exposés sans être soumis à l’examen du jury ».C’est là qu’elle rencontre le marchand Ernest Gambart qui la fait connaître à l’étranger.

Aussitôt elle connaît une gloire internationale. Elle est la 1ère artiste dans l’histoire de la peinture dont le marché spécule de son vivant sur ses tableaux qui atteignent des cotes vertigineuses. Ses revenus lui permettent d’être soutien de famille depuis la mort de son père mais aussi d’acquérir son indépendance financière : elle achète le château de By à Thomery en Seine et Marne, près de la forêt de Fontainebleau, où elle s’entourera d’animaux… De nombreuses personnalités lui rendent visite comme en 1865l’impératrice Eugénie pour la nommer au grade de chevalier de la Légion d’Honneur : « Vous voilà chevalier, je suis heureuse d’être la marraine de la première femme artiste qui reçoive cette haute distinction ». A partir de 1871 elle se tourne vers la peinture de fauves qu’elle étudie au Jardin des Plantes. Elle acquiert un couple de lions et travaille chez elle, d’après modèle. Pour elle, les animaux ont une âme, comme les humains : « Je trouve monstrueux qu’il soit dit que les animaux n’ont pas d’âme. Ma lionne aimait, donc elle avait une âme plus que certaines gens qui n’aiment pas ».

Plus tard, elle recevra à By une surprenante personnalité : Buffalo Bill qui est à Paris avec son spectacle de cow-boys. Il la reçoit dans son cirque et lui fait cadeau d’un superbe costume sioux, d’un arc et de flèches, qu’elle accepte volontiers. Pour le remercier elle réalisera son portrait.

Côté vie privée Rosa Bonheur malgré toutes ses excentricités et ses idées à contre-courant, sa vie personnelle, peu conventionnelle, n’a pas fait scandale, à une époque très soucieuse des conventions. Elle a vécu 52 ans avec Nathalie Micas puis avec Anna Elizabeth Klumpke, une artiste peintre américaine qui l’accompagnera jusqu’à sa mort. Portant cheveux courts et pantalon, fumant des havanes, Rosa Bonheur est la plus célèbre des femmes qui se consacraient au 19ème siècle à la peinture animalière. 2.100 œuvres (tableaux, aquarelles, bronzes et gravures) de son atelier et sa collection particulière sont vendus à la galerie Georges Petit à Paris.

Ernest Gambart fera ériger un monument à la mémoire de Rosa Bonheur à Fontainebleau, en face du château. 2 plaques de bronze représentent Le marché aux chevaux et Le labourage nivernais ainsi qu’un portrait de l’artiste réalisé par son frère Isidore. L’ensemble, surmonté d’une réplique de la sculpture Le Taureau est encore visible aujourd’hui.
Personnage important pour l’évolution du rôle de la femme dans le milieu artistique, elle ne soutient pas explicitement les mouvements féministes naissants et n’adhère pas aux mouvements pour les droits de la femme qui se multiplient alors en France.

À partir de 1980, des biographes l’associent aux débuts du féminisme, notamment aux Etats Unis, en raison de la vie très libre qu’elle a menée.

Marie France DELAHAYE